Un clin d’oeil instagramable

Le fondateur et le designer de Montréal en Fêtes, Martin Durocher (en haut) et Chris Koser
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le fondateur et le designer de Montréal en Fêtes, Martin Durocher (en haut) et Chris Koser

Pour une septième édition, le festival Montréal en Fêtes prend d’assaut la place Jacques-Cartier du Vieux-Montréal pour y installer sa place Nordique aux stands multiples et au charme hivernal. Mais, cette année en particulier, au-delà de la programmation quotidienne d’activités récurrentes, l’événement fait un intéressant clin d’oeil au numérique.

En effet, au centre de cette riche programmation, une nouveauté se distingue : l’Instaboîte, un espace aux couleurs éclatantes et aux structures originales, conçu pour être… instagrammable. Sortez téléphones et caméras, on vante ici votre vanité virtuelle.

L’Instaboîte accueille en son centre un manchot à la crinière ébouriffée et aux lunettes holographiques de près de trois mètres de haut. Assez solide pour accueillir des festivaliers sur ses jambes, la structure est entourée de boules géantes aux couleurs vibrantes, le tout dans un immense décor pouvant accueillir près d’une dizaine de festivaliers à la fois.

Cette idée d’installation faite pour le géant de la photo numérique n’est pas innovatrice et gagne en popularité depuis quelques années, et Martin Durocher le sait très bien. Le cofondateur du festival Montréal en Fêtes — parmi plusieurs autres, notamment le Zoofest — voulait ici reproduire un concept de plus en plus répandu en Amérique du Nord, Montréal y compris : les musées pop-up, ces installations éphémères immersives conçues avec Instagram en tête, où les visiteurs passent d’une « boîte » aux décors ludiques à une autre en enchaînant égoportraits et photos de groupe.

« L’idée, c’était de prendre ce qu’on a vu dans plein de musées, qui sont vraiment des musées instagrammables, explique-t-il. On s’est dit, les gens — autant les Montréalais que les touristes — veulent un petit quelque chose de magique. » Ainsi, l’Instaboîte offre l’occasion d’immortaliser le passage au festival avec un clic facile du téléphone cellulaire. « Ce qu’on veut, c’est donner ce petit moment mémorable, qui va être partagé, mais qui va aussi faire voyager l’événement. »

Le festival, c’est moi

Mais n’y a-t-il pas là une peur d’enlever au festival son authenticité, en offrant ainsi un espace déjà tout fait pour la photo numérique ? Qu’en est-il du paysage du Vieux-Montréal où le festival prend pied, ou de la multitude de structures tout aussi attrayantes qui couvrent le site ?

Martin Durocher ne s’inquiète pas trop. « N’oublions pas qu’au centre de chacune de ces photos, il y a le visage de quelqu’un, ou le visage de quelques personnes. Dès que tu parles de ça, les gens ne veulent pas voir tout ce qu’il y a autour, avec une petite face au milieu. Ils veulent leur beau sourire, parce qu’Instagram, c’est aussi une façon de se mettre en scène ; nos bonheurs, nos beaux voyages. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La mascotte Flocon

Effectivement, l’application semble avoir changé la définition de la photo souvenir : le fondateur lui-même a observé un changement de tendance au fil des années, voyant maints festivaliers passer de clichés d’ambiance ou de scènes à un penchant marqué pour l’égoportrait. « Au départ, on se rendait compte que, quand les gens partageaient des photos sur les réseaux sociaux en 2009, ils n’étaient pas dessus. Il y avait des photos d’artistes, de salle… Mais plus le temps avance, à partir de 2014, il n’y a plus eu autre chose que le selfie. Donc t’es en mode selfie, tu rapproches ton visage. »

Chris Koser, artiste-concepteur de l’Instaboîte, partage cet avis. « Facebook, c’était une façon de se démarquer dans le temps ; c’est notre chronologie de vie. Instagram, c’est vraiment juste de la photo. Ç’a développé un effet de mise en scène. Les gens, quand ils s’intègrent dans ce genre de moments, c’est une façon de se mettre eux-mêmes en scène, dans un monde fabuleux. »

L’hiver à l’honneur

Ainsi, lorsqu’est venu le temps de créer cette boîte à Instagram, Chris Koser a aussi pensé au site entier de la place Nordique — le reste du site est tout aussi photogénique que l’Instaboîte, insiste-t-il. « C’est de la scénographie, vraiment. Si on pense à une scène de théâtre ou à un plateau de film, il y a toujours des éléments que l’on construit pour contextualiser un moment, ou la scène. Ça vient de là. »

Montréal en Fêtes, donc, ça se conçoit comment ? Au-delà des clichés du temps des Fêtes, croit l’artiste : le festival célèbre l’hiver d’ici et sa jovialité, dans toute sa diversité. « Qu’est-ce qui pourrait être iconique, hivernal, joyeux, cuddly ? Qu’est-ce qui va chercher les enfants et qui va chercher les parents ? Il fallait que ce soit broad, et quelque chose de très simple, pour exprimer cette petite joie. L’idée, c’est de ne pas rester dans le cliché de Noël, ou du temps des Fêtes. C’est de célébrer l’hiver québécois. »

L’Instaboîte constitue assurément une fierté pour l’artiste, mais Chris Koser ne se le cache pas ; le festival en entier constitue un beau défi de design pour lui.

Avec ses nombreuses stations de feux de bois, ses stands à gourmandises, ses structures géométriques holographiques et son iconique ours enseveli sous la neige, le site de Montréal en Fêtes est tout aussi instagrammable que sa nouveauté vedette. « C’est un peu comme quand tu vas au musée, mais que tu n’as pas le droit de prendre des photos. Là, t’as le droit. »

Accueillir 2020 en beauté

La célébration de Montréal en Fêtes culminera, le 31 décembre prochain, avec le Party du Nouvel An sur la place Jacques-Cartier. Dès 22 h, une programmation de marque prendra la scène, avec Bleu Jeans Bleu et Les Louanges parmi les têtes d’affiche. « On veut offrir un spectacle 100 % québécois, insiste Martin Durocher. Ça fonctionne. » C’est une façon, aussi, de présenter la culture de la Belle Province aux nombreux touristes visitant le secteur la veille du jour de l’An. « Tu parles anglais, tu ne connais pas le Québec, mais tu viens parce qu’il y a le fait français, c’est Montréal ; quand tu viens au show, tu écoutes notre musique, notre culture. » Il ajoute que le site sera fermé aux véhicules le soir du spectacle, et l’accès au métro sera assuré toute la nuit.

Montréal en Fêtes

À la place Jacques-Cartier jusqu’au 31 décembre



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