Les flâneurs

Odile Tremblay

Opéra féministe

Il est rare qu’un opéra s’offre un regard aussi féministe. Rare aussi qu’il soit dirigé par une femme, en l’occurrence la tonique Nicole Paiement. C’est le cas du remarquable Written on Skin, de George Benjamin, sur un livret de Martin Crimp, présenté en première canadienne à l’Opéra de Montréal, après son lancement européen en 2012. Cette histoire médiévale d’une modernité éclatante sur une femme manipulée, libérée et condamnée constitue un spectacle éblouissant. La voix exceptionnelle de Magali Simard-Galdès, les décors superbes, les costumes intemporels, la mise en scène puissante font de cet opéra phare du XXIe siècle un brillant accomplissement de l’institution montréalaise.


Caroline Montpetit

Fin d’éclipse

La majorité des poèmes de l’auteure américaine Elise Cowen ont été détruits par ses parents après son suicide en 1962. Grâce à un ami qui en a sauvé 83, Marie Brassard a pu intégrer ses textes dans son spectacle Éclipse, qui met en scène des écrivaines de la Beat Generation. Victimes de leur époque, ces femmes ont été éclipsées par l’histoire et par leurs collègues masculins. Grâce au jeu splendide des quatre comédiennes, on découvre donc les mots, féroces et libérateurs, de Diane di Prima, de Janine Pommy Vega, de Lenore Kandel, de Joyce Johnson et de nombreuses autres.


Manon Dumais

Un cheval et ses péchés

Vendredi, Netflix a enfin mis en ligne la très attendue seconde partie de la sixième et dernière saison de l’irrévérencieuse série animée Bojack Horseman. Au menu : ruptures, remords, réconciliations… et finale porteuse d’espoir sur fond de douce mélancolie et d’humour noir. Critique grinçante du show-business et du culte de la célébrité, cette création de Raphael Bob-Waksberg mettant en scène un cheval anthropomorphique macho, alcoolique et drogué (voix du formidable Will Arnett) restera gravée dans les mémoires comme l’une des séries ayant traité avec le plus d’audace de la dépression.


Ralph Elawani

Oubliez Egyptian Reggae

Pour une fois que le mot « Libye » est publié dans un média occidental sans qu’on y accole une référence catastrophique, on ne se gênera pas. L’étiquette berlinoise Habibi Funk, spécialisée dans la réédition et la diffusion de merveilles des planchers de danse arabes, vient de graver sur vinyle l’album du reggaeman benghaziote Ahmed Ben Ali, Subhana, lequel n’avait connu jusque-là qu’une sortie numérique (plus d’un million d’écoutes). Découverte complémentaire : Ahmed Fakroun, roi de la new wave libyenne, réédité chez PMG Audio et Groovin’ Records.