Les appels à l’aide pour harcèlement et violences affluent dans le milieu culturel

50% des dossiers que L’Aparté traite sont des cas de harcèlement psychologique.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir 50% des dossiers que L’Aparté traite sont des cas de harcèlement psychologique.

Depuis quelques semaines, le téléphone de Virginie Maloney, avocate, ne dérougit pas à L’Aparté, qui rassemble des ressources contre le harcèlement et les violences en milieu culturel. Après une série d’appels à l’aide qui concernaient l’industrie du jeu vidéo, c’est tout le milieu culturel qui est aux abois, du monde de la musique au milieu littéraire, en passant par celui du cinéma.

« Nous traitons la violence dans son sens large, dit-elle. Cela peut être autant du harcèlement psychologique que sexuel, des agressions ou des voies de fait ».

Le milieu culturel, dit-elle, présente entre autres ceci de particulier que les relations y sont décloisonnées, et s’écartent des rapports typiques entre un patron et un employé, par exemple.

Et, dans une forte proportion des cas qu’elle traite, les abus sont le fait d’une personne qui exerce du pouvoir sur une autre, notamment parce qu’elle a un réseau de contacts et qu’on la croit capable de faire ou de défaire une réputation.

« C’est ça, dans le milieu littéraire, dans le monde de la musique, dans le milieu de l’humour, dans celui des techniciens de scène. En ce moment, on en a dans tous les milieux », dit-elle.

Et c’est aussi à cause de ces enjeux de renommée que les victimes gardent souvent le silence dans ce milieu.

« Il y a la peur de parler parce qu’on est dans un petit milieu et que les gens vont se parler entre eux. Il peut arriver qu’une personne soit sur un plateau de tournage de deux ou trois jours et décide de laisser passer en se disant : je vais essayer de ne plus travailler avec cette personne », raconte Virginie Maloney.

En fait, 50 % des dossiers que L’Aparté traite sont des cas de harcèlement psychologique. Et c’est un domaine où les démonstrations devant les tribunaux sont particulièrement difficiles à faire, précise cette avocate, qui assure à elle seule la permanence de L’Aparté.

Et 90 % des victimes qu’elle reçoit sont des femmes.

C’est dans la foulée du mouvement #MoiAussi, en 2018, que L’Aparté a été mis en place, à la faveur d’un regroupement d’associations culturelles. Composante de la clinique Juripop, et financé par le ministère de la Culture et des Communications du Québec, il offre un soutien et un accompagnement juridique aux plaignantes.

« On reçoit autant des cas mineurs que des cas plus compliqués ou plus graves, dit Virginie Maloney. Mais on n’est pas un centre de plaintes. On propose un accompagnement juridique. »

D’ailleurs, on le sait, toutes les victimes ne portent pas plainte à la police. « Parfois, on va les orienter vers l’IVAC (Indemnisation des victimes d’actes criminels) ou vers de l’aide psychologique », dit-elle.

Il y a des délinquants dont on a toléré les comportements, et qui les répètent donc auprès d’autres personnes

 

Bien que le mouvement #MoiAussi ait généré une prise de conscience quant aux notions de consentement sexuel, Virginie Maloney continue de recevoir des appels qui traitent de cas survenus récemment. « On a encore du chemin à faire », dit-elle. Dans bien des cas, l’agresseur présumé répète les mêmes comportements auprès de personnes différentes.

« Il y a des délinquants dont on a toléré les comportements, et qui les répètent donc auprès d’autres personnes », constate-t-elle. Plusieurs des cas qui sont sortis récemment dans les médias d’information étaient d’ailleurs déjà connus de la clinique Juripop.

Reste que certains milieux sont particulièrement difficiles à vivre. C’est le cas, on l’a vu récemment, du monde des jeux vidéo, tant du côté de l’industrie que du côté des joueurs, témoigne Virginie Maloney.

« Parfois, ça me fait penser au monde de l’industrie de la construction » en matière de relations de travail, dit-elle. « Mais dans la construction, on disait aux femmes qu’elle n’avait pas la force physique pour faire le travail. Dans le domaine des jeux vidéo, cet argument ne peut pas s’appliquer, dit-elle.

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