Les expositions jouent les prolongations

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Le bâtiment du Musée canadien de l'histoire a été conçu par l’architecte autochtone Douglas Cardinal, qui a voulu intégrer sa création au paysage.
Musée canadien de l’Histoire Le bâtiment du Musée canadien de l'histoire a été conçu par l’architecte autochtone Douglas Cardinal, qui a voulu intégrer sa création au paysage.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Miser sur l’architecture significative du lieu

Le Musée canadien de l’histoire n’envisage pas pour l’instant de réouverture avant le milieu de l’été : « Notre situation est un peu plus complexe, comme nous sommes une institution fédérale et que l’on doit aussi respecter les normes du Québec et de l’Ontario », explique Christine Conciatori, directrice, Planification et apprentissage. Pour faire (re)découvrir son site et son édifice, qui possède une forte signature architecturale, le Musée veut plutôt offrir des activités extérieures gratuites et animer son site : « Nous sommes sur un très beau site, et l’architecture du Musée [conçue par l’architecte autochtone Douglas Cardinal] est très significative. Le génie du lieu va rester », souligne Mme Conciatori. Les visiteurs pourront apprécier la façon dont l’architecture est intégrée au paysage, de même que la forte symbolique du bâtiment. Le Musée espère multiplier les animations extérieures grâce à des partenariats à venir.

Le Musée envisage également une ouverture partielle de ses salles, surtout de l’imposante Grande Galerie, un des lieux les plus populaires de l’institution. Le Musée veut en effet d’abord ouvrir ses propres expositions permanentes, hormis le Musée des enfants, qui est basé sur l’interaction et le toucher. Reines d’Égypte, la grande exposition temporaire internationale, qui devait ouvrir en mai, sera reportée. Le prix d’entrée sera modulé selon les expositions accessibles.

« Ce qui reste au cœur, c’est de continuer à offrir une belle expérience aux visiteurs dans laquelle ils se sentiront en sécurité », souligne Mme Conciatori. Une chose est sûre : le confinement aura montré l’importance de la visite in situ, « irremplaçable », selon la directrice. La date officielle de réouverture sera annoncée sur le site Web et les médias sociaux du Musée.

L’identité au cœur des expositions

Le Musée des beaux-arts de Sherbrooke a pour sa part rouvert le 10 juin dernier. Il a décidé de prolonger et d’adapter deux expositions temporaires qui venaient à peine d’ouvrir lorsqu’il a dû fermer ses portes en mars. En créant l’alter ego Simon-Claude Beauvreau, l’artiste visuel Simon Beaudry juxtapose notreépoque et celle de l’homme de théâtre Claude Gauvreau à travers images fixes et en mouvement, sculptures, installations, jeu vidéo et performance, plaçant l’identité québécoise au cœur de l’exposition La charge, fiction et réalité dramatiques. Les éléments interactifs ont d’ailleurs été adaptés pour ne pas avoir à être déclenchés par les mains.

Au deuxième étage, les visiteurs pourront aussi découvrir l’exposition Anna Wong. Périple sur deux chemins, produite et mise en circulation par la Burnaby Art Gallery. Celle-ci explore deux périples personnels de la sculptrice, c’est-à-dire celui de citoyenne sino-canadienne au Canada et celui de touriste sino-canadienne en Chine. L’exposition permanente Couleurs manifestes, ouverte depuis peu, reste accessible au dernier étage. Celle-ci présente une cinquantaine d’œuvres de la collection permanente réunies par la force des couleurs qui les composent.

 
Photo: François Lafrance L’artiste visuel Simon Beaudry juxtapose notre époque et celle de l’homme de théâtre Claude Gauvreau. «Bélier épormyable», 2019-2020, et «Portes à ouvrir», 2020, exposés au Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

Une installation d’envergure de José Luis Torres sera également présentée à l’extérieur du musée au cours de l’été. L’artiste argentin sera en vedette dans une exposition à l’automne (à l’origine prévue au printemps). « Les œuvres de José Luis stimulent le rapprochement entre le lieu d’accueil, le visiteur et l’œuvre. Ce sont des œuvres à échelle humaine, qui permettent aux visiteurs de s’imprégner et de vivre un moment immersif », décrit Maude Charland-Lallier, directrice générale et conservatrice en chef. Le Musée a par ailleurs été mandaté par la Ville de Sherbrooke pour concevoir le Parcours Photo Sherbrooke. Des visites de groupes (réduits) feront découvrir les trois structures installées le long de la promenade du lac des Nations.

Plutôt que d’accueillir des groupes et des camps de jour au musée, le Musée viendra plutôt à eux. Plusieurs formules sont proposées, mais la plus populaire reste celle où un responsable de la médiation et de l’éducation culturelle et un guide animateur se déplacent pour offrir des activités artistiques hors du commun aux enfants. « C’est important de créer du contact et de conserver le lien avec le public », remarque Mme Charland-Lallier.

S’adapter et innover

Rouvert quant à lui depuis le 9 juin, le Musée d’art de Joliette (MAJ) a adapté sa programmation pour que les visiteurs puissent profiter des expositions qui avaient été inaugurées cet hiver, en les prolongeant jusqu’en septembre. « Le défi est de dynamiser tout ça », explique Jean-François Bélisle, directeur général et conservateur en chef. En effet, exit les vernissages qui attirent les visiteurs. Au lieu de changer toutes les expositions d’un seul coup (comme c’est la tradition au MAJ), l’exposition Les trésors sont des espoirs calcifiés capturant lumière et poussière de Chloë Lum et Yannick Desranleau fera place en août à Au nom de la matière. Le musée imaginaire de Louise Warren. Cette dernière permettra de découvrir la collection privée de la poète et essayiste lanaudoise. L’exposition de Lum et Desranleau explore quant à elle le lien entre les objets et le corps.

Deux autres expositions seront prolongées jusqu’au 6 septembre. Les ouvrages et les heures permet de découvrir l’autrice et peintre Monique Régimbald-Zeiber, qui insère des textes marquants et féministes dans ses œuvres. L’exposition Images rémanentes réunit quant à elle trois jeunes sculptrices de Montréal, de Vancouver et de New York, qui explorent le thème du corps féminin.

Photo: MAJ Le Musée d’art de Joliette compte maximiser l'utilisation de ses aires extérieures cet été.

Le musée a aussi invité l’artiste Philippe Allard à faire une intervention à l’intérieur et à l’extérieur du musée : « À travers ses installations, il vient parasiter l’architecture », explique M. Bélisle. Le projet, qui n’était pas dans les cartons, a été ajouté à la programmation : « Nous voulions encourager les artistes à produire de nouvelles œuvres, et à réfléchir à ce qu’est un musée, surtout dans le contexte d’aujourd’hui. »

Le musée adaptera également ses activités d’animation en les amenant à l’extérieur, si la Santé publique le permet. « On a un plan pour reprendre en juillet nos 5 à 7, qui sont très courus, en réaménageant la terrasse pour pouvoir maintenir les distances. » Le Musée a la chance d’avoir une très belle terrasse offrant des vues imprenables sur la rivière L’Assomption, qu’il compte bien maximiser.

Fidèle à ses habitudes, le MAJ continue d’innover, grâce à des boîtes de livraison (style boîte de repas) en version créative. Ce projet pilote conçu par le département d’éducation est un partenariat avec le Marché public de Joliette. Les familles pourront y récupérer leur boîte contenant tous les matériaux et explications pour faire une activité créative à la maison.

Grâce à des partenariats, le camp de jour du Musée a pu également être maintenu (les mesures de distanciations physiques entraînaient des coûts supplémentaires importants). Les vernissages organisés par les enfants seront déplacés sur Musée en quarantaine, et les jeunes seront tout autant impliqués dans la logistique de la présentation publique de leurs œuvres.