De multiples réactions aux allégations visant Julien Lacroix

Le Groupe Phaneuf a rompu ses liens avec l’humoriste Julien Lacroix lundi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le Groupe Phaneuf a rompu ses liens avec l’humoriste Julien Lacroix lundi.

L’agence de Julien Lacroix, le Groupe Phaneuf, avait reçu en 2017 une allégation d’inconduite à son égard, ce qui avait mené à une intervention auprès de lui. L’agence n’a plus de liens avec l’humoriste depuis lundi, après que neuf femmes ont témoigné au Devoir d’allégations d’agressions ou d’inconduites sexuelles, tandis que celui-ci a suspendu ses projets en cours et l’accès public à ses différents comptes sur les réseaux sociaux.

« Nous avons reçu un courriel de la part d’une maman, en 2017, rapportant un comportement déplacé de la part de Julien à l’égard de sa fille et, sur-le-champ, nous avons eu des échanges avec cette personne-là et nous nous sommes excusés », indique Véronique Bigras, responsable des communications du Groupe Phaneuf. Le courriel, dont nous avons obtenu copie, rapporte entre autres les propos « très ordinaires » et « offensants », selon son auteure, de Julien Lacroix alors que sa fille avait croisé l’humoriste par hasard dans un bar. Elle fait aussi état d’un « bec mouillé de force », une allégation évoquée et corroborée par Le Devoir dans le texte publié lundi matin.

L’agence soutient avoir rencontré l’humoriste pour le sensibiliser à la situation et assure qu’il s’agit du seul événement porté à son attention durant les trois années où elle a représenté l’humoriste, de 2017 à 2020.

Le Groupe Phaneuf s’est dit ébranlé par les allégations d’agressions et d’inconduites sexuelles rapportées lundi par Le Devoir. « On ne tolère pas ces agissements-là chez Phaneuf », affirme Mme Bigras. « La chose qu’on a faite pour Julien, quand on a été mis au courant qu’un article s’écrivait, c’est de lui suggérer fortement de se prendre un avocat, ce qu’il a fait. C’était un conseil qu’on lui a donné, mais Groupe Phaneuf n’est aucunement impliqué dans sa défense, c’est lui qui se défend seul. »

Julien Lacroix réagit sur Facebook

L’humoriste s’est vivement défendu dans un message Facebook publié lundi en matinée, avant que son compte ne devienne inaccessible au public en fin d’après-midi. « Je ne suis pas un ange, mais pas un démon non plus, et certainement pas le prédateur sexuel qui sévit depuis une décennie comme Le Devoir m’a décrit », a-t-il écrit.

Le lauréat de quatre Olivier soutient aussi dans son message avoir « fait des conneries dans [sa] courte vie », mais estime de son côté ne pas avoir « pu donner [sa] version des faits ».

Julien Lacroix n’a pas accepté nos demandes répétées d’entrevue qui lui aurait permis d’avoir accès aux informations détaillées obtenues de nos sources et de les commenter. Il a plutôt demandé d’obtenir ces informations détaillées, y compris le nom de nos sources, avant de décider s’il nous accorderait une entrevue. Face à une liste descriptive des événements relatés dans nos pages, il a fait savoir qu’il considère qu’elle recelait des allégations non fondées et diffamatoires.

« Je n’ai pas le choix de prendre un moment de recul par rapport à tous les projets auxquels je suis associé, ainsi que de mon équipe de gérance et de production, puis de réfléchir aux recours qui s’offrent à moi », a poursuivi l’humoriste dans son message.

Retrait de vidéos

Son nom a été retiré de la programmation des prochaines soirées d’humour Projet Parallèle auxquelles il devait participer le 1er août au Vieux Clocher de Magog et le 15 août à L’Étoile de Brossard. « Un humoriste à confirmer » doit le remplacer. Son spectacle Jusqu’ici tout va bien est toutefois encore à l’affiche.

Le Bordel Comédie Club ne souhaite plus inclure l’humoriste dans sa programmation. « Julien Lacroix ne jouera pas au Bordel, c’est assuré », indique l’humoriste et copropriétaire Charles Deschamps, qui s’occupe présentement de la programmation.

Il précise que « de grosses discussions » avec les autres propriétaires du cabaret d’humour sont prévues dans les prochains jours pour réagir convenablement à la vague de dénonciations qui déferle sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, emportant plusieurs humoristes. « C’est très envisageable que l’on barre d’autres noms du Bordel », note-t-il.

Dans la foulée des allégations, plusieurs diffuseurs ont également retiré de leur plateforme des projets réalisés avec la participation de Julien Lacroix dans les dernières années.

Tous les épisodes de la première saison de la websérie éducative On parle de sexe ont ainsi été « retirés temporairement » du site Internet de Télé-Québec lundi, « en raison des allégations qui pèsent contre Julien Lacroix et du jeune public auxquelles s’adressent ces capsules », précise une porte-parole de Télé-Québec, Danielle Brassard. L’humoriste y abordait avec humour des sujets liés aux relations sexuelles à l’adolescence, avec la collaboration de Rosalie Vaillancourt.

Radio-Canada a pour sa part supprimé de sa plateforme ICI Tou.tv des entrevues ou des prestations individuelles de l’humoriste, dont l’épisode de 1res fois du 5 mars 2020. Les webséries Projet 2000 et Les prodiges, auxquelles il a collaboré, resteront sur la plateforme « pour ne pas pénaliser l’ensemble des artistes et artisans qui en font partie ».

Bell Média a emboîté le pas au diffuseur public en supprimant les apparitions individuelles de Julien Lacroix de ses plateformes. Les autres émissions, comme Code G à VRAK, resteront aussi disponibles.

Desjardins a également retiré toutes les vidéos dans lesquelles Julien Lacroix apparaissait, réalisées dans le cadre de diverses campagnes publicitaires, dont la dernière remontait au mois de mars.

Outre sa page Facebook, la chaîne YouTube de l’humoriste et son compte Instagram sont devenus inaccessibles en fin de journée lundi.


 
28 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 28 juillet 2020 04 h 22

    Simple: ne plus toucher

    La solution est simple: il ne faut plus toucher les femmes et les filles. On peut encore regarder un peu. Mais je crois que celles-ci peuvent encore tout faire. Ce n'est pas moi qui se plaindrait en tout cas....

    • Sylvie Chiasson - Abonnée 28 juillet 2020 22 h 01

      J'ai l'impression de lire le commentaire d'un vieux mononcle... ouach!

    • Sylvie Chiasson - Abonnée 28 juillet 2020 22 h 11

      Imaginez un peu: vous êtes dans une foule, relax, vous écoutez un super bon spectacle avec des amis, votre femme, vos enfants... une femme passe derrière vous et vous "pogne" la "poche" à pleine main. "squeeze" un peu (pour être certaine que vous le sentiez bien comme il faut) et continue son chemin... "Ce n'est pas moi qui s'en plaindrait en tout cas..."

    • Simon Grenier - Abonné 29 juillet 2020 06 h 05

      "Celles-ci peuvent encore tout faire"...?

      Vous voulez dire, exister? Vivre? Être jolies - ou pas - sans se faire déshabiller par d'autres? Êtes-vous en train de dire que si on ne peut plus leur pogner le derrière, elles ne devraient plus porter de mini-jupe (ni de pantalons, ni de poche de patates en jute)? Elles devraient toujours être confinées chez elles et invisibles, pandémie ou pas? Obligeons la burqa et les cages de chasteté en plus du couvre-visage, alors - pour le bien-être des femmes, bien sûr.

      Comme Mme Chiassion, je trouve qu'on retourne loin en-arrière, là.

  • Yvon Montoya - Inscrit 28 juillet 2020 05 h 53

    Les médias conjointement aux Réseaux Sociaux ne devraient pas se substituer a la justice. Il y aurait la une jurisprudence a élaborer parce que la vindicte populaire, c’est dangereux. Merci.

  • Richard Cusson - Abonné 28 juillet 2020 06 h 22

    Qui ne dit mot consent

    Ce jeune homme doit parler publiquement. Son silence le rendra coupable par défaut. Ses victimes lui donne l’occasion de sortir avec un peu d’honneur de ses conneries. On ne peut plus évoquer l’âge comme excuse.
    Souhaitons qu’il saisissent l’occasion qu’elles lui accordent si généreusement.

  • Michel Lebel - Abonné 28 juillet 2020 08 h 31

    Non au lynchage médiatique!

    Le lynchage médiatique ne peut être un substitut au système de justice. Nous sommes ici devant un important recul de l'État de droit. Danger. La présomption d'innocence n'est pas un principe-bidon.

    Michel Lebel

    • Pierre Desranleau - Abonné 28 juillet 2020 10 h 50

      @Michel Lebel

      Le problème, c'est que l'État de droit est malade. N'importe quel citoyen ayant déjà fait appel à la Cour pour régler un différend sait très bien qu'il s'embarque dans un système tellement sclérosé, embourbé dans un code procédural digne des siècles passés et tellement laxiste en ce qui concerne les abus de procédures et requêtes de toutes sortes pour étirer le temps qu'il en résulte une lenteur administrative inacceptable, des coûts exorbitants et une inefficacité inouïe. Qui a envie de se retrouver englué pendant des années dans ces sables mouvants ? C'est pour ça que de plus en plus de gens lésés choisissent de subir en silence ou, au contraire, de se faire justice eux-mêmes. Ce n'est pas normal dans une société démocratique comme la nôtre et ça démontre à quel point notre système de justice est malade. Vivement un remède de cheval pour en faire une institution fonctionnelle au service du citoyen.

    • Réal Bouchard - Abonné 28 juillet 2020 16 h 47

      Ouais mais... comme disait Jean en son temps »  « Que tu sois puissant ou misérable les jugements de Cour te rendront blanc ou noir. »

    • Simon Grenier - Abonné 29 juillet 2020 06 h 16

      La présomption d'innocence en prend un sérieux coup lorsqu'on cumule NEUF témoignages contre soi, espacés dans le temps... Doit-on laisser les victimes s'accumuler au nom de la présomption d'innocence ou doit-on les empêcher au nom du principe de prévention?

      La présomption d'innoncence prend un (autre) sérieux coup lorsqu'on refuse à plusieurs reprises de s'expliquer pour ensuite tirer uniquement sur le messager. On joue dans le film de manifestants anti-masques qui bardassent des journalistes venus retransmettre leur message en les accusant de ne jamais retransmettre leur message, là.

      Et puis quand on a énormément de succès sur la seule base de sa belle personnalité et de son image, est-il légitime de continuer à s'enrichir alors que nous ne sommes rien de ce que nous prétendons? Alors que cette belle image - que l'on entretient avec soin - nous permet d'atteindre encore plus de victimes potentielles? Faut-il parler de "détruire une carrière" ou de "mettre fin à une carrière illégitime"?

      Tant de questions qui dépassent laaaaaaaaargement le nombril de ce petit monsieur Lacroix. Bien sûr, lui comme d'autres serviront d'exemple et paieront pour les autres... ce que les Cours, les juges et le système judiciaire font également, à l'occasion. lorsque ça semble pertinent.

      On n'est vraiment pas si loin de la justice, ni de la Justice, quant à moi.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 juillet 2020 15 h 31

      Je suis d'accord avec le commentaire de Pierre Desranleau.Comme disait un avocat : " Ca dépasse l'entendement.."

  • Marcel Vachon - Abonné 28 juillet 2020 09 h 18

    Je ne comprends pas pourquoi Le Devoir publie quotidiennement le même sujet/article concernant des messages faits sur les réseaux sociaux. C'est un acharnement bizarre. Les journalistes seraient-ils en manque de sujets? Le Devoir serait-il en manque de journalistes intéressés à autre chose que des articles d'ados ou à potin?

    • Michel Lebel - Abonné 28 juillet 2020 12 h 35


      Je suis en désaccord avec la politique éditoriale du Devoir quant au traitement de ''l'affaire Julien Lacroix''. Un traitement qui me semble démesuré pour un humoriste dont j'ignorais l'existence même! Une question de (bon) jugement, il me semble. Chacun son opinion! Passons!

      M.L.

    • Réal Bouchard - Abonné 28 juillet 2020 16 h 48

      Faut pas regarder cet article par le petit bout de la lorgnette.