Un été sans grands festivals

Les membres du groupe Salebarbes lors d’un spectacle en 2019 dans le cadre des Francos de Montréal
Photo: Victor Diaz Lamich Les membres du groupe Salebarbes lors d’un spectacle en 2019 dans le cadre des Francos de Montréal

Il y aura dans l’été montréalais 2020 un trou immense : celui creusé par l’annulation des Francos et du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), de même que par le report du Festival Juste pour rire. Des décisions qui affecteront autant le secteur culturel que les hôteliers et les restaurateurs.

C’est une partie de l’image de marque de Montréal qui a été indirectement touchée vendredi par la COVID-19. En annonçant l’annulation pure et simple de la 32e édition des Francos (qui devaient débuter le 12 juin) et du 41e FIJM (prévu à compter du 25 juin), l’équipe Spectra a confirmé ce que plusieurs voyaient se profiler : le cœur festivalier de Montréal ne battra pas cet été.

Cela veut dire des centaines d’artistes privés de scène, un Quartier des spectacles silencieux et près de 60 millions en retombées financières qui ne se matérialiseront pas.

Pour la ministre de la Culture, Nathalie Roy, « c’est une difficile, mais sage décision » qu’a prise l’équipe Spectra. « L’état d’urgence sanitaire est une situation exceptionnelle qui fait appel à des mesures exceptionnelles. » Or, il n’y avait pas d’autres options pour « protéger le public, les artistes et nos employés », estime le directeur général des deux festivals, Jacques Primeau.

Lui et Jacques Aubé, président de l’équipe Spectra, se disaient « sous le choc » vendredi, mais déterminés à « travailler sur des scénarios de rechange » pour présenter plus tard cet automne ou l’hiver prochain plusieurs des concerts prévus cet été. « On a des plans, mais on ne pouvait pas simplement reporter les festivals dans la forme qu’ils ont. »

Evenko, qui possède l’équipe Spectra (avec le géant américain Live Nation), gère plusieurs salles de spectacles à Montréal. Le FIJM a déjà une série Jazz à l’année, qui fait le pont entre les éditions du festival.

Report de Juste pour rire

Du côté du Groupe Juste pour rire, on a choisi vendredi d’annoncer le report des trois festivals qu’il présente en juillet. Ils se tiendront plutôt à compter du 29 septembre, mais ne compteront pas de volet extérieur.

« C’est un pari que nous faisons, reconnaît en entretien Charles Décarie, p.-d.g. du groupe. Un pari mesuré, mais qui demeure un risque d’affaires [parce qu’il n’est pas dit que les rassemblements seront alors autorisés]. Sauf qu’on avait le choix entre annuler un événement phare pour l’industrie de l’humour, ou prendre le risque de le sauver. »

Pour Martin Roy, directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), il était un peu inévitable que le couperet tombe sur les Francos et le jazz. « Je comprends très bien la décision », dit-il.

M. Roy signale que plusieurs autres festivals devront bientôt décider s’ils imitent l’équipe Spectra. « Il y a un point de non-retour à partir duquel trop de dépenses sont engagées et ça devient catastrophique » d’annuler, explique-t-il. Idéalement, il faut agir au moins huit semaines avant la tenue de l’événement (le Festival d’été de Québec, qui se tient début juillet, poursuit sa réflexion à cet égard).

Jacques Aubé indiquait vendredi qu’il est trop tôt pour chiffrer les pertes qui seront subies cette année. Il parle d’une « situation préoccupante pour l’ensemble de l’industrie des festivals », mais soutient que l’entreprise « voit l’avenir avec optimisme ». « Les prochains mois seront déterminants, et nous déploierons toute notre énergie et notre force créative à trouver des solutions. »