Une première semaine de procès ardue pour Harvey Weinstein

De nouvelles accusations criminelles ont été déposées contre Harvey Weinstein à Los Angeles le jour même où s'ouvrait son procès à New York.
Photo: Stephanie Keith / Getty Images / Agence France-Presse De nouvelles accusations criminelles ont été déposées contre Harvey Weinstein à Los Angeles le jour même où s'ouvrait son procès à New York.

En rejetant jeudi une motion de la défense pour qu’il se récuse du procès Weinstein, le juge James Burke a enfoncé le clou d’une semaine difficile pour le producteur déchu. Un constat qui vaut pour ce qui s’est passé devant la New York County Criminal Court, mais aussi autour.

« Un juge qui réprimande un accusé pour avoir à plusieurs reprises refusé de suivre les ordres de la Cour ne montre pas de biais : c’est simplement un juge qui maintient l’ordre et le décorum dans sa salle », a rappelé le juge Burke dans l’exposé de sa décision.

La veille, les avocats de Harvey Weinstein avaient demandé à ce que Burke se retire du dossier, au prétexte d’une intervention qualifiée de « préjudiciable et incendiaire » faite mardi contre leur client. Le juge Burke avait sermonné Harvey Weinstein pour usage de son téléphone cellulaire dans la salle d’audience, ce qui est formellement interdit.

Au décompte de la semaine qui s’achève, les avocats de Harvey Weinstein enregistraient ainsi un nouveau revers dans ce qui s’annonce un procès tendu. Résumé en cinq points des premiers constats :

- Un train peut en cacher un autre.

« Il n’y a pas de coïncidence [si de nouvelles accusations criminelles ont été déposées contre Weinstein à Los Angeles] le jour même où s’ouvrait son procès à New York, estiment les avocats de Harvey Weinstein. C’était un effort concerté contre notre client. »

Chose certaine, le dépôt de nouvelles accusations de viol et d’agressions sexuelles — pour deux crimes qui auraient été commis en 2013 — a eu un fort effet à travers le pays. Les accusatrices de Weinstein se sont réjouies de ce dénouement, qui atténue pour elles la déception d’avoir vu la justice new-yorkaise se saisir de seulement 2 des quelque 80 allégations contre le producteur.

- Qui est impartial ici ?

Les avocats Weinstein auront passé une partie de la semaine à douter de la possibilité que leur client obtienne un procès « juste et équitable » — ou du moins, à semer le doute à cet égard.

Avant de remettre en question l’impartialité du juge Burke, ils avaient mardi tenté d’obtenir un report du début du processus de sélection des jurés. Les avocats ont plaidé le fait que les accusations déposées à Los Angeles avaient engendré une nouvelle salve de publicité négative contre Weinstein, ce qui aurait rendu impossible de trouver 12 personnes neutres et objectives.

Le juge Burke a refusé la requête. Pour déceler au mieux tout biais potentiel, chaque juré pressenti doit répondre à un questionnaire de plus de 70 questions.

- Préjuger Weinstein.

Parmi les 240 premiers candidats jurés qui ont défilé devant le juge Burke, seul le quart d’entre eux ont reçu le formulaire nécessaire pour passer à la deuxième étape de sélection.

Les autres ont immédiatement été renvoyés chez eux : certains pour des raisons d’horaire, mais la plupart parce qu’ils ont spontanément signalé qu’ils ne sauraient juger Harvey Weinstein avec objectivité.

Parmi les raisons évoquées, on retient des femmes qui ont signalé avoir elles-mêmes été victimes d’agressions sexuelles dans leur vie. D’autres personnes ont indiqué qu’elles venaient de terminer la lecture d’un livre relatant les enquêtes journalistiques ayant conduit Weinstein dans le box des accusés.

- Un cirque médiatique calme.

Le juge Burke l’a noté jeudi : le cirque médiatique qui était craint autour du procès ne s’est pas produit. Dans la motion demandant la récusation du juge, la défense avait décrit mercredi la difficulté de son client à se « frayer un chemin à travers » des hordes de curieux et de journalistes, qui feraient « la file dans les rues et les couloirs » pour apercevoir l’accusé.

Dans les faits, une fois passé le brouhaha de l’ouverture du procès, l’ambiance au palais de justice fut loin d’être « carnavalesque », a noté le juge Burke. « La salle d’audience est à moitié vide ce matin », a-t-il dit jeudi, avant de féliciter les médias « pour la manière dont ils se conduisent ».

- Se faire entendre.

« On ne s’en va nulle part », a dit l’actrice Rosanna Arquette lundi matin devant le palais de justice : façon de dire qu’elles seront là, tout au long du procès, ces Silence Breakers qui ont dénoncé les agissements de Harvey Weinstein mais dont les dossiers sont exclus du procès criminel.

En plus de ces voix extérieures, Weinstein pourrait en entendre d’autres de l’intérieur : les actrices Salma Hayek, Charlize Theron et Rosie Perez font notamment partie des témoins potentiels dans l’affaire, selon une liste inédite dévoilée mardi.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.