Montagnes russes, pulsions et symétrie chez Zen Bamboo

De gauche à droite: Léo Leblanc, Charles-Antoine Olivier, Simon Larose et Xavier Touika
Photo: Lian Benoit De gauche à droite: Léo Leblanc, Charles-Antoine Olivier, Simon Larose et Xavier Touika

Se plonger dans le premier disque complet du jeune groupe rock Zen Bamboo est une étrange partie de plaisir doublée de montagnes russes d’émotions, souvent opposées. Sur ce nouveau-né intitulé Glu, le groupe mené par le chanteur Simon Larose souffle avec prestance le chaud et le froid, le doux et le rugueux, l’optimisme et le pessimisme.

« Brise et répare / Viens et repars », lance Larose sur Xoxoxo. Ailleurs, il chante être « déchiré entre orgie et carême », ou être dans « un nouvel état / entre confort et coma / ni chaud ni froid ». Des montées et des descentes d’émotions, que Glu double des mêmes vagues musicales, entre le tout doux et le mur de son, souvent dans le même morceau.

De l’autre côté de l’écran de téléphone, Simon Larose note aussi ces variations de formes et de fond, d’une certaine façon la suite logique du parcours de Zen Bamboo, qui a à son actif quatre mini-albums. Le groupe est complété par Léo Leblanc, Xavier Touikan et Charles-Antoine Olivier, tous dans la jeune vingtaine.

Glu, « c’est très grunge comme album, et esthétiquement c’est un des motifs classiques d’une pièce de grunge ; l’écart vraiment très grand entre les moments doux et les moments heavy. Les Pixies, ce serait mon exemple, c’est mon band de grunge préféré, et chez eux c’est à chaque chanson, des moments chuchotés et d’autres forts. On appliquait ce processus de montagnes russes ».

Larose précise : c’est davantage une question d’instinct esthétique que de désir concret. « J’ai l’impression que c’est très émotif comme album, il y a un côté dramatique. Et puis je t’avoue que c’était pas nécessairement ce que je voulais faire au départ, mais c’est ce qui est arrivé. »

J’ai l’impression que c’est très émotif comme album, il y a un côté dramatique

Et d’où vient son instinct pour ces rencontres, dans ses mots, de réalités ou de sentiments opposés dans une même phrase ou un même couplet ? Simon Larose a son hypothèse… familiale. « Mes deux parents ont des doctorats en mathématique. Et quand j’étais petit, ils me faisaient faire des énigmes, ils parlaient souvent de ça. Au début du cégep, j’ai fait mes sciences pures. Pendant longtemps, j’ai pensé que je deviendrais un scientifique. Mais ça ne marchait pas. J’ai changé de branche, mais j’ai gardé un souci un peu géométrique. J’aime ça quand il y a des structures qui sont simples, et puis j’aime beaucoup la symétrie […] J’ai beaucoup de drames à extérioriser et ça prend cette forme-là à cause de mon enfance mathématique. »

Question de racines, quoi. Carrées ou pas. Et ce n’est pas terminé, parce qu’à ses yeux, le titre de ce disque, Glu, ramène à une autre dualité, physique celle-là plutôt que psychologique, à ce qu’il y a de chaque côté de la peau. « C’est encore un dialogue, une symétrie très mathématique entre un extérieur qui se doit d’être bienséant en société et un intérieur encore animal, pulsionnel, gluant, résume Larose. Glu, c’est un peu le cri de ralliement de ce processus, de se démasquer en tant qu’animaux sauvages un peu pognés pour vivre en société. »

Le labo de Julien Mineau

Ce premier disque complet a été réalisé par Julien Mineau, de Malajube, une référence musicale qui est revenue souvent pour décrire la musique de Zen Bamboo depuis ses débuts. Simon Larose voit en Mineau « une figure de génie ». « Quand on l’a rencontré, c’était notre idole à tous les gars du band. Léo, le guitariste, il a commencé la guitare à cause de Malajube et de Simple Plan. Mais là, Julien il m’intimide plus maintenant que quand on l’a rencontré. Travailler avec lui ça a été vraiment impressionnant. On était dans son laboratoire, t’sais. »

Musicalement, Glu est bercé de synthétiseurs aux sons très variés, un autre aspect assez instinctif de la création de Zen Bamboo. Reste qu’aux yeux de Simon Larose, c’est plus le long processus de composition des chansons qui est plus important que l’utilisation des claviers. Ces dix chansons ont été triturées, raboutées, renversées, remises à leur place, ou pas, avant d’aboutir sur ce disque. « Chaque toune est un peu un monstre de Frankenstein, si on peut reparler de sciences ! rigole le chanteur aux cheveux bleus. Ce qui distingue notre travail sur cet album-là, c’est que c’est la première fois qu’on prenait le temps et qu’on avait les moyens de vraiment se casser la tête trop longtemps. C’est vrai, chaque toune c’était une crise existentielle sur cet album-là. »

Glu

Zen Bamboo / Simone Records / Déjà disponible