Pointe-à-Callière: retour au temps du choléra

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
L’empressement avec lequel le premier égout fermé du Canada est construit en 1832 laisse croire qu’il s’agissait d’une réponse à l’épidémie de choléra.
Photo: Stéphane Brügger L’empressement avec lequel le premier égout fermé du Canada est construit en 1832 laisse croire qu’il s’agissait d’une réponse à l’épidémie de choléra.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Le 25 juin, les Montréalais pourront revisiter l’un des premiers ouvrages urbains d’ampleur conçus dans leur ville pour des raisons sanitaires après une épidémie : un égout collecteur désormais entre les murs de Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal.

« C’est le premier égout fermé au Canada et il a été créé à cause d’une épidémie, d’un problème de santé publique », rappelle Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière. Aucun document n’atteste formellement du lien entre cet aménagement urbain et le choléra. En revanche, l’empressement avec lequel la Petite rivière a été canalisée et recouverte en 1832 laisse croire qu’il s’agissait d’une réponse à l’épidémie qui venait de frapper la métropole. Des témoignages remontant au 11 juin de cette année-là font état de la propagation de la maladie à Montréal. Or, un contrat de maçonnerie lié à l’égout collecteur a été accordé durant le mois de juillet suivant, puis un autre a été signé pour le remplissage des berges en septembre.

Cette approche innovatrice pour l’époque avait d’autres avantages : elle permettait notamment l’installation du marché Sainte-Anne au-dessus de la Petite rivière sans exproprier qui que ce soit. Mais le cours d’eau suscitait au même moment beaucoup d’inquiétudes. Les ateliers d’artisans et les boucheries installés à proximité y déversaient leurs eaux usées et leurs déchets, voire des cadavres d’animaux.

Un écho à la situation actuelle

À cette époque, la science n’avait pas encore découvert qu’une bactérie transmise par l’eau contaminée était à l’origine du choléra. La théorie des miasmes, populaire à l’époque, postulait que la maladie se propageait par l’air vicié près d’étendues d’eau stagnante. Et malgré la construction de la première section de l’égout collecteur — la deuxième sera achevée en 1838 —, Montréal sera frappé par une deuxième vague de choléra en 1834. Même s’il ne s’agissait pas d’une solution magique pour protéger la population de l’infection, l’ouvrage s’attaquait néanmoins aux problèmes sanitaires engendrés par ce site devenu une décharge à ciel ouvert.

Accessible aux visiteurs du musée Pointe-à-Callière depuis 2017, l’égout collecteur a été fermé au public dans les derniers mois en raison d’une autre pandémie, celle de la COVID-19. Francine Lelièvre y voit un écho direct avec ce que l’on vit aujourd’hui alors que les villes, les commerces, ainsi que les musées réfléchissent à revoir leur aménagement pour limiter la contagion. L’histoire de l’égout collecteur sera par ailleurs rappelée sur des pastilles installées pour aider les visiteurs à respecter la distanciation physique de deux mètres et à patienter avant de pouvoir entrer dans le musée.

Découvrir l’Amérique du Sud sans voyager

Qui dit mesures sanitaires au temps de la COVID-19 dit aussi annulation des voyages touristiques à l’étranger. Particulièrement ceux prévus en Amérique du Sud, devenu ces jours-ci l’épicentre mondial de la pandémie. De quoi oublier une visite du Machu Picchu ou de tout autre vestige grandiose laissé par l’Empire inca. Néanmoins, les Montréalais pourront découvrir cet été toute la richesse des civilisations précolombiennes andines grâce à l’exposition temporaire Les Incas… c’est le Pérou !

Lors de son inauguration, le 27 novembre dernier, il était prévu que les textiles, céramiques et statuettes en argent ou en or quittent Montréal le 13 avril 2020. Mais comme la pandémie a bouleversé le transport aérien et forcé la fermeture des musées québécois à partir du 15 mars dernier, Pointe-à-Callière a renégocié des ententes avec ses 13 partenaires internationaux. L’exposition et l’ensemble de ses objets demeureront donc jusqu’au 4 octobre à Montréal. Elle ouvre tout l’été une fenêtre sur les trésors de l’Empire inca, mais aussi sur ceux des civilisations paracas, nazca, huari, mochica, chimú et chancay, qui l’ont précédé.

Civilisations et espèces éteintes

La civilisation inca a souffert des épidémies disséminées par les Espagnols sur le continent sud-américain avant même que ces derniers n’accostent au Pérou. Une maladie contagieuse, vraisemblablement la variole, a provoqué la mort en 1525 de son souverain, Huayna Capac, ce qui a précipité sa succession dans une guerre civile. Les conquistadors ont ensuite donné un coup de grâce en 1532 à cet empire alors divisé et affaibli.

Mais Les Incas… c’est le Pérou ! met aussi en valeur les manifestations, malgré cette fin abrupte, de son héritage dans la culture péruvienne actuelle. « À la fois, ils ont vécu un drame, à la fois il y a une renaissance, une fierté », observe Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière.

Quant à l’exposition temporaire Dans la chambre des merveilles, en grande partie constituée d’objets prêtés par le Musée des Confluences de Lyon, elle se poursuivra comme prévu jusqu’au 10 janvier 2021. Une exposition pertinente à visiter, selon Francine Lelièvre, pour nous rappeler le défi climatique auquel notre planète demeure confrontée. « Elle sensibilise à l’importance de l’environnement, des animaux et de la conservation de la nature alors qu’il y a la disparition de plusieurs espèces. »

L’exposition Place au cirque !, dont l’inauguration était d’abord prévue ce printemps, a été reportée au 26 mai 2021 étant donné qu’elle impliquait près de 23 prêteurs québécois, états-unien et européens.