Portes (ré)ouvertes

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Comme tous les musées du Québec, le Musée d’histoire de Sherbrooke a ajusté sa manière de présenter son contenu pour se conformer aux directives de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.
Photo: Musée d’histoire de Sherbrooke Comme tous les musées du Québec, le Musée d’histoire de Sherbrooke a ajusté sa manière de présenter son contenu pour se conformer aux directives de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

Pour s’assurer que personne ne s’approche trop d’une toile d’un grand maître ou d’un artefact fragile, les musées savent déjà comment s’y prendre. Mais ils doivent aussi désormais assurer la distance entre les personnes, se passer de modules interactifs et s’adapter à de nouvelles contraintes.

Écrans tactiles, combinés à poser sur son oreille, poste téléphonique à manipuler pour changer de pistes audio, cahier dont il faut tourner les pages : lors de son inauguration à l’été 2019, l’exposition permanente Mémoires sherbrookoises du Musée d’histoire de Sherbrooke misait sur l’interactivité. Au moment de rouvrir ses portes le 10 juin dernier, l’établissement a ajusté sa manière de présenter son contenu. COVID-19 oblige, il devait désormais se conformer à des directives strictes de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Parmi elles, l’interdiction pour les musées de donner accès à du matériel à usage collectif, comme des ordinateurs, des tablettes et des audioguides.

Pour répondre aux nouvelles normes, le Musée d’histoire de Sherbrooke a ajouté des puces NFC et des codes QR. Les visiteurs peuvent ainsi les scanner avec leur téléphone intelligent ou leur tablette pour regarder, visionner ou écouter le contenu sur leur appareil personnel.

Adapter l’expérience

« Il n’était pas question qu’on ouvre sans offrir 100 % de l’expérience », explique David Lacoste, directeur général du Musée d’histoire de Sherbrooke. « On a beaucoup de textes, de photos anciennes et d’artefacts, mais le contenu humain et les témoignages bonifiaient le tout. Les retirer aurait enlevé une bonne partie de l’exposition. »

Même s’il a su s’adapter, le Musée d’histoire de Sherbrooke n’est pas au bout de ses défis. « Il y a aussi l’interactivité avec le guide animateur qu’il faut revoir. » L’organisation de vernissages, de conférences, d’événements-bénéfice est interdite, tout comme la tenue d’activités de groupe telles que les tours guidés, les ateliers, les visites de camps de jour ou l’accueil de groupes scolaires.

Des assouplissements

Le 10 juin dernier, les autorités en matière de santé publique ont accordé certains assouplissements. La manipulation de bornes tactiles, modules ou autres dispositifs interactifs est désormais permise à condition qu’elle soit effectuée avec un stylet à usage unique. « Ça devrait donner une bouffée d’air frais aux musées, notamment aux institutions muséales scientifiques », dit avec soulagement Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ). « En science, on doit toucher et expérimenter. »

Les musées peuvent aussi depuis le 10 juin organiser des animations extérieures sans attroupements et des visites guidées pour des personnes habitant toutes à la même adresse. Le feu vert a aussi été accordé à l’aménagement d’espaces de projection dans lesquels la distanciation physique de 2 mètres est assurée.

Malgré tout, les contraintes causent plusieurs soucis dans certains établissements. « Dans certains musées, l’expérience repose entièrement sur l’interactivité des installations ou les visites de groupes, comme à la Cité de l’or à Val-d’Or », évoque M. Chagnon. Au moment où ces lignes étaient écrites, plus d’une centaine de musées ont manifesté à la SMQ leur volonté de reprendre leurs activités destinées au public cet été. En revanche, 15 lui ont annoncé qu’ils vont demeurer fermés et 25 hésitent toujours.

Des pertes de 20 millions

Aux précautions à prendre avec le public s’ajoutent les normes à respecter en coulisse. La manipulation des œuvres d’art, du mobilier, des documents, des spécimens ou des artefacts exigent notamment de se laver les mains fréquemment, voire de placer certains objets en quarantaine durant 24 heures dans certains contextes. Dans le montage et le démontage d’expositions ou de vitrines, il se révèle parfois impossible de maintenir 2 mètres de distance entre les collègues d’une équipe de travail au moment de réaliser certaines tâches. C’est pour cette raison que la SMQ a donné un coup de pouce à ses membres en fournissant près de 500 protecteurs faciaux à tarifs préférentiels. Elle a aussi créé des pastilles de signalisation liées à la distanciation, prêtes à imprimer, pour éviter leurs conceptions aux établissements.

« Avec un nombre limité de visiteurs dans un musée, on sait très bien que la capacité d’accueil ne sera pas la même qu’avant la pandémie », s’inquiète aussi le directeur général de la Société des musées du Québec. Vers la fin avril, la SMQ a réalisé un sondage auprès de ses membres sur l’impact de la COVID-19 sur les institutions muséales. À la lueur des réponses de 108 d’entre eux, dont la somme des budgets d’exploitation s’élève à 168 millions, des pertes d’environ 20 millions ont été estimées pour la période allant du 15 mars au 30 juin.

Même si la réouverture était possible dès le 29 mai, Stéphane Chagnon juge ce chiffre toujours plausible. Plusieurs établissements ne pouvaient d’aucune manière redémarrer avant la fin juin, le temps de réembaucher leur personnel et de réaménager leur salle pour accueillir à nouveau les visiteurs.