Les changements climatiques s’enracinent dans l’art canadien

Installation «An Unkindness» de l'artiste Mia Feuer
Photo: La Presse canadienne Installation «An Unkindness» de l'artiste Mia Feuer

Les changements climatiques préoccupent grandement les artistes canadiens, qu’ils soient chanteurs, écrivains, sculpteurs, cinéastes, etc.

Par exemple, ils sont au coeur d’un film de Brett Story, même si la réalisatrice n’utilise pas une seule fois cette expression.

Dans son documentaire The Hottest August (Le mois d’août le plus chaud), elle demande à des piétons ce qu’ils pensent de l’avenir.

« Je réfléchissais à mon propre désintérêt à regarder des films sur les changements climatiques, même si c’est un sujet dans lequel je m’investis beaucoup et même si je suis consciente de l’importance de cet enjeu, dit la cinéaste torontoise qui a obtenu plusieurs prix dans le monde entier. L’une de mes principales frustrations au sujet de ces films, c’est qu’ils tiennent pour acquis que je ne connais rien au problème. Moi, je veux des réponses à d’autres questions. »

Les changements climatiques imprègnent grandement l’art et la littérature canadiens. L’écrivaine Margaret Atwood en faisait déjà état dans sa trilogie MaddAddam, dont le premier volet a été publié en 2003. L’auteure-compositrice-interprète Grimes en parlera dans son prochain album.

« Le climat est un sujet extrêmement important, mais il ne l’est que depuis peu de temps, fait valoir Julian Carrington, qui s’occupe de la programmation des festivals de documentaires Hot Docs et Planet In Focus de Toronto. Ce n’est plus une niche. »

Enseignante au California College of the Arts, Mia Feuer, une sculpteuse née à Winnipeg, partage ce point de vue. « Je ne me souviens pas, lorsque j’ai obtenu mon diplôme, que les problèmes climatiques aient été un sujet très abordé. Aujourd’hui, c’est absolument partout. »

Le défi consiste maintenant à créer une oeuvre fondée sur un fait incontournable de la vie moderne sans nécessairement tomber dans la propagande militante.

« On ne se réunit pas pour lancer des appels à manifester », lance Mme Feuer.

Pour certains artistes, les changements climatiques permettent d’aborder des thèmes plus anciens à l’aide d’un nouveau prisme.

« Où nous situons-nous en tant qu’individus dans la société ? Comment la société s’intègre-t-elle dans la nature ? demande Alice Major, une poétesse d’Edmonton. Ce genre de chose a grandi constamment en moi et c’est de cela que parle le poème Où en sommes-nous ?. »

Marcus Youssef, un dramaturge de Vancouver, dont la pièce Dust a été jouée partout en Amérique du Nord, refuse d’assimiler l’art à une simple conférence.

« En tant qu’humains, nous avons une résistance naturelle à être harcelés, souligne-t-il. L’art n’a pas la vocation d’être didactique. Il reflète une sorte de réponse humaine à la question qui a le potentiel d’affecter les gens plus profondément ou de manière surprenante. »

Ces artistes ne sont pas opposés à l’idée de changer le comportement des gens. Ils pensent simplement qu’il existe un meilleur moyen d’y parvenir que de les haranguer.

« J’aime faire des films qui respectent le public et donnent aux gens l’espace pour réfléchir et ressentir selon leurs propres conditions, dit Mme Story. C’est ce que l’art peut faire — nous faire sentir à la fois vivants et capables de voir les choses différemment. Je pense que c’est une condition préalable pour être des acteurs politiques dans le monde. »

Mme Major partage cette opinion.

« La poésie n’est pas un tournevis. Ce n’est pas quelque chose dont on peut clairement définir le résultat. Elle vient de quelque chose qui se passe dans nos coeurs. Nous n’avons aucune idée de ce qui sort de cette connexion, mais cela pourrait nous motiver à faire attention. »

Le public est très réceptif à cette façon de faire. Une oeuvre artistique, lorsqu’elle est réussie, rassemble les gens, soutient M. Youssef.

« Il est facile de désigner un méchant. C’est l’une des faiblesses de l’art politique. Il n’y a pas de méchants. On doit essayer de trouver l’humanité en chacun de nous, reconnaître que nous sommes complices à un certain degré. »