Redonner aux créateurs

Sara A. Tremblay, une artiste visuelle, technicienne et enseignante dans le milieu artistique universitaire, tente à sa manière de «faire un lien» entre des artistes visuels et le public grâce à son projet «Les encans de la quarantaine».
Photo: Sara A. Tremblay Sara A. Tremblay, une artiste visuelle, technicienne et enseignante dans le milieu artistique universitaire, tente à sa manière de «faire un lien» entre des artistes visuels et le public grâce à son projet «Les encans de la quarantaine».

Depuis que le tuyau culturel québécois est étranglé par les conséquences du coronavirus, beaucoup de créateurs ont décidé de continuer à offrir gratuitement du beau avec leur art sur les réseaux sociaux. Mais il existe aussi des initiatives où le public peut à son tour redonner aux différents maillons de cette industrie, directement ou indirectement, « parce que l’art, ça vaut quelque chose ».

Celui qui dit ces derniers mots, c’est Yannick Cimon-Mattar, le cofondateur de la billetterie Lepointdevente.com. Sa compagnie a évidemment été ébranlée par l’annulation de tous les spectacles, mais au lieu de rester les bras croisés, l’entreprise de Québec a développé un service de diffusion vidéo en ligne doublé d’un système de billets payants. En somme, quiconque veut tenir une performance sur le Web pourra être rémunéré en vendant des droits d’entrée virtuels.

« J’ai vu beaucoup de musiciens faire des live stream, mais c’est fait gratuitement — tant mieux s’ils le veulent, dit-il. Mais faire de l’art ou avoir une passion et vouloir la transmettre, c’est une forme de travail. […] On ne peut pas espérer que tout soit gratuit, il faut que les gens associent de la valeur à ce qu’on fait. » La plateforme de streaming, qui verra doucement le jour au début de la semaine prochaine, permettra donc au public de payer pour des concerts numériques en direct. « Et ça peut aussi être un cuisinier ou un prof de yoga qui offre des cours… »

On ne peut pas espérer que tout soit gratuit, il faut que les gens associent de la valeur à ce
qu’on fait

 

Lepointdevente.com applique des frais de billetterie, surtout pour compenser ses frais de serveurs, mais la vaste majorité des revenus ira dans la poche de ceux qui seront à l’écran. « Les artistes ont de l’aide à gauche et à droite, mais ils vont avoir besoin de cet argent-là si la crise perdure », croit Yannick Cimon-Mattar. Les billets virtuels ne seront probablement pas très chers, à son avis, « mais si tu as 60 fans qui payent 5 $, tu viens de générer presque 300 $, ce qui t’aide à payer ton loyer ou à rembourser ce que tu veux. Des petites actions comme ça, il n’y en a pas de trop ».

Adjugé !

Acheter les œuvres des créateurs d’ici est bien sûr une façon de leur venir en aide. Mais s’il est facile d’écouter un disque à partir de la maison et de se procurer la version numérique, il est plus difficile, par exemple, de tomber amoureux de toiles ou de photos d’art puisque les galeries et les centres d’artistes sont fermés.

Sara A. Tremblay, une artiste visuelle, technicienne et enseignante dans le milieu artistique universitaire, tente à sa manière de « faire un lien » entre des artistes visuels et le public grâce à son projet « Les encans de la quarantaine ». En résumé, la page Facebook de l’initiative présente des œuvres d’art, propose un prix de départ, puis les enchères montent au fil des propositions faites dans les commentaires par les potentiels acheteurs (vous !).

Sara A. Tremblay, qui ne prend pas de pourcentage des ventes dans cet exercice, veut donner une vitrine aux artistes tout en les aidant financièrement. « J’ai une amie qui a deux expositions annulées. Elle comptait sur un cachet de 3000 $ à 4000 $ dans les prochains mois, et là, elle se retrouve complètement perturbée dans ses projets. »

Les créations en tout genre, sélectionnées par un petit comité d’artistes mis sur pied par l’encanteuse, restent en ligne cinq jours. Les prix varient, « mais il n’y aura pas d’œuvres à 1000 $. Ça tournera plutôt autour de 50 $. Reste que le but ce n’est pas de vendre le moins cher possible. Je veux respecter la valeur des œuvres sur le marché, le temps et l’effort que les artistes ont mis dans leur travail aussi ».

Aider le « poumon du livre »

Le monde du livre vit aussi durement les effets de la pause culturelle forcée, comme le démontrait Le Devoir vendredi. Plusieurs lancements ont notamment été reportés, l’édition est au neutre et les distributeurs écopent durement. Mais ce sont les libraires indépendants qui sont au centre de la campagne de financement « Aide tes libraires », une initiative de Jean-Christophe Réhel, Michèle Nicole Provencher, Myriam Comtois, Hélène Bughin et Catherine Ocelot. « Il y a de gros impacts sur les petits joueurs, explique Michèle Nicole Provencher, autrice qui travaille aussi dans le monde de la publicité. Déjà que leur marge de profits est extrêmement basse. »

Encore une fois, le but de l’exercice est double : sensibiliser et aider financièrement. « Les librairies indépendantes, c’est le nerf de la guerre. L’idée c’est vraiment de redonner du souffle au poumon de l’industrie », dit Michèle Nicole Provencher. Au bout du compte, 132 librairies indépendantes se répartiront équitablement les sommes récoltées. « Et si les gens donnent plus de 50 $, ils peuvent recevoir une rétribution sous forme de poème vidéo personnalisé », livré par des auteurs comme Simon Boulerice, Anne-Marie Cadieux, Véronique Grenier, Érika Soucy et Elkhana Talbi.