Le prêt de livres numériques explose

En matière de prêt numérique, «c’est la romance qui constitue le genre le plus prisé», souligne Jean-François Cusson.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir En matière de prêt numérique, «c’est la romance qui constitue le genre le plus prisé», souligne Jean-François Cusson.

En ces temps de pandémie et de confinement forcé, les possibilités de divertissement se sont considérablement amenuisées. Il y a le cinéma à la maison et le jeu vidéo en ligne, déjà très populaires, et bien sûr, la lecture : celle que l’on pratique un livre à la main, mais aussi celle à laquelle on s’adonne par l’entremise d’une liseuse ou d’une tablette électronique. Offerte depuis plusieurs années, cette avenue connaît en ce moment un regain de popularité assez impressionnant, comme en témoignent les statistiques de la plateforme pretnumerique.ca partagées avec Le Devoir.

En fait, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ainsi, du 14 mars 2019 au 24 mars 2019, on a comptabilisé une moyenne de 5418 prêts par jour. Or, durant la même période cette année, soit du 14 au 24 mars 2020, la moyenne de prêts quotidiens est passée à 9956 : presque le double.

Il est aussi intéressant de comparer le nombre de prêts enregistrés à deux semaines d’écart, c’est-à-dire avant et après le confinement. Selon les données recueillies, le samedi 7 mars, 5803 prêts ont été effectués, tandis que le samedi 21 mars, la demande a bondi à 10 803 prêts : là encore, il s’agit quasiment du double. Le lien de causalité avec les mesures d’isolement social mises en place par le gouvernement ne saurait être plus évident.

Lancé au mois de décembre 2011, pretnumerique.ca a enregistré à ce jour quelque 9 968 992 prêts (en date du 25 mars 2020). La plateforme, qui est affiliée à plus de 1000 bibliothèques publiques et collégiales au Québec, compte 589 647 utilisateurs. C’est l’organisme à but non lucratif Bibliopresto, spécialisé dans les outils et les services numériques, qui gère le portail.

« Au départ, on avait six bibliothèques en projet-pilote et, rapidement, les autres bibliothèques ont rejoint le service, explique le directeur général de Bibliopresto, Jean-François Cusson. Ce qui fait qu’aujourd’hui, c’est une plateforme qui fait partie des services de base dans les bibliothèques. À peu près tout le monde l’offre à ses usagers. L’achalandage croît chaque année depuis qu’on a lancé le service : en 2019, on a dénombré 2 millions de prêts pour l’année complète. Avec ce qu’on voit ces derniers jours, ce chiffre-là va être éclipsé cette année, c’est clair. »

Le livre jeunesse cartonne

En l’occurrence, c’est en littérature jeunesse qu’on observe la hausse la plus spectaculaire. Sur la moyenne des douze derniers mois, on constate une augmentation de 176 % dans la catégorie « Jeunesse – bandes dessinées », de 125 % dans « Jeunesse – albums et romans » et enfin de pas moins de 185 % dans « Jeunesse – documentaires ».

« Il faut savoir que le [livre] jeunesse était quelque chose qui ne fonctionnait pas beaucoup en numérique, note Jean-François Cusson. Auparavant, cela représentait 5 ou 6 % des prêts. On sent qu’il y a sans doute beaucoup de parents à la maison qui veulent avoir accès à des livres pour leurs enfants. » À cet égard, le fait que la plus importante hausse se situe dans la catégorie « Jeunesse – documentaires » est révélateur. « Peut-être est-ce une façon pour les parents d’essayer de pallier l’absence de l’école. En mettant entre les mains de leurs enfants des documentaires sur l’histoire, sur les animaux… »

Outre le livre jeunesse qui, pour l’heure, a particulièrement la cote, il est des genres de prédilection, dont la popularité demeure constante. « La fiction adulte est ce qui fonctionne le mieux, et c’est la romance qui constitue le genre le plus prisé : on dit souvent en plaisantant que la romance fonctionne mieux en numérique qu’en papier, parce que les gens n’ont pas à se présenter en personne à un comptoir en se faisant juger par tout le monde à cause de leur pile de romans Harlequin. Mais blague à part, c’est un genre qui surclasse les autres. Sinon, les autres genres très, très aimés ici sont le roman historique, surtout les sagas historiques, les livres de Louise Tremblay d’Essiambre, qui est peut-être méconnue de la population en général, mais qui est extrêmement populaire, et bien sûr le roman policier. »

La science-fiction et le merveilleux (fantasy) sont aussi des genres très forts en numérique, ajoute Jean-François Cusson. Des dires confirmés par le palmarès compilé par la plateforme, et dont le « top 5 » 2020 se décline jusqu’ici comme suit : Du côté des Laurentides, tome 1, de Louise Tremblay d’Essiambre (Guy Saint-Jean Éditeur), Anna et l’enfant-vieillard, de Francine Ruel (Libre Expression), Histoires de femmes, tome 4, de Louise Tremblay d’Essiambre (Guy Saint-Jean Éditeur), avec La servante écarlate (Robert Laffont) et Les testaments (id.) de Margaret Atwood qui ferment la marche.

Pour l’anecdote, le palmarès de 2019 était de teneur comparable, les trois tomes précédents d’Histoires de femmes y trônant tous, avec La servante écarlate, roman adapté en série télévisée depuis 2017, également du lot des favoris.

Nouveaux venus

Lorsqu’on lui demande ce qu’il entrevoit pour la suite, et sans évidemment souhaiter que la crise perdure, Jean-François Cusson se montre optimiste. « Il y a beaucoup de nouveaux usagers qui essaient la plateforme à l’heure actuelle. Ces gens découvrent le système ; ils découvrent que ce service existe. Et on espère qu’ils auront envie d’y revenir, même lorsqu’ils pourront sortir de chez eux et se rendre physiquement dans une librairie ou une bibliothèque. »

La collection numérique proposée par les diverses bibliothèques québécoises compte 860 009 livres, dont 569 288 titres québécois. Enfin, on rappelle que les bibliothèques mettent à la disposition du public une kyrielle d’autres ressources numériques, comme le nouveau site heureduconte.ca disponible pour écoute en différé ou en direct, des balados et des livres audio pour enfants, des sites permettant d’accéder à des milliers de magazines, des plateformes de formation en ligne, des ressources éducatives pour les enfants, des jeux, entre autres avenues à explorer pour contrer l’isolement.