Temps compliqués pour les diffuseurs internationaux

Le spectacle «Nelken<i>»</i> (notre photo), de la compagnie allemande Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, compte 50 artistes. Toutes les représentations à Montréal affichaient complet.
Photo: Oliver Look Le spectacle «Nelken» (notre photo), de la compagnie allemande Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, compte 50 artistes. Toutes les représentations à Montréal affichaient complet.

La tâche du diffuseur Danse Danse, déjà complexifiée par les mesures de distanciation prescrites par les autorités sanitaires, se double d’une difficulté supplémentaire en raison de son mandat international. Impossible en effet d’envisager un avenir proche avec ses gros canons habituels, lesquels sont pour la plupart impossibles à déplacer dans un monde encore soumis à la loi de la pandémie.

C’est ainsi que Danse Danse a été forcé d’annuler toutes les représentations du spectacle Nelken, de la compagnie allemande Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, qui devait se produire au début d’octobre au théâtre Maisonneuve. Le spectacle, qui comptait 50 artistes, affichait complet et tous les billets étaient vendus.

« C’est impossible pour la compagnie de présenter un spectacle de 50 personnes en respectant les règles de distanciation physique », dit Caroline Ohrt, codirectrice artistique et directrice du développement chez Danse Danse. De plus, le diffuseur a dû prendre une décision immédiatement, pour éviter d’investir dans des frais de cargo qui auraient dû être engagés dès le début d’août.

La compagnie Pina Bausch a d’elle-même dû annuler d’autres représentations prévues ailleurs au Canada et aux États-Unis.

Et même si les règles de santé publique s’assouplissaient pour laisser entrer 250 personnes à la Place des Arts, le spectacle n’aurait pas pu se tenir dans la mesure où tous les billets étaient déjà vendus. « On n’a pas pu attendre que la Santé publique fasse de nouvelles annonces », poursuit Caroline Ohrt. La troupe espère par ailleurs revenir en Amérique, y compris à Montréal, au cours des prochaines années.

Un écosystème de la danse

Il reste que l’invitation de troupes internationales au Québec, compromise avec la crise de la COVID-19, est un élément indispensable de l’écosystème de la danse.

« Nous sommes un diffuseur grand plateau. On diffuse un mélange de compagnies locales et de compagnies internationales, dit Caroline Ohrt. Cela permet une réciprocité avec nos compagnies locales. »

À titre d’exemple, Danse Danse devait également diffuser, en décembre, le spectacle de la troupe Hervé Koubi, qui vient de France et qui présente des danseurs de rue. Avec Odyssey, le chorégraphe explore les richesses de la culture méditerranéenne, le tout en apesanteur grâce à la voix magnifique de Natacha Atlas et à la musique en direct de Samy Bishai.

Bien que les tournées canadienne et américaine d’Hervé Koubi aient été annulées, il demeure possible que la troupe vienne encore au Québec. Selon Caroline Ohrt, la troupe serait prête à s’adapter pour respecter les règles de distanciation physique pour les quatre dates prévues. Danse Danse attend également de voir si la compagne israélienne L-E-V pourra toujours venir au Québec comme prévu pour y présenter Chapter 3 : The Brutal Journey of the Heart, en novembre.

D’autres spectacles de grande envergure, prévus au printemps prochain ceux-là, posent également problème. C’est le cas d’un spectacle prévu en mars, où l’English National Ballet devait être accompagné de l’Orchestre métropolitain.  Au menu de cette première visite très attendue du célèbre ballet à Montréal, le classique Giselle, dépoussiéré par le grand Akram Khan.

« Si, en mars, on doit encore respecter les normes de distanciation , c’est évident que ce ne sera pas possible pour ce spectacle, qui compte 150 personnes en tournée », dit Mme Ohrt.

Certains artistes locaux ont cependant accepté de donner des spectacles au Québec, tout en respectant les règles de distanciation physique. C’est le cas de la compagnie Sylvain Émard Danse, qui a accepté de se produire à la Cinquième salle cet automne.

« Il va se produire vraisemblablement devant 100 personnes au lieu de 400 », dit Mme Ohrt. Mais avant, « ils doivent aussi s’assurer qu’ils peuvent entrer en studio pour répéter », ajoute-t-elle.

Les règles actuelles font en sorte qu’on ne peut désormais recevoir que 400 personnes au théâtre Maisonneuve, qui compte pourtant 1400 places, ou 800 personnes à la salle Wilfrid-Pelletier qui compte au total 3000 places.

Le théâtre Maisonneuve pourrait toutefois accueillir des artistes en résidence cet automne, et certains aspects de ces résidences pourraient être présentés devant public, pour que le contact entre les artistes et le public demeure malgré tout.

Résolument optimiste, Caroline Ohrt croit que l’existence même de Danse Danse n’est pas compromise en ce moment, même si la crise de la COVID-19 « fragilise énormément » le milieu.

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