Espaces restreints, espaces vitaux

André Lavoie Collaboration spéciale
Depuis le 15 juin, les promeneurs ont de nouveau accès aux 75 hectares du Jardin botanique.
Photo: Claude Lafond Depuis le 15 juin, les promeneurs ont de nouveau accès aux 75 hectares du Jardin botanique.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Si certains doutaient de l’attachement des Montréalais pour « leur » Jardin botanique, l’apparition, à la mi-mai, d’une pétition réclamant la réouverture rapide de ce havre de beauté constituait une preuve supplémentaire.

Ces manifestations n’ont pas échappé à Charles-Mathieu Brunelle, directeur général d’Espace pour la vie, entité regroupant le Jardin, le Biodôme, l’Insectarium et le Planétarium, quatre institutions situées à l’ombre du Stade olympique. Un secteur, disons-le, où abondent les chantiers de toutes sortes, un petit chaos quotidien dans lequel se sont invités la pandémie de la COVID-19, le confinement, ainsi qu’une reprise graduelle, et prudente, des activités.

L’été 2020 ne sera pas comme les autres, et Espace pour la vie en a pris acte, surtout dans un contexte où deux de ses institutions phares subissent une importante cure de jouvence (le Biodôme et l’Insectarium) tandis qu’une autre, considérée comme une salle de spectacle (le Planétarium), devra patienter pour sa propre réouverture. Or, depuis le 15 juin, les Montréalais, « et tous les citoyens qui peuvent se rendre jusque chez nous », souligne Charles-Mathieu Brunelle, déambulent enfin au milieu de 75 hectares de choses belles et tranquilles, endroit unique où il est possible de découvrir 22 000 espèces et cultivars, de même que 30 jardins thématiques différents.

Et qu’en est-il des magnifiques serres d’exposition ? Pour cet été, il faudra se contenter de les contourner puisque ces lieux magnifiques et foisonnants n’ont pas été conçus à une époque où le concept de distanciation physique était très à la mode…

Découvrir malgré les contraintes

Véritable concentré des multiples facettes de la biodiversité, le Jardin botanique version 2020 sera d’abord un lieu de promenade, mais aussi de découverte. « Pendant la pandémie et le confinement, on a redécouvert l’importance de prendre soin de soi et des autres, et une bonne façon de le faire est de se rapprocher de la nature, souligne le directeur général d’Espace pour la vie. Nous avons également compris l’importance du principe de la sécurité alimentaire, et c’est une longue tradition au Jardin. » En effet, depuis sa fondation en 1932 par le frère Marie-Victorin, et la contribution importante de l’horticulteur Henry Teuscher, l’aspect nourricier des lieux n’a jamais été négligé.

Alors, à défaut de pouvoir laisser entrer les visiteurs dans les serres, ou encore dans les pavillons des plus célèbres jardins du Jardin, dont celui de Chine ou du Japon, plusieurs animations extérieures seront offertes. Le premier thème de ces activités sera en lien avec une des traditions des lieux, soit l’agriculture, alors que les visiteurs pourront apprendre à « cultiver la nature ». « Tous les jours, de 13 h 30 à 17 h, nous invitons les gens à observer de près des légumes très faciles à cultiver, de même qu’à apprendre à repérer les plantes comestibles », précise Charles-Mathieu Brunelle.

En plus de ces activités éducatives, qui devraient attirer un public nombreux à l’heure où l’engouement pour les potagers n’a jamais été aussi grand, d’autres feront appel à la créativité artistique, et aux dimensions méconnues, mais essentielles, des plantes. « Dans les jardins culturels, comme celui de Chine, le public sera invité à bien observer le travail d’artistes qui eux-mêmes se sont inspirés des jardins traditionnels, ou encore à découvrir les secrets des teintures végétales dans le jardin des Premières Nations. » Et pour ceux et celles préoccupés par les problèmes environnementaux, on pourra en savoir plus sur les phytotechnologies, ces approches innovatrices où les plantes vivantes deviennent de formidables alliées pour régénérer une nature malmenée.

Sortir du Jardin

Avant de se rendre au Jardin botanique, le visiteur avisé doit savoir que la capacité d’accueil est limitée, qu’il est préférable de se procurer son billet en ligne pour éviter les déceptions. Et pour ceux qui ne pourront s’y rendre, Charles-Mathieu Brunelle tient à se rendre jusqu’à eux. « Bientôt va démarrer le projet “Espace pour la vie près de chez vous”. Deux véhicules vont sillonner la ville, notamment dans le Quartier des spectacles, avec des équipes d’animateurs pour offrir des activités ludiques et des installations que je qualifierais d’artistico-scientifiques éphémères, question d’apprivoiser la nature autour de soi. Nous avons toujours eu le souci de sortir de nos murs, d’aller vers les citoyens. Et c’est plus que jamais nécessaire. »