Des artisans impayés réclament près d'un million au Cirque du Soleil

La compagnie traîne une dette d’au moins 900 millions de dollars américains.
Photo: Cirque du Soleil La compagnie traîne une dette d’au moins 900 millions de dollars américains.

Artistes, chorégraphes, techniciens ou encore metteurs en scène : une soixantaine de travailleurs contractuels du Cirque du Soleil unissent leurs voix pour réclamer près d’un million de dollars à leur ancien employeur pour des contrats ou des performances précédant la pandémie qui sont restés impayés.

« Plus de 50 % des artisans que nous représentons travaillent au Cirque du Soleil (CDS) depuis plus de 10 ans et, pour près de 75 % d’entre eux, celui-ci est leur principal client. La moyenne de leur créance individuelle se situe autour de 16 000 dollars », écrivent-ils dans une lettre envoyée au Devoir qu’ils signent sous le nom du Regroupement des Artisans des Arts du Cirque (RAAC) du CDS.

En plus d’avoir perdu leurs contrats en raison de la pandémie de coronavirus, ces artisans contractuels n’ont jamais vu la couleur de l’argent gagné entre janvier et mars. Ils demandent au Cirque de s’engager à honorer cette dette et de reconnaître leur caractère singulier. Sans eux, font-ils valoir, le CDS « n’aurait jamais atteint les sommets artistiques et la réputation internationale qu’on lui connaît aujourd’hui ».

« On sait que les paiements peuvent prendre jusqu’à 45 jours, parfois plus. On attendait cet argent qui devait nous aider au moins jusqu’à l’été, sans devenir une charge pour la société en demandant la Prestation canadienne d’urgence. Mais le paiement n’est jamais arrivé et on a vite compris qu’il n’arriverait pas de sitôt en découvrant la dette du Cirque », raconte au Devoir, Gabriel Dubé-Dupuis, directeur de création pour le CDS et porte-parole du RAAC.

La pandémie a forcé le Cirque à suspendre ses spectacles le 19 mars, entraînant la fin de nombreux contrats et la mise à pied temporaire de 95 % de ses employés permanents, soit près de 4700 personnes. Peu après, on apprenait que la compagnie traîne une dette d’au moins 900 millions de dollars américains. Une aide d’urgence de 50 millions lui a récemment été accordée par ses principaux actionnaires — TPG Capital (60 %), la firme chinoise Fosun (20 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (20 %) — mais ne permettra pas de payer les membres du RAAC.

« Nous n’avons malheureusement pas eu d’autres alternatives que de suspendre temporairement le paiement de nos obligations à nos fournisseurs externes et partenaires pendant que nous nous affairons à traverser cette crise », s’est justifiée par courriel Caroline Couillard, porte-parole du Cirque.

Tomber dans l’oubli

Alors que les discussions vont bon train entre Québec et de potentiels investisseurs pour financer ou acheter le Cirque du Soleil, les membres du RAAC craignent de ne jamais toucher l’argent qui leur est dû.

« Dans le cadre d’une restructuration, notre dette pourrait être renégociée ou repoussée par un nouvel investisseur. On ne veut surtout pas tomber dans l’oubli et être pris dans des disputes juridiques », fait valoir Gabriel Dubé-Dupuis.

Il insiste toutefois : les membres croient en la relance du Cirque et veulent y contribuer. « On veut juste clore ce dossier avant de s’investir de nouveau et aider la compagnie à se relever. Et pour ça, on est prêt à se battre jusqu’au bout », précise-t-il, déterminé.

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