Québec promet près de 400 millions de dollars à l’industrie culturelle québécoise

Le premier ministre, François Legault, et la ministre de la Culture, Nathalie Roy (à droite), se sont adressés aux représentants du milieu culturel présents lors de la conférence de presse, Sophie Prégent, la présidente de l’Union des artistes, Luc Fortin, le président de la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec, ainsi que le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, lundi après-midi à Montréal.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le premier ministre, François Legault, et la ministre de la Culture, Nathalie Roy (à droite), se sont adressés aux représentants du milieu culturel présents lors de la conférence de presse, Sophie Prégent, la présidente de l’Union des artistes, Luc Fortin, le président de la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec, ainsi que le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, lundi après-midi à Montréal.

Le premier ministre François Legault a dévoilé lundi un plan de relance culturel, assorti de nouveaux investissements gouvernementaux, visant à « remettre au travail » les artistes québécois au temps de la COVID-19.

« On veut que les Québécois voient leurs artistes », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’intérieur de la Cinquième salle de la Place des Arts lundi après-midi.

Le plan de relance du milieu culturel prévoit des investissements totaux de 400 millions de dollars sur deux ans — dont certains déjà annoncés. Il porte le budget de la culture à 971 millions de dollars en 2020-2021, soit 26 % de plus que celui de l’année précédente. On compte 33,5 millions pour permettre à l’industrie de la musique de relever les défis engendrés par les nouvelles habitudes de distanciation, mais également les nouvelles habitudes d’écoute des Québécois, 5,9 millions pour relancer les festivals et événements artistiques et culturels, ainsi que 2,2 millions pour documenter les effets de la pandémie sur le milieu culturel et soutenir les projets immobiliers et d’acquisition de matériel.

« Je ne sais pas si je devrais dire ça, mais j’ose le dire : s’il n’y en a pas assez, on regardera ça ! » a précisé M. Legault, soulignant du même souffle que « la culture, c’est l’âme du peuple québécois ».

« L’argent est là pour vous payer pour créer en attendant de pouvoir revenir à la normale », a déclaré la ministre de la Culture, Nathalie Roy, avant de remercier les artistes de leur « patience ».

La présidente de l’Union des artistes, Sophie Prégent, le président de la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec, Luc Fortin, ainsi que le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, présents lors de l’annonce, ont tous acquiescé d’un signe de tête.

M. Nézet-Séguin s’est dit « encouragé » par l’« excellent premier pas » fait par le gouvernement Legault. « La rapidité est clé. Pour nous, ce qui est important, c’est de recommencer tout de suite à travailler », a-t-il ajouté. Cela dit, il « faudra », aux yeux du chef principal de l’Orchestre Métropolitain, « qu’il y ait autre chose » pour garder le milieu culturel à flot pendant la pandémie.

L’aide gouvernementale retire de la « pression » sur le secteur culturel, a affirmé Mme Prégent. « De façon générale, [le plan de relance] répond aux attentes », a-t-elle dit, soulagée que « le tour » des artistes soit enfin venu.

« Réinvention » et « numérique »

Depuis le début de la crise, du côté des arts vivants, l’usage de deux mots a été vertement critiqué : « réinvention » et « numérique ». Ils ont été nombreux à insister : le propre de l’artiste n’est-il pas de se réinventer sans cesse ? Celui des arts vivants n’est-il pas de, justement, exister de manière non numérique ?

Lors de la conférence, les deux mots honnis ont néanmoins été employés. Et le second se retrouve, sur le site du ministère, dans la section réservée aux appels de projets. Accompagné du mot-clic « #RelanceCultureQuébec », ledit appel, qui s’ouvrira le 8 juin, est divisé en deux sections. À savoir : rayonnement numérique et ambition numérique.

La première vise à « multiplier les initiatives de création, d’adaptation, de diffusion et de mise en valeur des manifestations et des contenus culturels en ligne ». La seconde est destinée à « augmenter la découvrabilité des contenus et des produits culturels québécois ainsi que leur consommation en ligne », tout comme à « accroître les revenus liés à leur exploitation ». Parmi les critères d’admissibilité, on trouve : « être ancré dans une approche numérique ».

Dans les deux cas, les termes qui ressortent sont : « en ligne ».

« Le contexte actuel exceptionnel remet à l’avant-plan le rôle d’Internet comme outil indispensable de communication », peut-on lire sur le site du ministère.

« Si les 250 millions [d’argent frais annoncés] doivent uniquement aller vers l’audiovisuel et le numérique, ce chiffre ne m’impressionne nullement. Il me fait même peur », réagit à ce sujet le dramaturge et directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous, Olivier Kemeid. Rappelons qu’il est l’instigateur de la lettre ouverte des arts vivants envoyée à la ministre Nathalie Roy mardi dernier. Ayant fait grand bruit, cette missive a été portée par quelque 30 000 signatures d’appui.

« Je vois avec satisfaction que la culture a enfin repris ses droits. Et qu’elle compose l’essentiel d’un point de presse en la présence du premier ministre. Il était temps », ajoute-t-il.

Reste que le metteur en scène déplore « une certaine confusion ». « Nous avons été bombardés de chiffres à la dernière minute. » Parmi ces derniers : 91,5 millions de dollars pour la production cinématographique et télévisuelle ; 50,9 millions pour les arts de la scène ; 6,5 millions pour les artistes et écrivains.

La question des billets vendus pour des œuvres qui n’ont jamais pu être présentées a également été évacuée. « Il manque encore d’énormes réponses. Des précisions quant aux contrats annulés, aux engagements suspendus. »

Tout comme ce qu’il adviendra une fois venue la fin de la Prestation canadienne d’urgence, le 4 juillet, pour ceux qui l’ont demandée dès le début du confinement, en mars.

Qu’en sera-t-il pour les techniciens de son en salle, éclairagistes et autres travailleurs du milieu culturel n’étant pas des « artistes-créateurs » au sens où l’entend la ministre ?

Réouverture des salles avant une seconde vague

Nathalie Roy a évoqué lundi une réouverture des lieux de diffusion culturelle avant la Fête nationale, le 24 juin prochain.

« Évidemment, cette réouverture se fera avec un nombre restreint de spectateurs, on le comprend bien, pour respecter la distanciation sociale », a averti l’élue caquiste. Le gouvernement prêtera main-forte aux maisons de théâtre, de danse, de musique qui présenteront des spectacles devant des salles dégarnies en raison des règles de la Santé publique, a-t-elle aussitôt ajouté. « Nous voulons aider parce que, dans la mesure où la Santé publique ne va rouvrir qu’à 50 ou à 60 % une salle, on le prive [le producteur] de 100 % de sa capacité [et de ses revenus de billetterie], il faut faire quelque chose. Alors, tout est sur la table, à l’étude, actuellement. »

Considréant que « l’art soigne l’âme », le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, s’est dit disposé à donner sa bénédiction à la réouverture des salles de spectacle d’ici la fin du mois. « Il ne faudrait pas non plus que nos artistes tombent malades […], mais oui, je pense qu’il faut rouvrir cet élément-là, qui va nous permettre de nous ressourcer pour affronter ce qui pourrait venir un peu plus tard », soit une deuxième vague de COVID-19.

De 35 à 40 musiciens pourraient ainsi se retrouver, à deux mètres les uns des autres, sur la scène de la Maison symphonique, plutôt que les 150 habituellement présents. « Il ne faut pas s’attendre à voir la Maison symphonique remplie à craquer avec la 9e Symphonie de Beethoven et les chœurs le 24 juin. On n’en est pas là », a dit M. Fortin après avoir pris connaissance de l’ébauche du « Guide COVID-19 » destiné au milieu du spectacle et élaboré par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

« Moi, j’ai envie de l’essayer », a dit le maestro Nézet-Séguin, qui mettra de côté ses partitions de Mahler au profit de celles de compositeurs plus classiques, comme Mozart, Haydn ou Beethoven. « Ça vaut le coup de s’écouter d’une autre façon. Ça fait partie de la créativité des artistes dont on parle tout le temps », a-t-il ajouté.

De son côté, Olivier Kemeid se désole que la question de la répétition, dans le sens de préparation, n’ait pas été considérée. « On a parlé du 24 juin pour une possible réouverture des salles de spectacle, mais on ne m’a même pas dit que je pouvais rouvrir ma salle de répétition. On va donc… accueillir le public avant les artistes ? »

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Les faits saillants du jour

  • 20 nouveaux décès, portant le total à 4661;
  • 265 nouveaux cas, portant le total à 51 364;
  • 1185 personnes hospitalisées.
  • François Legault annonce un «plan» de relance de la culture de 400 millions de dollars, dont 250 millions d'argent neuf.
  • Québec «espère» une réouverture des lieux de diffusion de l'industrie culturelle d'ici la Fête nationale.