Les arts de la scène en suspens

La comédienne et présidente du Conseil québécois du théâtre, Anne Trudel, dans la pièce «ICI»<i> </i>présentée à l’Espace libre au printemps 2019.
Photo: Sylvie-Ann Paré La comédienne et présidente du Conseil québécois du théâtre, Anne Trudel, dans la pièce «ICI» présentée à l’Espace libre au printemps 2019.

Arrêté en plein vol au tout début de la pandémie de COVID-19, le milieu des arts de la scène québécois pourrait en subir des répercussions jusque dans la saison qui doit débuter l’automne prochain.

C’est que les productions, notamment théâtrales, s’inscrivent dans une chaîne, qui débute avec les répétitions et finit souvent en tournée. Or, un spectacle qui n’est pas prêt ne peut être présenté en salle comme prévu.

Dans ce contexte, un diffuseur comme la Maison Théâtre, qui s’adresse autant à la clientèle scolaire qu’au grand public, craint que des spectacles prévus à l’automne soient compromis.

En fait, c’est tout le milieu des arts de la scène qui attend impatiemment des nouvelles du ministère de la Culture et du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), qui avaient pourtant promis de se manifester « dans les prochains jours », lors d’une réunion d’urgence tenue le 13 mars dernier.

Lors de cette réunion, le CALQ a dit à toutes les associations culturelles rassemblées d’attendre avant de donner des directives aux diffuseurs, aux compagnies ou aux artistes, explique Sylvie Meste, directrice générale du Conseil québécois du théâtre (CQT), qui regroupe à peu près 250 compagnies de théâtre, 10 associations professionnelles et de services aux arts, 10 écoles professionnelles, plusieurs festivals et environ 4000 artistes et travailleurs de la culture. Depuis, alors que le gouvernement fédéral a annoncé des mesures d’aide d’urgence aux travailleurs qui ont perdu leur emploi, les associations culturelles vivent dans un silence radio complet du côté de Québec.

«Rupture de dialogue»

« On est très conscients que c’est d’une complexité sans nom, dit Anne Trudel, comédienne et présidente du CQT. Ce qu’on souhaite surtout en ce moment, c’est que la communication reste présente. » Si les artistes des arts de la scène peuvent tenter de s’inscrire à partir du 6 avril dans le nouveau programme fédéral qui propose des versements de 2000 $ par mois aux personnes ayant perdu leur travail, ils sont tout de même sans revenus depuis le 12 mars.

« Il y a une rupture de dialogue qui génère de l’anxiété dans le secteur culturel. Il faudrait qu’ils communiquent avec nous, même si c’est pour nous dire qu’ils ne sont pas prêts », constate Fabienne Cabado, directrice du Regroupement québécois de la danse, qui était également présente à la première réunion d’urgence. « On veut croire que les conseils des arts et le ministère tentent de s’arrimer entre eux, mais on a hâte d’avoir des nouvelles. »

Le CALQ avait notamment demandé aux acteurs du monde culturel d’attendre pour décider qui, des compagnies, des diffuseurs ou des artistes, devait faire des demandes de remboursement.

« On a été les premiers arrêtés et on sera probablement les derniers à reprendre le travail », ajoutait Anne Trudel.

Or, la fermeture de toutes les salles de spectacle du Québec fait en sorte que les répétitions, donc la préparation des tournées de l’été, sont impossibles. « Pour l’été, les diffuseurs pensent à différents scénarios, dont l‘annulation », dit-elle.

« Et pour plusieurs diffuseurs spécialisés, on commence à craindre pour la saison de l’automne prochain », ajoute-t-elle. Dans certains cas, les compagnies se sont mises à jongler avec des dates butoir. « Jusqu’à quelle date on procède à la construction d’un décor ? » demande Anne Trudel.

Autre spectre qui se profile à l’horizon, la saison des événements-bénéfice, qui se tiennent traditionnellement au printemps et qui font partie des montages financiers. « On serait malvenus de solliciter des entreprises qui mettent à pied du personnel », dit Isabelle Boisclair, directrice générale de la Maison Théâtre et trésorière du CQT.

À ce jour, le CALQ a mis en ligne deux mesures, qui s’adressaient, selon le CQT, principalement à des artistes ou à des compagnies en tournée à l’étranger.

Aussi, le CALQ avait laissé entendre au CQT qu’il entendait procéder à l’élaboration d’un questionnaire pour quantifier et qualifier les pertes de l’industrie. « Mais depuis : rien. On est un peu désarmés et inquiets », dit Sylvie Meste.