Un théâtre d’émotions sur la scène culturelle en 2019

Alexandra Stréliski, sacrée révélation de l’année au gala de l’ADISQ.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Alexandra Stréliski, sacrée révélation de l’année au gala de l’ADISQ.

Quelle artiste a dit : « Il ne faut pas sous-estimer la force de la douceur » ? Quel autre a lancé : « On se fait voler depuis beaucoup trop d’années par des multinationales » ? Quelle chanteuse a mis fin à une aventure de 16 ans sur scène ? Voici le regard de La Presse canadienne sur l’année culturelle québécoise, qui fait la part belle aux voix féminines.​

Pierre Lapointe et le streaming

Si les géants du numérique exemptés de l’impôt sur le revenu et des taxes de vente ont encore fait jaser dans le milieu artistique, c’est sans doute le coup de gueule de Pierre Lapointe en octobre au gala de l’ADISQ qui aura marqué le plus les esprits.

Profitant de sa tribune pour s’en prendre aux plateformes d’écoute en continu, Pierre Lapointe a déclaré : « On se fait voler depuis beaucoup trop d’années par des multinationales qui viennent faire de l’argent ici, au Canada, et qui sont comme par magie exemptes d’impôt. »

Dans une sortie virulente pour de meilleures redevances, l’artiste a souligné que, pour un million d’écoutes de sa chanson originale Je déteste ma vie sur Spotify, il n’aurait touché que 500 $. Il a invité toutes les personnalités de l’industrie à se joindre à lui pour dénoncer le faible effort des géants du Web dans le soutien aux créateurs.

Mike Ward et Jérémy Gabriel

Mike Ward a incarné le combat des humoristes pour la liberté d’expression, avec un discours fort acclamé par ses pairs lors de son couronnement au gala Les Olivier, quelques semaines après qu’il eut subi un revers en appel dans l’affaire l’opposant à Jérémy Gabriel et à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Il lui a été ordonné de verser 35 000 $ au jeune chanteur atteint du syndrome de Treacher Collins à titre de dommages moraux et punitifs. Ward souhaite maintenant porter l’affaire en Cour suprême.

Au 21e gala des humoristes, le 8 décembre, Mike Ward a remporté les statuettes de l’Olivier de l’année, du meilleur spectacle de l’année et de l’auteur de l’année pour Noir, en plus d’être récompensé pour son balado Mike Ward sous écoute.

La révélation Stréliski

La musique néoclassique connaît un fort engouement au Québec depuis quelques années, comme en font foi notamment les succès d’Alexandra Stréliski et de Jean-Michel Blais. Fin octobre au gala de l’ADISQ, la notoriété d’Alexandra Stréliski au Québec s’est certainement agrandie, elle dont la pièce Prélude s’était retrouvée dans le film Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée, ainsi qu’à la cérémonie des Oscar en 2014.

La pianiste montréalaise a été sacrée révélation de l’année et compositrice de l’année. En plus des deux statuettes reçues en direct sur les ondes de Radio-Canada, la musicienne avait déjà remporté le prix de l’album de l’année instrumental, pour son magnifique Inscape, lors du Premier gala, présenté quelques jours plus tôt. Très émue en recevant le titre de révélation, la musicienne a noté qu’il ne faut pas « sous-estimer la force de la douceur ».

Le parcours cahoteux de Dolan

Pour son film sur les contraintes de la célébrité, Xavier Dolan a pu obtenir les services de plusieurs de ses idoles d’enfance, mais l’aventure est loin d’avoir été un conte de fées. Le premier film tourné en anglais par l’acteur et réalisateur québécois a été marqué par plusieurs embûches et controverses.

À l’affiche d’abord en France en mars, puis au Québec et dans quelques villes canadiennes en août, le film — portant le titre en français de Ma vie avec John F. Donovan — n’était pas en mesure de se trouver un distributeur aux États-Unis.

Soutenue par un budget de 35 millions de dollars et des acteurs de premier plan comme Kit Harrington et Natalie Portman, la première incursion de Xavier Dolan dans le cinéma de langue anglaise a aussi été obscurcie par un processus de montage prolongé ayant entraîné l’exclusion de l’actrice étoile Jessica Chastain et un retrait de dernière minute du Festival de Cannes 2018.

Xavier Dolan était tout de même de retour en compétition à Cannes cette année, avec son film Matthias et Maxime, qui a valu au compositeur québécois Jean-Michel Blais une mention spéciale de l’organisme Cannes Soundtrack.

District 31 : des fidèles au poste

Poursuivant ses enquêtes pour la quatrième saison, la série policière District 31 a remporté le convoité prix du public pour la deuxième année d’affilée au 34e gala des prix Gémeaux, en septembre, en plus d’avoir triomphé dans toutes les autres catégories où elle était en lice.

District 31 a ainsi été désignée meilleure série dramatique quotidienne. Dans son discours de remerciement, la productrice Fabienne Larouche a abordé les défis que doit surmonter le petit écran québécois, face à des géants américains comme Netflix, Amazon et Apple.

Hélène Bourgeois Leclerc et Patrice Godin ont décroché les prix du meilleur premier rôle féminin et masculin dans une série dramatique quotidienne — des catégories dans lesquelles étaient également nommés leurs collègues de jeu Geneviève Brouillette et Vincent-Guillaume Otis.

Antigone reçoit des éloges

Le film Antigone, de la réalisatrice québécoise Sophie Deraspe, a reçu plusieurs honneurs cette année, dont celui de représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger. Le film n’a toutefois pas été retenu dans la courte liste de dix titres sélectionnés en vue de la mise en nomination pour la grande cérémonie.

L’oeuvre de la réalisatrice originaire de Rivière-du-Loup, qui adapte de façon contemporaine la tragédie grecque de Sophocle, a obtenu en septembre le prix du meilleur long-métrage canadien lors de la clôture du 44e Festival international du film de Toronto.

Antigone a remporté quatre prix Borsos au Festival de Whistler 2019 : ceux du meilleur film de fiction canadien, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario, en plus du prix de la meilleure interprétation pour Nahéma Ricci.

Ricardo Trogi clôt sa trilogie

1991, le dernier volet de la trilogie autobiographique de Ricardo Trogi, a été sacré meilleur film et a décroché le prix du public au 21e Gala Québec Cinéma en juin.

Le film, cité à 16 reprises, a également triomphé dans la catégorie de la meilleure réalisation.

« En écrivant des films fidèles à ce qu’on est et à ce qu’on pense, ça crée des personnages très, très, très humains, a fait valoir Ricardo Trogi après sa victoire. Le public se reconnaît là-dedans, ça me fait vachement plaisir. »

Céline Dion quitte le Colosseum

Céline Dion a présenté au début du mois de juin un ultime concert au Colosseum du Ceasars Palace, à Las Vegas, mettant fin à une aventure de 16 ans et de 1141 spectacles au cours de ses deux résidences dans cette salle de la capitale du jeu. Ce sont 4,5 millions de spectateurs qui se sont déplacés pour aller la voir et l’entendre.

Avant sa dernière chanson, Céline Dion a tenu à remercier tout le personnel qui travaille avec elle sur scène, mais aussi en coulisses. Son interprétation de Somewhere Over the Rainbow s’est terminée par la présentation d’une photo de la chanteuse avec son défunt mari, René Angélil, et les cris « On t’aime, Céline ! » ou « We love you, Celine ! » lancés spontanément par des gens dans la salle. Ses trois garçons sont montés sur scène pour lui offrir des fleurs.

Céline Dion s’était installée à Las Vegas pour y présenter A New Day dans une salle de 4000 places conçue spécialement pour elle. Elle avait offert le premier concert de cette longue aventure très profitable pour l’économie de Las Vegas le 25 mars 2003.

Le 18 septembre, Céline Dion est montée sur la scène du Centre Vidéotron, à Québec, pour lancer sa nouvelle tournée mondiale, intitulée Courage, devant quelque 15 000 admirateurs.

Une colonie surprend

Le Québec était à l’honneur en mars au gala des prix Écrans canadiens présenté à Toronto et c’est le film Une colonie, de la réalisatrice Geneviève Dulude-De Celles, qui a remporté le prix du meilleur film.

Geneviève Dulude-De Celles a aussi remporté le prix du meilleur premier film pour son long-métrage racontant l’histoire de Mylia, une enfant timide et farouche de 12 ans qui s’apprête à quitter sa campagne natale pour la grande école. À la recherche de repères dans ce nouvel environnement, elle se lie d’amitié avec Jimmy, un jeune Autochtone marginal de la réserve voisine.

La jeune actrice Émilie Bierre, qui incarne le personnage de Mylia, a reçu le prix de la meilleure interprétation dans un premier rôle féminin. Au 21e Gala Québec Cinéma, elle a été sacrée révélation de l’année. L’adolescente s’est réjouie que les jeunes acteurs comme elle puissent incarner « des êtres humains à part entière », et non seulement « les enfants des personnages principaux ».