Le milieu littéraire se porte à la défense d’Yvan Godbout

Choquée par une scène dans «Hansel et Gretel», de la collection des Contes interdits, où l’auteur décrit le viol d’une enfant, une enseignante porte plainte à la police.
Image: Le Devoir Choquée par une scène dans «Hansel et Gretel», de la collection des Contes interdits, où l’auteur décrit le viol d’une enfant, une enseignante porte plainte à la police.

« Le seul recours, c’est notre voix. » C’est par ces mots que se conclut la lettre ouverte parue hier en soutien à l’écrivain Yvan Godbout. Et c’est par leurs voix qu’ont décidé de se faire entendre les près de 400 signataires, tous issus du milieu littéraire. Parmi eux : le dramaturge Larry Tremblay, le fondateur des Éditions Alto Antoine Tanguay, l’autrice et animatrice Valérie Chevalier, la directrice générale du Salon du livre Sylvie Marcoux, l’écrivain Patrick Senécal.

Ladite lettre revient sur ce qui est qualifié de « véritable histoire d’horreur ». En 2018, une enseignante tombe sur la collection des Contes interdits des Éditions AdA en cherchant un texte pour ses élèves. Plus précisément sur le Hansel et Gretel revisité par Yvan Gobdout. Choquée par une scène où l’auteur décrit le viol d’une enfant, elle porte plainte à la police. Le 14 mars 2019, l’écrivain, ainsi que Nycolas Doucet, le directeur général des Éditions AdA, sont arrêtés et accusés de production et de distribution de pornographie juvénile. Le procès est prévu pour septembre 2020 devant juge et jury. L’enquête préliminaire est refusée.

« Brasser la cage »

Choqué par le déroulement des faits, Pierre-Yves Villeneuve, créateur de la série jeunesse Gamer, décide de rédiger une lettre ouverte. Il demande à LP Sicard, « un jeune auteur à la plume engagée et solidaire », également publié aux Éditions AdA, de l’épauler. Des dizaines de personnes participent ensuite au peaufinage du texte. « On est des auteurs, donc on s’est chicanés sur des virgules, sur le choix des mots, les points d’exclamation… Il y a des gens qui trouvent qu’il y en a encore trop », lance Pierre-Yves Villeneuve.

Les exclamations étaient peut-être de mise. « Il était temps de faire du bruit, de brasser la cage, d’attirer l’attention, ajoute-t-il. C’est un cas qui aura des répercussions bien réelles. Pas seulement pour les créateurs, mais aussi pour les citoyens. »

Oui, c’est une histoire dure à lire, qui brasse. Mais créer, ce n’est pas uniquement faire de la dentelle.

Alain Labonté fait partie des signataires. « Je me rallie au fait que c’est de la fiction », affirme l’écrivain, également directeur de sa propre boîte de communications. Il ne connaît pas personnellement Yvan Godbout, mais il le croise dans les salons du livre et dit être solidaire. « Quand je pense [aux] gens qui ont du pouvoir, qui sont protégés, qui font la pluie et le beau temps — je pense à Weinstein, je pense à Trump. Cet homme est capable de foutre des enfants en cage, de les couper de leurs parents et de les laisser crever. Et là, on a Yvan Godbout, un gars pas trop connu, qui […] risque 14 ans de prison ? C’est un non-sens pour moi. »

Il ajoute : « Oui, c’est une histoire dure à lire, qui brasse. Mais créer, ce n’est pas uniquement faire de la dentelle. »

Pierre-Yves Villeneuve abonde en ce sens : « Hansel et Gretel est un roman d’horreur profondément choquant qui contient des passages graphiques. Mais c’est justement le but : dire que c’est inacceptable, que c’est dégueulasse, que ce sont des gros porcs, et qu’ils vont payer. »

Et pour ce qui est de la qualité de l’oeuvre ? C’est une question qui ne devrait pas, selon lui, faire partie du débat. « Les artistes se doivent parfois d’arriver avec des propositions provocantes. Qui font réfléchir. La question du bon goût ne se mesure pas. »

Si des centaines de libraires, éditeurs, professeurs, blogueurs, youtubeurs (ou « booktubeurs ») ont signé la lettre, d’autres ont choisi de s’abstenir. « C’est parfaitement compréhensible, dit Pierre-Yves Villeneuve. Parce qu’il est question de pornographie juvénile, parce qu’ils trouvent qu’Yvan est allé trop loin dans ses écrits ou que son éditeur aurait dû mieux faire son travail. En même temps, son travail, c’est d’aider l’auteur à écrire la meilleure histoire possible. Et ensuite, c’est lancé dans la nature. »

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois a réaffirmé mardi son soutien à M. Godbout, confirmant être à l’affût de tout nouveau développement. « Nous évaluons ses besoins et tenterons de lui apporter le soutien nécessaire », ont-ils déclaré par voie de communiqué.

Rappelons qu’une pétition en soutien à Yvan Godbout a également été lancée sur le site change.org. Elle comptait 14 734 signataires au moment où ces lignes étaient écrites.