Le monde du spectacle devra s’adapter aux mesures sanitaires

Lavage systématique de tous les équipements et costumes. Respect de la règle du mètre et demi de distance entre les gens, à moins, si c’est impossible, de porter un masque et une visière. Restriction de 50 personnes dans une salle, en incluant les artistes et les techniciens. Les nouvelles mesures sanitaires annoncées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) imposent, sans surprise, des restrictions très contraignantes à l’industrie du spectacle. Plus encore que la gestion des déplacements du public, c’est le processus de création qui sera difficile à adapter aux nouvelles normes, selon plusieurs intervenants.

« Vraiment, pour les personnes, dans les espaces de travail, ça va être complexe : tout le travail de répétition, le travail sur scène, en coulisse, en respectant les règles de distanciation physique », dit Sylvie Meste, directrice générale du Conseil québécois du théâtre.

Au-delà de la gestion de la distance, « tout le procédé de nettoyage des équipements demande énormément de temps », poursuit-elle.

 

Dans ses discussions avec le ministère de la Culture et des Communications, le Conseil québécois du théâtre suggérait d’abord et avant tout d’entamer une première phase de travail, qui permettrait aux artistes de reprendre leur processus de création.

« Il y a minimalement deux ou trois mois de travail scénique pour qu’un spectacle puisse être présenté devant public », explique Sylvie Meste.

D’ailleurs, il est improbable, dans l’état actuel des choses, que les spectacles qui étaient déjà prêts ou même à l’affiche au moment du déclenchement de la crise puissent être présentés tels quels. « Même si c’est un spectacle existant ou une reprise, il faut le repenser avec des contraintes », poursuit Sylvie Meste.

Dans ce contexte, il est bien possible que les metteurs en scène fassent des choix dramaturgiques de circonstance et qu’on assiste à une recrudescence des spectacles en solo cet automne.

Du côté d’En piste, le regroupement national des arts du cirque, la directrice, Christine Bouchard, se dit très heureuse de la subvention de 10 millions qui a été accordée par Québec pour le soutien de son milieu.

Reste que, là aussi, les créations circassiennes devront tenir compte de la distanciation physique, ce qui pose de sérieux problèmes dans tous les numéros de main à main, par exemple, et autres duos de trapèze.

Tout le procédé de nettoyage des équipements demande énormément de temps

 

« Le port du masque et de la visière comporte trop de risques pour un duo d’artistes de cirque », dit Christine Bouchard. Les metteurs en scène seraient donc contraints de ne présenter que des duos ou des numéros de groupe de personnes vivant ensemble dans la vie, pour éviter la contagion.

Julie-Anne Richard, directrice générale de Rideau, trouve de son côté « à la fois très vague et très carré » le guide des mesures sanitaires qui s’applique à l’industrie du spectacle. « Je ne sais pas comment nos membres vont se débrouiller, dit-elle. Cela va demander beaucoup d’adaptation et complexifier le travail des équipes des techniciens de scène. On nous demande de réduire au minimum les équipes de travail. »

Elle précise que les directives de la CNESST ne sont pas particulièrement adaptées au milieu du spectacle, où les relations ne sont pas des rapports « de patron à employés » et où les frontières sont mouvantes. Il faudra donc établir, dans chaque cas, qui est responsable des mesures sanitaires. Mme Richard ne prévoit pas elle non plus une reprise importante des spectacles en salle avant l’automne prochain. « On se croise très fort les doigts pour l’automne prochain », dit-elle, en espérant « un plan de relance qui s’adressera aux diffuseurs. »

Du côté du Réseau des organisateurs de spectacle de l’est du Québec (ROSEQ), on est plus optimiste. Le directeur, Frédéric Lagacé, espère même lancer une programmation estivale dans les prochains jours. Il faut cependant se pencher sur la question des pertes de revenus, dit-il, pour ne pas que cette facture soit refilée aux agences, aux diffuseurs, « ou même au public ».


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