Gabriel Matzneff cité à comparaître en justice

L'association L'Ange bleu attaque en justice Gabriel Matzneff pour «apologie de crime» et pour «provocation à commettre des délits et des crimes».
Photo: Jacques Demarthon Archives Agence France-Presse L'association L'Ange bleu attaque en justice Gabriel Matzneff pour «apologie de crime» et pour «provocation à commettre des délits et des crimes».

L’association de prévention de la pédophilie L’Ange bleu a délivré mercredi à Gabriel Matzneff une citation à comparaître devant le Tribunal correctionnel de Paris. Elle attaque ainsi en justice l’écrivain français de 83 ans pour « apologie de crime » et pour « provocation à commettre des délits et des crimes ». 20 Minutes rapporte que la date de la première audience de procédures aurait été prévue pour le 12 février, à 13 h 30.

Rappelons qu’une citation directe permet à la victime d’une infraction ou au procureur de la République de convoquer eux-mêmes l’auteur présumé devant le tribunal.

Selon l’AFP, qui a pu consulter ledit document, L’Ange bleu avance que « Gabriel Matzneff a toujours cherché à normaliser la pédophilie, racontant ses aventures avec des mineurs dans ses ouvrages et autres publications ».

C’est l’avocat de l’organisme, Me Méhana Mouhou, qui aurait conseillé à la présidente, Latifa Bennari, de trouver « les bons motifs permettant de convoquer l’écrivain ». Cela ferait longtemps, en effet, que cette dernière tenterait de prévenir du danger de ses livres, qui comportent des titres tels Les moins de seize ans et Mes amours décomposés.

Précisons que L’Ange bleu organise notamment des groupes de discussions avec des pédophiles, afin de les empêcher de passer à l’acte. En entrevue au Parisien, Latifa Bennari confie que « certains d’entre eux [lui] ont raconté avoir beaucoup été influencés par les écrits de Gabriel Matzneff ».

Madame Bennari estime d’ailleurs que ces récits sous forme de journaux intimes « sont des modes d’emploi pour pédophiles ». Avant la déflagration provoquée par l’annonce de la sortie du Consentement de Vanessa Springora, déplore-t-elle, son point de vue n’a toutefois jamais été entendu. « Je ne pouvais rien faire, car cet écrivain bénéficiait de tribunes médiatiques. »

Changement de donne

Depuis le début de « l’affaire Matzneff », la question de la prescription des faits a maintes fois été soulevée. En effet, avant l’adoption par le Parlement français le 1er août 2018 du projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, ce délai était de 20 ans seulement.

Les événements décrits par Vanessa Springora dans son livre témoignage paru en France le 2 janvier, se seraient, quant à eux, déroulés dans les années 1980.

L’avocat de L’Ange bleu croit que la donne change toutefois avec la lettre ouverte signée par Matzneff, et publiée par L’Express le 2 janvier. Intitulée « Elle tente de faire de moi un pervers, un monstre », cette missive montre que l’écrivain nie toujours toute responsabilité.

Il y qualifie même sa « relation » avec Vanessa Springora, alors âgée de 14 ans, d’« exceptionnel amour ». Sans admettre ses torts, il y souligne également qu’il refuse de lire le récit de l’éditrice et autrice. « Je préfère me contenter des dizaines de lettres d’amour fou que Vanessa m’a écrites, de ses photos, de mes adorables souvenirs. »

Dans ce même texte dénué de regret, Matzneff insère du reste l’une de ces lettres. Celle, « d’adieu » reçue de Mme Springora le 6 janvier 1988. Un stratagème qu’il aura maintes fois utilisé dans ses livres. À savoir : publier mot pour mot, et sans leur consentement, les messages personnels des adolescentes qu’il avait « séduites » afin de prouver qu’il avait « été aimé ».

Notons par ailleurs que le 3 janvier, soit au lendemain de la parution du livre de Vanessa Springora, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a annoncé qu’une enquête visant Gabriel Matzneff pour viols sur mineurs avait été ouverte.