Les postimpressionnistes viennent poser leurs pinceaux au MBAM

Jean-François Venne Collaboration spéciale
La toile de Paul Signac «Saint-Tropez. Fontaine des Lices» (1895, huile sur toile, collection particulière) fera partie de l’exposition «Paris au temps du postimpressionnisme».
Photo: MBAM La toile de Paul Signac «Saint-Tropez. Fontaine des Lices» (1895, huile sur toile, collection particulière) fera partie de l’exposition «Paris au temps du postimpressionnisme».

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Les portes du Musée des beaux-arts de Montréal se sont rouvertes pour la première fois depuis des mois le 6 juin dernier, au grand plaisir de sa directrice générale et conservatrice en chef, Nathalie Bondil.

« Un musée fermé, c’est si triste, se désole la directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil. Les œuvres existent pour être vues. Nous nous réjouissons de reprendre notre mission culturelle, même si la réouverture reste progressive et un peu restreinte. »

Bonne nouvelle, la populaire exposition Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, interrompue avant son terme en mars par la pandémie, sera prolongée jusqu’au 28 juin. Pas moins de 245 422 visiteurs l’ont déjà vue. En raison des restrictions sur les déplacements internationaux, les représentants du British Museum n’ont pas pu venir au Québec ce printemps pour démonter l’exposition. Par ailleurs, ses débuts au Musée Royal de l’Ontario, prévus le 16 mai, ont été reportés à l’automne. Le MBAM a donc obtenu la permission de poursuivre l’événement pour récupérer les semaines perdues en mars.

Un automne chargé

Les vacanciers déçus de ne pouvoir se déplacer outre-mer cet été pourront se rabattre sur l’exposition Paris au temps du postimpressionnisme : Signac et les indépendants. « Une très grosse exposition, rendue possible grâce à la contribution d’un collectionneur privé, qui nous confie la quasi-totalité de ses œuvres », explique Mme Bondil. Après les momies, les salles du musée s’orneront donc des œuvres de Signac et de celles des symbolistes (Gauguin, Redon), des nabis (Bonnard, Vallotton, Denis, etc.), des fauves (Dufy, Friesz, Marquet) et de bien d’autres encore, dont Pissarro, Seurat ou Lautrec.

À l’automne, le MBAM offrira l’occasion de découvrir des tableaux inédits de Manuel Mathieu, un artiste multidisciplinaire né en Haïti, qui a étudié à l’Université du Québec à Montréal et au Goldsmiths College de l’Université de Londres. Installé au Québec, il est l’un des 25 finalistes du prix de la Fondation Sobey pour les arts en 2020. Intitulée Survivance, son exposition s’inspire de la violence des dictatures des tristement célèbres Duvalier père et fils et de ses effets sur la population haïtienne.

Autre écho à la fureur du monde, l’installation Mi Makir : À la recherche des disparus est consacrée à l’artiste Yehouda Chaki. Elle se compose de portraits indistincts de victimes des camps de concentration, ainsi que de sculptures rappelant les autodafés de livres dans l’Allemagne nazie et de piles sur le sol évoquant les ruines laissées par les vandales lors de la Nuit de cristal du 9 novembre 1938.

Jean-Paul Riopelle aura également droit à une exposition automnale. Elle mettra en relief ses références récurrentes aux cultures autochtones du Canada et aux territoires nordiques, notamment la baie James, la baie d’Hudson, le Nunavik et le Nunavut. Elle explorera aussi l’influence de Georges Duthuit, un grand ami collectionneur d’art autochtone, et des écrits des anthropologues Jean Malaurie et Claude Lévi-Strauss. On pourra y voir environ 150 pièces, dont certaines proviennent de la collection du Dr Champlain Charest, son compère et mécène, avec lequel il a effectué plusieurs voyages dans le nord et le grand nord du Québec. « C’est un aspect méconnu et pourtant remarquable de l’œuvre de Riopelle, qui fait l’objet ici d’un travail académique très solide », précise Mme Bondil.

Une atmosphère plus intimiste

Rappelons que les visiteurs doivent dorénavant acheter leurs billets en ligne en choisissant la date et l’heure de leur passage. Cela vaut tout autant pour les membres du Musée, bien que le coût de l’entrée soit inclus dans leur abonnement. Le Musée recommande aussi fortement le port du masque. On peut télécharger les audioguides gratuitement à partir de l’application mobile du MBAM, mais il n’y a plus d’appareils distribués sur place. « La visite ne se déroule pas comme avant, mais, en un certain sens, elle permet un rapport plus intime, plus calme et plus contemplatif avec les œuvres, puisque l’individu ne se retrouve pas au milieu d’une foule », note Mme Bondil.

Par ailleurs, le MBAM poursuivra ses activités virtuelles avec trois projets, dont un a été lancé le 6 juin, à l’occasion des 75 ans du débarquement de Normandie. L’exposition Ports d’exil, Ports d’attache, met en lumière les destins de Juifs persécutés par le régime nazi. Elle tisse un lien entre trois villes portuaires : Rouen, en territoire occupé, Marseille, dans la France libre, et Montréal, terre d’accueil.

S’ajoutent à cela une activité d’art-thérapie virtuelle centrée sur l’écologie et le projet Les micro-folies, autour des collections d’art québécoises et canadiennes, qui démarrera au moment de la rentrée scolaire.