Le parolier d’«On ira tous au paradis», Jean-Loup Dabadie, s’en est allé

Jean-Loup Dabadie a été élu en 2008 et reçu l’année suivante à l’Académie française.
Photo: Eric Feferberg Agence France-Presse Jean-Loup Dabadie a été élu en 2008 et reçu l’année suivante à l’Académie française.

Artiste populaire aux multiples talents, Jean-Loup Dabadie, décédé à l’âge de 81 ans, aura bâti en une trentaine de films et quelques centaines de chansons un univers tendre et nostalgique qui colle à la mémoire des Français : il fait figure de parolier national des années 1960 à 1980. César et Rosalie, Tous les bateaux, tous les oiseaux, Les choses de la vie, Ma préférence, On ira tous au paradis, sont autant de tubes dont il est l’auteur.

Cheveux blancs soigneusement ordonnés, sourire éclatant, Dabadie, parolier et scénariste, écrivain et journaliste, promenait depuis les années 1960 sa silhouette de dandy dans le paysage culturel français. « Auteur musicien » pour le chanteur Julien Clerc, « romancier du cinéma » pour le réalisateur François Truffaut, il pratiquait l’écriture et le rire sur commande sans céder sur la qualité.

Né en 1938 à Paris, Jean-Loup Dabadie, dont le père fut aussi parolier, a publié son premier roman, Les yeux secs, à 19 ans. Il débute alors dans le journalisme et aurait pu devenir un auteur « sérieux », s’il n’avait expédié ses premiers sketchs — Paulette, Le boxeur… — à l’humoriste Guy Bedos durant son service militaire. Le succès fut immédiat. Bientôt suivi par ses premiers tubes pour Serge Reggiani (Le petit garçon) ou Michel Polnareff (Ring à ding).

« Qualité française »

Depuis, ce fou de travail (et de tennis) aux allures de dilettante n’avait guère cessé d’écrire en plus de quarante ans : chansons, scénarios ou pièces de théâtre…

Au cinéma, son nom est associé aux films estampillés « qualité française » des années 1960 à 1980. Et c’est avec le réalisateur Claude Sautet qu’il connaît, au début des années 1970, sa période la plus faste pour un triplé magique :Les choses de la vie, César et Rosalie et Vincent, François, Paul… et les autres.

Il allait fournir alors en tubes plusieurs générations de chanteurs. Juliette Gréco, Yves Montand, Michel Sardou… Avec, là encore, deux rencontres majeures : les chanteurs Michel Polnareff, pour lequel il écrivit un hymne au bonheur partagé, On ira tous au paradis, et Julien Clerc, avec qui il travaillera sur une dizaine d’albums.

La France de Dabadie est celle des copains dans les films d’Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, qui triomphent dans les années 1970. Celle aussi de la tendresse bourrue et de la famille malmenée dans La gifle (1974), avec Isabelle Adjani et Lino Ventura.

Une France moyenne. Avec la crise économique, le chômage, les ruptures en toile de fond. Un monde de chefs d’entreprise à la dérive, de cadres licenciés, de jeunes qui débutent et de couples éclatés. Une France de l’amitié, essentiellement masculine. Un univers tendre et joyeux, semé de gags, dans la lignée des grands scénaristes du cinéma français.

Ses derniers succès au cinéma remontaient au début des années 1980. Jean-Loup Dabadie sembla ensuite moins en phase avec son époque. « Le métier de scénariste doit se faire dans une ombre infinie », aimait dire ce discret qui ciselait ses répliques loin du tapage du show-business.

Élu en 2008 et reçu l’année suivante à l’Académie française, Dabadie venait de terminer l’adaptation pour le cinéma d’un roman du Belge Georges Simenon, Les volets verts, dont le premier rôle devait être tenu par Gérard Depardieu.