Le milieu culturel québécois réfléchit au-delà de sa survie

Le groupe de signataires souligne que le retour à la normale sera long, et qu’il faudra rétablir des ponts entre les artistes et le public, qui devra se sentir en sécurité.
Justin Tang La Presse canadienne Le groupe de signataires souligne que le retour à la normale sera long, et qu’il faudra rétablir des ponts entre les artistes et le public, qui devra se sentir en sécurité.

Dix artistes, directeurs artistiques et gestionnaires du monde de la culture lancent lundi une réflexion sur la suite de leur monde, qui ne peut se faire à leurs yeux qu’en agissant rapidement pour « sauver les meubles », mais aussi en repensant sérieusement les façons de faire et en reconstruisant les ponts entre le milieu et le public, qui sera certainement peu enclin à se replonger en rangs serrés dans des lieux artistiques.

« On a vu l’appui assez important des gouvernements fédéral et provincial pour aider les organismes culturels et les artistes à survivre pendant la période de la COVID-19, mais ce qu’on ne voyait pas, c’est un plan à long terme et c’est ce qu’on cherche à développer. Qu’est-ce qu’on fait après ? », explique au Devoir le signataire André Courchesne, professeur associé à la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC Montréal.

Dans une lettre ouverte intitulée « Relancer les arts et la culture au lendemain de la COVID-19 », le regroupement estime que « la culture doit tenir une place importante dans la relance économique », car la crise a montré « son importance comme bien commun ».

En entrevue, Xavier Roy, un étudiant au MBA à l’Université d’Oxford et gestionnaire culturel qui a joint sa voix à la missive, cite un autre des signataires, le directeur des activités artistiques de Terres en vues et Présence autochtone, André Dudemaine.

« Il dit avec brio que le rôle de laculture, ce n’est pas de sauver lesmeubles, mais de sauver le monde, raconte en souriant l’ancien directeur marketing de l’Opéra de Montréal. Ce qu’on voulait, c’était justement aller plus loin que l’idée de survivre. Onvoyait dans cette crise-là, dans les modèles d’affaires qui étaient en vigueur et qui sont en train de s’effriter, une occasion de relancer ce milieu-là et vraiment de lui donner les moyens de remplir sa mission et d’avoir un grand impact dans la société. »

Les autres membres de ce groupe des dix sont la présidente de la Société des arts technologiques, Monique Savoie, la p.-d.g. de Culture pour tous, Louise Sicuro, le directeur général des 7 doigts, Nassib El-Husseini, le président fondateur de la compagnie de production vidéo ABCDF, Olivier Fortier, la directrice générale de la Fondation Jean Paul Riopelle, Manon Gauthier, l’auteure-compositrice-interprète Laurence Lafond-Beaulne et la présidente Fondatrice d’ArtExpert, Louise Poulin.

Destinée tant aux gouvernements qu’aux associations d’artistes et aux créateurs eux-mêmes, la lettre veut surtout nourrir le débat, et les avis du milieu pourront être entendus sur le site Web de Culture pour tous et avec le mot-clic #imagineculture.

Le groupe souligne que le retour à la normale sera long pour le milieu culturel, et qu’il faudra rétablir des ponts entre les artistes et le public, qui devra se sentir en sécurité. Entre-temps, il est nécessaire, selon eux, de réfléchir à ce que sera l’entre-deux. Une des propositions serait de « profiter de tous les « bricolages » en cours pour créer un observatoire des nouvelles pratiques et un fonds spécial pour soutenir les pistes plus porteuses ».

« Ce qu’on propose, ce n’est pas de jeter tout le modèle d’affaires qu’on avait avant. C’est d’adapter, d’expérimenter, de créer un système hybride entre ce qu’on avait avant et ce qu’on voit possible maintenant » avec toutes les aventures numériques tentées par des dizaines de créateurs et qualifiées par le groupe de « radeau transitoire ».

La pandémie, note Alain Courchesne, a révélé les failles de notre filet social — comme les CHSLD. « C’est la même chose sur le plan culturel, par exemple avec tout ce qui concerne les droits d’auteur et le statut de l’artiste », dit-il en guise de chantier à scruter pour la suite.

Le ministère de la Culture et des Communications a confirmé au Devoir avoir reçu la lettre, et a dit qu’il « fera le suivi approprié ». En commission parlementaire jeudi, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, avait déclaré qu’il fallait « réinventer la culture dans une certaine façon ».