Henry N. Cobb, l’homme des hauteurs, s'est éteint

Henry N. Cobb, se spécialisait dans les gratte-ciel de verre et d’acier. Cette photo le montre en 1977 devant la John Hancock Tower de Boston, sa ville natale.
Photo: Chet Magnuson Archives Associated Press Henry N. Cobb, se spécialisait dans les gratte-ciel de verre et d’acier. Cette photo le montre en 1977 devant la John Hancock Tower de Boston, sa ville natale.

C’est lui, avec son collègue Ieoh Ming Pei, qui a conçu la Place Ville-Marie en 1962. Depuis, cet édifice cruciforme, qui était alors le plus haut de Montréal, balaie toutes les sept secondes la ville du gyrophare qui rayonne à son sommet. L’architecte Henry N. Cobb est décédé le 2 mars dernier à Manhattan à l’âge de 93 ans.

La forme cruciforme de la Place Ville-Marie, proposée par Henry Cobb, avait l’avantage de laisser entrer davantage de lumière et de permettre la disposition de bureaux en coin. La tour, érigée au-dessus des rails du CN, qui creusaient à l’époque un immense trou dans le tissu urbain, devait également être construite sans que le trafic ferroviaire ne soit interrompu. Mais c’était en fait tout un plan de redéploiement de l’espace montréalais que la firme de l’architecte proposait. La tour a d’ailleurs attiré par son prestige les sièges sociaux des plus grandes entreprises canadiennes et internationales. Elle compte 43 étages qui se déploient sur 188 mètres de hauteur.

« Quand nous regardons la Place Ville-Marie comme un espace vacant, dénudé de ses édifices, il y a un fait qui frappe notre attention. C’est la polarité remarquable qui existe entre la fosse du boulevard Dorchester [rebaptisé depuis René-Lévesque], et le profil imposant du mont Royal. Le profil dramatique et la force émotionnelle de cette relation sont troublants. […] Il est impossible de surestimer la signification pour la Place Ville-Marie de l’attribut de son site, son opposition et sa relation avec le principal trait topographique de Montréal », disait Cobb lors d’une conférence donnée au Centre d’architecture canadien, à Montréal en 1963.

Photo: Josie Desmarais Getty Images La Place Ville-Marie

« Je résous les problèmes »

Toute élégante qu’elle soit, la Place Ville-Marie est loin d’être la seule réalisation du duo Pei et Cobb, ou de l’agence Pei, Cobb, Freed and Partners, qui les réunissait. On dit de Cobb qu’il était des deux celui qui ne se mettait jamais en avant, sinon pour endosser des problèmes techniques. « Moi, je résous les problèmes », disait-il. Ieoh Ming Pei est mort quant à lui l’an dernier, à pareille date, à l’âge de 102 ans.

Henry N. Cobb disait que, du duo, c’était Pei qui devait garder le crédit pour les édifices culturels. On doit notamment à l’architecte d’origine chinoise la pyramide du Louvre.

Cobb se spécialisait de son côté dans les gratte-ciel de verre et d’acier. À Boston, sa ville natale, il est à l’origine de la John Hancock Tower, érigée en 1976. C’était alors le plus haut édifice de la ville. Cet édifice a cependant essuyé son lot de critiques. On a d’abord contesté sa construction tout à côté d’un square prisé par les locaux. Puis, des panneaux de verre extrêmement lourds se sont mis à tomber de sa façade.

À Montréal comme à Boston, on dit que les tours conçues par Henry N. Cobb proposaient « un dialogue » entre la ville et l’histoire, dialogue qui s’est poursuivi dans différents centres urbains du monde.

C’est aussi Cobb qui a dessiné l’édifice du siège social de Johnson & Johnson à New Brunswick, au New Jersey, ainsi que le campus du collège Fredona de New York. À Los Angeles, c’est Cobb qui est derrière la U.S. Bank Tower, autrement baptisée The Library Tower, érigée en 1989. Du haut de ses 73 étages, c’était alors, encore une fois, l’édifice le plus élevé à l’ouest du Mississippi.

Né en 1926 à Boston, Henry N. Cobb est cofondateur de la firme d’architectes Pei, Cobb, Freed and Partners. Il a fait des études à la Philips Exeter Academy et à l’Harvard Graduate School of Design.