Procès de Raphaël Lévesque: le sourire de la discorde

Mardi au palais de justice de Montréal se déroulait le dernier jour du procès de Raphaël Lévesque, leader du groupe de la droite identitaire Atalante.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Mardi au palais de justice de Montréal se déroulait le dernier jour du procès de Raphaël Lévesque, leader du groupe de la droite identitaire Atalante.

Que se cache-t-il derrière un sourire ? De la joie ? De la bonne humeur ? Un esprit festif ? Un désir d’intimider ? De créer le malaise ? La question a été soulevée au palais de justice de Montréal lors du quatrième et dernier jour du procès de Raphaël Lévesque pour entrée par effraction, méfaits, harcèlement criminel et intimidation.

Rappel des faits : le 23 mai 2018, celui qui est à la tête du groupe de la droite identitaire Atalante entrait, accompagné d’hommes masqués, dans les locaux de Vice Québec pour remettre un prix « Média poubelle 2018 » au journaliste Simon Coutu. Pendant qu’il tendait ledit prix au reporter, ses compères lançaient des tracts et des nez de clown. « Il est entré avec son plus beau sourire », a répété jeudi l’avocat de la défense, Me Mathieu Corbo. Mais l’équation veut-elle qu’un homme souriant n’est pas intimidant ?

Tournant notamment autour de cette question, cette journée des plaidoiries a été calme. Cette ambiance posée faisait contraste avec l’ouverture du procès lundi, lorsque la juge, Joëlle Roy, a affirmé au procureur de la Couronne, Me Jimmy Simard, être excédée. Son « humeur », comme elle l’a alors appelée, était notamment due au désir de Me Simard de déposer en preuve les paroles du groupe Légitime Violence, dont l’accusé est le chanteur. Cela a été refusé.

Question d’humeur

Revenant sur le sujet de l’expression faciale de son client, Me Corbo a maintes fois souligné que l’accusé était souriant pendant les événements de mai de l’an dernier. « Même la réceptionniste de Vice a dit qu’il avait le sourire et qu’elle a vu ses grills, ses dents en or. » L’avocat de la défense a également insisté sur le fait qu’il n’y avait eu « aucun cri, aucune insulte, pas de vulgarité, pas de confrontation ». « Et personne n’a dit : " toi, mon trois petits points, n’écris plus sur nous " », a-t-il ajouté.

Encore une fois, la bonne humeur de Raphaël Lévesque a été évoquée : « Quand il est entré chez Vice, son “bonjour, Madame”» était jovial. Quand il a quitté, son “bonne journée” l’était aussi », a avancé Me Corbo. L’avocat a ensuite avancé que le physique des hommes masqués, qualifiés durant le témoignage de Simon Coutu lundi de « fiers à bras », n’était, à son avis, pas si imposant que ça. « Raphaël Lévesque a choisi des gens calmes qui pèsent moins de 160 livres. »

Dans le même ordre d’idées, il a réaffirmé que le « stunt » des hommes d’Atalante se voulait « punché et humoristique ». La raison ? « Ils savaient que ce serait repris dans les médias. » Il a insisté de nouveau : « Ils n’ont pas créé le bordel. »

Lors de sa plaidoirie, livrée en après-midi, Me Simard est, lui aussi, revenu sur la bonne humeur apparente de l’accusé en faisant une analogie avec des intimidateurs dans une cour d’école. Leur geste serait-il excusé et moins dommageable pour la victime parce qu’ils auraient confié, dans le bureau du directeur, qu’ils riaient durant les faits ?

Il a également qualifié « d’invraisemblable » que l’accusé ait choisi de lancer des tracts dans la salle de rédaction plutôt que des confettis « parce que ce serait trop long à ramasser ». « Quand on fait une telle tempête, on s’attend à quoi ? À ce que, quand on sera sorti, les journalistes auront tout nettoyé en dix minutes et auront recommencé à travailler, simplement, exactement, dans le document Word dans lequel ils étaient en train de taper ? »

Lesdits tracts, agrémentés du logo de Vice, ont du reste été matière à débat lors du procès. La Couronne arguait que le logo était tracé de façon à évoquer du sang qui dégouline. La défense, elle, affirmait que c’était pour rappeler de l’encre qui coule, puisqu’il s’agit d’un média écrit.

Rappelant qu’elle prendrait sa décision en délibéré, la juge Roy s’est enquise pour terminer des plans de Me Simard. « Vous m’aviez annoncé que vous preniez une sabbatique ? » « J’ai changé d’idée, Madame la Juge ! » a lancé le procureur. « Est-ce moi qui vous ai fait changer d’idée ? », a-t-elle rétorqué en riant.

La décision sera rendue le 21 février à 14 h.