MBAM: «C’est un lynchage», dénonce Nathalie Bondil

Nathalie Bondil reconnaît que le diagnostic sur le climat de travail comportait plusieurs critiques à son égard.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Nathalie Bondil reconnaît que le diagnostic sur le climat de travail comportait plusieurs critiques à son égard.

Nathalie Bondil se dit victime d’un « lynchage » de la part d’un conseil d’administration qui aurait « pris le contrôle » du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Au lendemain de son congédiement-surprise, la directrice générale et conservatrice en chef de l’établissement contre-attaque.

Selon elle, les raisons données pour justifier son renvoi — un climat de travail « toxique », de même que son « inflexibilité » devant les solutions proposées, voire son « déni » des conclusions d’un rapport indépendant — ne sont qu’un paravent.

En entretien avec Le Devoir mardi, Mme Bondil a soutenu qu’il « est totalement faux » de dire qu’elle n’a pas voulu collaborer avec le conseil d’administration après la présentation du diagnostic sur le climat de travail.

Elle affirme que son congédiement tient plutôt à ses critiques du processus de sélection qui a mené à l’embauche récente de Mary-Dailey Desmarais — membre d’une famille très influente au MBAM — comme directrice de la conservation. « On a éliminé le comité de direction dans un processus de sélection, dit-elle. On ne peut pas faire ça. »

La décision de créer un poste de directrice de la conservation a été prise le 28 février par le conseil d’administration, dans la foulée du diagnostic posé par une firme indépendante. L’un des objectifs était de diminuer les tâches — et le pouvoir — de Mme Bondil.

Direction à l’écart

Or, celle-ci aurait aimé être impliquée de plus près dans la sélection de la directrice. « Le C.A. a créé un comité [de sélection] qui ne comprenait personne du comité de direction, dénonce Nathalie Bondil. Et on n’a pas voulu que [la direction] participe aux entrevues. J’étais très déçue. »

Celle-ci a néanmoins participé au « pointage » des quatre finalistes. Selon cette grille d’évaluation des forces et faiblesses des candidats, Mme Desmarais arrivait quatrième. Mme Bondil souligne qu’elle « aime beaucoup » Mme Desmarais (qui travaille déjà au Musée), mais qu’elle « a très peu d’expérience, elle n’a jamais géré d’équipe ».

Mais plusieurs sources contactées par Le Devoir dans les derniers jours ont remis en doute le classement obtenu, notamment la forte évaluation de celle qui est arrivée première.

Quoi qu’il en soit, Nathalie Bondil ne comprend pas que « les experts du Musée » aient été laissés de côté dans ce processus. Le comité de direction a pris l’initiative de transmettre par lettre au comité de sélection sa propre recommandation (nommer la candidate arrivée première, puis créer un poste d’adjointe pour Mme Desmarais), mais sans écho.

Processus partial ?

Docteure en histoire de l’art, Mary-Dailey Desmarais a-t-elle été nommée à cause de ses liens familiaux ? Le président du C.A., Michel de la Chenelière, disait lundi au Devoir trouver « honteux » les commentaires selon lesquels « la famille Desmarais a fait un chèque » pour qu’elle soit embauchée.

« Posez la question au C.A. », répond pour sa part Nathalie Bondil. L’ancien sénateur Serge Joyal — gestionnaire de la collection d’œuvres d’art de Power Corporation — était d’ailleurs président du comité de sélection. Mais il s’est retiré des discussions dès que le nom de Mme Desmarais a été mis sur la table, indiquent des documents obtenus par Le Devoir.

« Ce que je sais, c’est que Mary-Dailey Desmarais était déjà le choix du C.A. le 28 février, affirme Nathalie Bondil. On m’a dit : “On va créer un poste, et c’est Mary qui va l’occuper.” À la direction, on a dit : c’est risqué. Peut-on avoir un processus réel, solide et transparent de sélection ? »

Mme Bondil estime aussi que le salaire qui a été consenti par le C.A. à Mary-Dailey Desmarais [que Le Devoir n’a pu valider] est inéquitable par rapport à d’autres directrices.

Selon l’ex-d.g. du MBAM, l’ensemble de ses interventions dans ce dossier a été perçu comme étant de « l’insubordination » par Michel de la Chenelière. « D’avoir questionné, ça n’a pas plu du tout. » Le 6 juillet, il lui aurait dit : « Il y a un bris de confiance, tu me picosses. » M. de la Chenelière n’a pas répondu à nos questions mardi.

Climat de travail

Et le climat de travail là-dedans ? Le communiqué diffusé lundi par le conseil d’administration, les propos du syndicat des employés et les témoignages d’une vingtaine d’ex-employés contactés par Le Devoir dans les derniers jours disent tous la même chose : le problème était profond et gangrenait plusieurs secteurs. Si Mme Bondil n’était pas la seule responsable — une de ses adjointes était au cœur des dénonciations —, elle faisait partie du problème.

Nathalie Bondil reconnaît que le diagnostic sur le climat de travail comportait plusieurs critiques à son égard. « Mais on ne m’a pas parlé de climat “toxique” ni d’un rapport “accablant”», soutient-elle. «En même temps, je ne me souviens pas très bien, je n’ai pas enregistré [la conversation où les conclusions du rapport lui furent présentées]. Mais j’étais vraiment dans un mode d’être partie prenante pour trouver les solutions. »

Que lui reprochait-on, à son souvenir ? « On m’a dit que j’étais absente, qu’ils voulaient quelqu’un de plus présent — d’où la nécessité d’avoir quelqu’un tout le temps [ce qui a mené à la création du poste de Mme Desmarais]. J’ai trouvé que c’était une bonne idée. On m’a dit aussi que je suis directive par rapport à des choix de communication, des cartes de vœux. Ou que j’étais trop joviale, que je ne voyais pas les problèmes, que j’impressionne les gens, que je suis très dynamique [exigeante]… »

On ne m’a pas parlé de climat “toxique” ni d’un rapport “accablant”   

 

Elle poursuit : « Je ne suis pas une personne parfaite. Mais on ne m’a rien dit qui dirait : “C’est horrible, c’est affreux” [le climat au Musée]. On ne m’a pas parlé de harcèlement, rien de tout ça. »

Mme Bondil attribue une partie des ennuis soulevés par le rapport au contexte. « On sortait d’une expansion, les gens étaient hypertendus. » Mais entre ça et un congédiement, il y a quelques étapes qu’elle n’a pas vues venir. « Tout ça a pris une dimension qui me dépasse, dit-elle. C’est un lynchage, c’est très violent. »

Bonne gouvernance ?

Spécialiste de la gouvernance et président du conseil d’administration de l’Institut sur la gouvernance, Yvan Allaire estime que le C.A. du MBAM aurait dû impliquer le comité de direction du Musée plus directement dans le processus de sélection qui a mené au choix de Mary-Dailey Desmarais.

« C’est ultimement le C.A. qui embauche à ce niveau, dit-il. Mais la direction doit avoir son mot à dire, participer aux entrevues. Le conseil n’a pas à laisser le choix à la direction, mais doit au moins l’entendre. Que Mme Bondil ait dû écrire une lettre pour faire une recommandation, c’est particulier. »

Cela dit, le fait que le président du C.A., Michel de la Chenelière, assume l’intérim à la direction du Musée n’est pas anormal, dit M. Allaire. « Ça arrive : il faut combler le vide le plus rapidement possible, ça prend quelqu’un pour assurer l’intendance. Si vous nommez quelqu’un de la direction, vous soulevez des espoirs qui ne sont peut-être pas fondés. »

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