Festival Lux Magna: et la lumière fut

Elle Barbara, musicienne, performeuse et militante, met en scène la soirée festive «Ayibobo™ QT Dollhouse Factory II: Retour en quatre actes».
Photo: Laurence Philomène Elle Barbara, musicienne, performeuse et militante, met en scène la soirée festive «Ayibobo™ QT Dollhouse Factory II: Retour en quatre actes».

Nous y voilà. Ce damné lundi, troisième de janvier, qualifié de jour le plus déprimant de l’année. Pile au moment où l’hiver montre ses dents, un moment soigneusement choisi par les organisateurs de Lux Magna pour tenir leur jeune festival multidisciplinaire, admet sa coordonnatrice, Mars Zaslavsky : « Pendant l’hiver, c’est facile de se sentir seul, isolé ; on a mis sur pied un événement pour nous réchauffer et nous rassembler », dès mercredi grâce aux performances d’une quarantaine d’artistes de la scène ayant tous en commun un talent indéniable et une pratique marginale.

« On programme ces artistes parce que leur travail nous excite, d’abord et avant tout », insiste Zaslavsky. Les rappeuses Sarahmée et Sydanie et le format de poche de Nomadic Massive (Mini Massive), qui ouvriront le bal demain soir à la Sala Rossa, ou encore l’orchestre post-rock Big Brave et l’affiche punk au féminin (avec Dogma et Blemish, entre autres) de vendredi, à la Casa del Popolo.

Une affiche hors de l’ordinaire, produit d’une expérience artistique à l’origine de ce festival organisé par « un groupe de curateurs et d’artistes rassemblant des femmes et des personnes non binaires, avec une expérience multidisciplinaire à la pointe des scènes artistiques de Montréal », indique Lux Magna dans sa documentation. L’expérience, dans les mots de Mars Zaslavsky : « Rassembler une équipe fluide […] d’artistes et de travailleurs culturels actifs sur différentes scènes pour démontrer qu’en remettant en question qui est responsable de la programmation et de la production d’un événement, en permettant à différentes personnes de pouvoir explorer leurs intérêts, une programmation complexe et passionnante » prend vie. Et ça, tous les festivals en sont capables, ajoute-t-elle.

« Aussi, on cherche à tisser des liens entre ces différentes communautés d’artistes qui fréquentent nos salles », la Casa, la Sala Rossa, El Centro et La Sotterenea. « Ça fait plaisir à voir lorsque ces communautés viennent à nos salles et que des liens se forment entre ces créateurs issus de disciplines différentes — c’est pour ça qu’on est fiers de présenter un spectacle comme Eat, Pray, motherland Love », ce jeudi à la Sala Rossa. Une proposition singulière où la gastronomie rencontre la danse expérimentale, détaille Mars Zaslavsky : « Chaque danseuse aura avec elle les ingrédients nécessaires pour cuisiner un mets typique de sa culture, de sa famille ; elles explorent ainsi les rapports qu’on a avec la gastronomie. »

Maman Barbara

Autre production qui sort de l’ordinaire : Ayibobo™ QT Dollhouse Factory II : Retour en quatre actes, une production présentée une première fois l’an dernier qui allie musique, théâtre et performances. Une soirée festive mise en scène par la musicienne, performeuse et militante Elle Barbara, « une proposition d’art performance réunissant les “enfants” de ma Maison », l’artiste queer noir Jupiter Brown, la DJ et danseuse Puremulato, l’auteur-compositeur-interprète R&B expérimental Chivengi et l’artiste queer Christopher Marlot, qui, comme Elle Barbara, a des racines haïtiennes.

Les « enfants » et la Maison Barbara font ici référence à la culture « ball », émergente dans le milieu LGBTQ à Montréal, mais bien ancrée dans son lieu d’origine, New York. Le « voguing », que s’était approprié Madonna dans les années 1990 ? Inventé dans les drag-balls de Harlem durant trois décennies plus tôt. Phénomène rassemblant les membres de la communauté LGBTQ aux origines afro-américaine et latino-américaine, il se structure en « maisons », comme celle fondée par Elle Barbara. Ces « maisons » abritent des artistes (performeurs drag, danseurs, mannequins, etc.) qui compétitionnent, dans des disciplines définies, lors de soirées de bal.

On programme ces artistes parce que leur travail nous excite, d’abord et avant tout

Une manière de valoriser l’expression de ces artistes existant autant en marge des pratiques artistiques populaires qu’en marge de la société tout court. L’événement Ayibobo — le terme a un lien avec le vaudou haïtien, Barbara le traduirait par « amen ! » — ne sera pas une compétition, plutôt une vitrine pour ces artistes. « Un portrait des conditions socioculturelles queer et afro », tente de résumer Elle Barbara. « Un spectacle expérimental mettant en valeur les identités afro, queer et trans — et ce, à travers le vaudou, puisqu’il faut savoir que dans le vaudou, on explique l’existence des personnes d’identité trans et queer de façon très naturelle. »

Une autre manière de présenter la soirée Ayibobo serait plus simplement de souligner qu’il y aura des costumes, de la musique, de la poésie, de la danse, tout ça sous la direction artistique de Barbara, qui, lorsqu’elle n’est pas sur scène, travaille en tant qu’intervenante de proximité au sein de l’organisme Action Santé Travesti(e)s et Transsexuel(le)s du Québec. Un défilé rara, musique carnavalesque créole par excellence, suivra en fin de soirée, gracieuseté de l’orchestre Rara Jazz de Montréal.

Ayibobo™ QT Dollhouse Factory II : Retour en quatre actes aura lieu le vendredi 24 janvier, dès 20 h, à la Sala Rossa. Le festival Lux Magna se déroule du 22 au 26 janvier. Luxmagna.ca