Un tableau sombre du climat de travail au Musée des beaux-arts

Nathalie Bondil est directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Nathalie Bondil est directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal.

C’est le climat de travail jugé « toxique » au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) qui fragilise le mandat de Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef de l’institution, selon les informations colligées par Le Devoir. Un audit a été déclenché pour étudier le problème, et ses conclusions ont poussé le conseil d’administration à revoir la gouvernance du musée.

Le C.A. s’est réuni jeudi soir pour discuter de la situation. Le président du conseil, Michel de la Chenelière, a indiqué au Devoir vouloir garder confidentielles ces discussions, jusqu’à nouvel ordre. « Je ne peux rien dire. » Il avait la veille refusé de confirmer que Mme Bondil serait encore en poste au terme de la réunion.

Jointe en soirée, Nathalie Bondil a indiqué par messages textes que « l’audit nous a permis de repérer les faiblesses et les améliorations à faire dans certains services : le travail est en cours malgré la pandémie. » Interrogée sur la question de savoir si elle avait toujours la confiance du conseil d’administration, Nathalie Bondil a indiqué : « Je ne peux pas répondre à leur place. »

Plusieurs témoignages et éléments d’informations indiquent que c’est bien un problème de relations de travail qui a récemment incité le C.A. à revoir la structure de direction du musée.

Des sources sûres indiquent que le climat de travail a mené au dépôt de griefs, dont Le Devoir n’a pu confirmer le nombre, et qu’une plainte pour harcèlement a aussi été déposée. Le MBAM a confirmé au Devoir qu’un audit indépendant a été réalisé dans les derniers mois pour documenter la situation. Selon nos informations, c’est le dépôt de la plainte qui a motivé l’audit.

Les conclusions de ce dernier — que Le Devoir n’a pas pu consulter — ont forcé une réorganisation de la direction du musée. Une lettre du comité de direction obtenue mercredi par Le Devoir révélait que la création d’un poste de directrice de la conservation — obtenue par Mary-Dailey Desmarais — résultait directement de ce « diagnostic du climat de travail ».

La création de ce poste visait notamment à diminuer les tâches — ou scinder les pouvoirs — de Nathalie Bondil pour lui permettre de « se concentrer sur le caractère stratégique de ses responsabilités, la vision et le contenu artistique du MBAM ».

Questionnée jeudi sur la question de savoir si l’audit blâmait sa gestion, Mme Bondil a répondu « qu’il considérait que j’avais trop de tâches, trop de charge de travail ».

« Le musée a beaucoup grandi, rapidement, avec plusieurs expansions, a-t-elle expliqué. Il nous a fallu adapter sa structure avec les ressources humaines, et nous avons pris des mesures pour soutenir les équipes », affirme-t-elle. Le service des ressources humaines a été renforcé, selon elle.

Roy « estomaquée »

« Le MBAM, “c’est” Nathalie Bondil ! », s’est exclamée jeudi la ministre de la Culture, Nathalie Roy, qui s’est dite « estomaquée » d’apprendre que son poste pourrait être en jeu.

« Nathalie Bondil est une sommité mondiale dans le monde muséal — et une femme d.g. qui plus est — qui fait un travail remarquable au MBAM, a affirmé la ministre Roy dans une déclaration écrite. Je ne comprends pas pourquoi le conseil d’administration voudrait se priver de ses services alors que les grands musées de ce monde se l’arrachent. »

Or, quatre anciens employés — qui ont tous demandé l’anonymat par crainte de représailles professionnelles, le milieu muséal étant petit — ont décrit au Devoir un style de gestion qualifié d’autoritaire et de « toxique », tant de la part de Mme Bondil que d’une de ses principales adjointes.

« La ministre dit que Mme Bondil “est” le musée… mais c’est parce qu’elle ne permet à personne d’autre d’exister », affirme une ancienne employée. « Ce n’est pas une mauvaise personne, mais il n’y a que sa vision, ses manières de faire [qui comptent] », dit une autre ex-employée. « C’est comme une reine, qui décide tout. » Un ancien employé ajoute qu’« aucune — mais vraiment aucune — décision n’est possible sans son approbation. »

Le syndicat des employés du musée, affilié à la CSN, n’a pas voulu répondre à nos questions jeudi. « Il s’agit d’affaires internes », a indiqué sa présidente, Marie-Claude Saïa, en parlant des relations de travail du MBAM.

Nathalie Bondil dirige le MBAM depuis 2007. Elle est aussi vice-présidente du conseil d’administration du Conseil des arts du Canada. Son mandat à Montréal court jusqu’en 2021.

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12 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 10 juillet 2020 07 h 51

    Les amis

    Un conflit taillé sur mesure pour permettre l'introduction d'une nouvelle Desmarais dans la famille? Ça me semble assez clair surtout quand le syndicat dit ne pas vouloir s'en mêler ''qu'il s'agit de conflits internes'', curieusement les relations de travail c'est dans son champ habituel d'intervention.

    • Nicole Carignan - Inscrite 10 juillet 2020 09 h 40

      En effet, il semble des plus évidents que de l'intimidation se cache derrière toute cette situation. Depuis plus de dix ans, de toute part le travail de madame Bondil fait l'honneur du musée et ce dernier s'est positionné internationalement et continue sa notoriété, et Hop tout à coup, on recherche la bête noire pour positionner du copinage. Et de plus, même pas la personne ayant obtenu le meilleur classement, mais la 4e position. Ça sent très mauvais. Il faut bien se nommer Desmarais pour être obligée de solliciter sa famille pour obtenir un poste! Excuser le jeu de mot, mais il y a raison de "Bondil" !!!! Je n'aimerais pas être dans les souliers du président du conseil d'administration, je crois qu'il devrait être beaucoup plus inquiet que Mme Bondil, elle que tous solliciteront à l'international si elle quitte le MBAM. Pas certaine que ce soit le cas du président de CA ? Et il est loin d'être assuré que la famille Desmarais sera là pour le soutenir dans sa recherche d'un autre poste!

      Il est tellement malheureux que ces petitesses humaines viennent gruger la belle réputation de notre musée, la fierté des québécois face à leurs institutions culturelles et tout ce travail réalisé. Pas besoin d'être devin pour prévoir que le MBAM perdra des plumes et vivra une période de transition difficile. Réveillons-nous pendant qu'il est encore temps! Donnons l'exemple à nos jeunes en valorisant l'intégrité, la transparence et l'équité!

    • Jacques Bordeleau - Abonné 10 juillet 2020 09 h 54

      Très perspicace! Tout est là. Il faut faire de la place aux mécènes qui comptent, maintenant que la maitresse-d'oeuvre a bien fait le travail. Place à la relève, comme on dit.

      Jacques Bordeleau

  • Philippe Dubé - Abonné 10 juillet 2020 08 h 04

    Le modèle Top-Down

    Pour tout gestionnaire, même muséal, la tentation de centraliser le pouvoir décisionnel est grande, pour ne pas dire inhérente à la fonction même de direction générale. C'est donc au Conseil d'administration que revient la responsabilité de veiller au bon équilibre fonctionnel et opérationnel de son oragnisation. Dans ce contexte, le désir de centralisation est doublé par une force extérieure à l'organisation qu'on nomme le culte de la personnalité et auquel se prête avec complaisance la société toute entière. Donc, à qui la faute ? Pour une organisation saine (en rebâchant une évidence), on doit avoir les ressources humaines et financières de ses ambitions et c'est, encore une fois, au Conseil d'administration d'en trouver les moyens. Dans ce cas-ci, il fait son travail et c'est tant mieux.

  • Lise Bélanger - Abonnée 10 juillet 2020 08 h 51

    Le MBAM est plus performant que le Musée des Beaux-Arts du Canada et de loin. Tout ça grâce au grand talent de madame Bondil. Madame Bondil est une créatrice, innovatrice exceptionnelle. Est-ce qu'une ombre noire voudrait empêcher le rayonnement du Musée québécois?

  • Bernard Bujold - Inscrit 10 juillet 2020 09 h 11

    NATHALIE BONDIL - LA FEMME VRAIE

    Dans mon esprit, Nathalie Bondil a toujours représenté ce que devrait être une Femme.
    Je connais Nathalie depuis l'époque de 2007 alors qu'elle était nommée directrice du Musée des Beaux-Arts de Montréal en remplacement de Guy Cogeval.
    J'ai toujours aimé le style de Nathalie et j'ai eu l'occasion de partager plusieurs soirées mondaines en sa compagnie.
    Je me souviens d'un souper gala où je l'avais invitée à la table de l'entreprise que je représentais (Air France) et qui commanditait l'exposition Picasso présentée au Musée. J'avais alors constaté le côté très humain de Nathalie qui s'était levée de table durant la soirée pour secourir un vieil homme qui était tombé sur le plancher de danse. Nathalie Bondil est à la fois très humaine, en plus d'être un grande humaniste.
    À un autre événement, je l'avais photographiée en compagnie de sa fille. Elle m'avait demandé une copie de la photo et elle m'avait dit qu'elle me rendrait la faveur un jour, tellement elle appréciait l'image...
    J'ai toujours aimé le Musée des Beaux-Arts de Montréal et j'ai toujours conservé un contact avec Nathalie, même si depuis 2010, je suis dans une autre vie.
    Je suis triste de la situation entourant le style de gestion de Nathalie, mais je ne suis pas surpris, car Nathalie Bondil est une sorte de guerrière moderne qui : "...n'a jamais joué pour perdre...". Le succès du Musée est la preuve que son style est la seule façon de gagner!
    VOIR PHOTOS
    https://www.facebook.com/bernard.bujold/media_set?set=a.10164011146815541&type=3&uploaded=6

  • Christian Beaudet - Abonné 10 juillet 2020 09 h 16

    En été, gare à la pénurie de nouvelles. S'il n'y en a pas on peut tenter d'en fabriquer.

    Cet article n'a aucun intérêt public. Des conflits semblables, il peut y en avoir dans toutes les entreprises, dans tous les organismes, insittutions ou ministères. On pourrait en faire un article par jour. Le rendre public ne peut qu'envenimer les choses et nuire davantage au rétablissement d'un climat de travail sain. Je salue à cet effet la retenue du syndicat et m'interroge sur l'intervention de la ministre alors que le conseil d'administration devrait être le premier responsable.

    • Jacques Bordeleau - Abonné 10 juillet 2020 10 h 56

      Sur l'intervention de la ministre, je suis d'accord avec vous, mais sur le silence syndical non, lui qui est inlassablement aux barricades, souvent avant même les intervenants concernés. Il y a anguille sous roche.

      Jacques Bordeleau