À livres ouverts

Marie Fradette Collaboration spéciale
La page Facebook consacrée au manifeste «On a tous besoin d’histoires» regorge de ressources. Ici, Barbara, de l’équipe de la bibliothèque de Westmount, raconte «Un loup grand comme ça» de Natalie Louis-Lucas et Kristien Aertssen (Éditions Pastel).
Photo: Capture d’écran La page Facebook consacrée au manifeste «On a tous besoin d’histoires» regorge de ressources. Ici, Barbara, de l’équipe de la bibliothèque de Westmount, raconte «Un loup grand comme ça» de Natalie Louis-Lucas et Kristien Aertssen (Éditions Pastel).

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture dans votre salon

Malgré le confinement qui nous tient à l’écart du monde depuis plus de 60 jours, la littérature jeunesse continue de réunir, de décloisonner, d’éveiller et de voir plus loin. Ainsi, auteurs, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, organismes, festivals et autres fervents passeurs jouent d’inventivité et de générosité pour que la lecture se rende le plus facilement possible jusqu’aux oreilles des petits et des plus grands.

Le Festival de littérature jeunesse de Montréal compte parmi ces nombreux propagandistes. Sur le thème « Une quarantaine d’histoires » défilent ainsi quotidiennement plusieurs artistes sur la page Facebook de l’organisme. Louise Portal raconte, par exemple, avec douceur son Ulysse et Pénélope illustré par Philippe Béha (Hurtubise), Marie-Hélène Jarry introduit la lecture d’Où est passé le temps ?(Isatis) avec une devinette, André Marois offre un extrait de son roman pour adolescents Les voleurs d’espoir (La courte échelle).

Autre initiative, celle de l’Heureduconte.ca, un site Web créé pendant le confinement sur lequel on trouve des centaines d’histoires présentées sous trois rubriques, soit les « Contes enregistrés », les « Contes en direct » et les « Contes audio et balados ». La CLEF — Conter, lire, écrire en famille — a aussi sa page Facebook remplie d’activités, de réflexions, d’entrevues, notamment des lectures en direct. Et, il y a bien sûr BAnQ et le festival Metropolis Bleu qui participent aussi à la libération des livres.

Dans toute cette effervescence, Marie Barguirdjian, autrice qui lançait l’an dernier son manifeste On a tous besoin d’histoires participe activement à cette déferlante de lectures. Sur la page Facebook consacrée au manifeste, Marie Barguirdjian partage différentes ressources d’activités et d’animation afin de venir en aide aux familles en confinement. Théâtre, chant, danse et bien sûr lectures s’offrent comme autant de douceurs. La Compagnie de théâtre La marche du crabe fait ainsi chanter les tout-petits avec l’atelier Des lettres au son ; la plateforme Les albums plurilingues d’ÉLODIL ouvre les pages de quelques albums québécois ; The Canadian Children’s Book Centre lance Bibliovidéo une nouvelle chaîne YouTube consacrée aux livres jeunesse, et plus encore.

Et tout ça gratuitement

Mais bien sûr, tout cela ne serait pas possible sans la générosité des éditeurs, auteurs et illustrateurs. L’éditeur D’eux, par exemple, a offert quelques cadeaux de confinement aux internautes. Le monde secret d’Adélaïde, d’Élise Hurst, a atteint — au moment où ces lignes étaient écrites — les 9000 vues, alors que Mon frère et moi, d’Yves Nadon et Jean Claverie, en comptabilisait plus de 15 000. Une musique pour Madame Lune, magnifique album du couple Philip C. Stead et Erin E. Stead en comptait plus de 750 après quatre journées en ligne. Du jamais vu en librairie pour l’éditeur. L’initiative Pastille Antivirus créée par un collectif d’éditeurs, dont D’eux, s’inscrit d’ailleurs dans cette volonté de rendreaccessibles quelques titres de leur collection.

Plusieurs maisons alignent ainsi les initiatives. Les 400 coups — qui viennent de remporter le prestigieux prix Bop 2020 de la Foire du livre jeunesse de Bologne — participent tout autant à la diffusion des leurs albums sur leur page Facebook notamment par l’entremise de lectures (Valérie Boivin nous lit L’horoscope écrit par François Blais) et de coloriages. Comme des géants assure aussi de la gratuité pour les oreilles et les yeux en permettant la lecture de certains albums de la maison. En tête, Voilà la pluie, de Mathieu Pierloot et Maria Dek, par la ludique Didi Raconte. L’éditeur de livre-disque La montagne secrète renouvelle aussi continuellement ses idées. Après la trousse d’activités Pyjama party en famille, la collection « À l’école de la Montagne secrète » — guides d’enseignement — est disponible sur le site de l’éditeur. Ces guides sont toutefois payants, afin de maintenir un équilibre et de survivre. La courte échelle n’est pas en reste. En plus des nombreuses lectures présentées gratuitement sur leur page Facebook, 19 romans pour adolescents étaient vendus à très petit prix pendant un temps limité.

Enfin, et nécessairement, plusieurs auteurs et illustrateurs se sont donnés en prestation, notamment le tendre poète Jean-Christophe Réhel, qui a participé au projet Coronartistes en proposant un cours d’écriture de poésie aux jeunes. Quelques minutes, deux peut-être, pendant lesquelles écrire un poème n’aura jamais été aussi doux. Voilà autant d’initiatives généreuses, de bordées de mots pour assouvir les assoiffés, pour stimuler les ennuyés, pour éveiller à la beauté de la littérature jeunesse.