Fusion de deux galeries de pointe

La galerie fusionnée sera inaugurée en janvier, avec une exposition de groupe dans la salle au rez-de-chaussée et un solo dans le «bunker», l’espace au sous-sol qui a fait la singularité de la Parisian Laundry pendant 12 ans.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La galerie fusionnée sera inaugurée en janvier, avec une exposition de groupe dans la salle au rez-de-chaussée et un solo dans le «bunker», l’espace au sous-sol qui a fait la singularité de la Parisian Laundry pendant 12 ans.

Incontournable attrait dans Saint-Henridepuis 2007, la galerie Parisian Laundry ne sera plus qu’un souvenir. À quelques rues, dans Griffintown, la galerie Antoine Ertaskiran, active depuis 2012, s’apprête aussi à disparaître du paysage. Mauvaise nouvelle ? Pas tout à fait : les deux galeries ne ferment pas. Elles se transforment et fusionnent.

La nouvelle entité a été baptisée Bradley-Ertaskiran, du nom de ses deux propriétaires, Megan Bradley et Antoine Ertaskiran. Et elle louera le gîte d’une des défuntes galeries.

« Nous serons dans le bâtiment de la Parisian Laundry, mais ce ne sera plus la Parisian Laundry », explique en entrevue au Devoir Megan Bradley, directrice de la défunte galerie, dont le propriétaire, l’homme d’affaires et collectionneur Nick Tedeschi, se retire du marché. « C’est Antoine qui déménage. C’était plus facile de commencer avec un espace déjà aménagé. Peut-être, plus tard, qu’on ira ailleurs », poursuit-elle.

La galerie fusionnée sera inaugurée en janvier, avec une exposition de groupe dans la grande salle au rez-de-chaussée et un solo dans le « bunker », l’espace au sous-sol qui a fait la singularité de la Parisian Laundry pendant 12 ans. Selon Megan Bradley, la transition satisfait les deux parties, puisqu’elle « garde des éléments de nos passés » : un lieu d’une part, un nom (Ertaskiran), d’autre part.

À l’Association des galeries d’art contemporain, on n’a pas voulu commenter la perte d’un de ses membres. On s’est aussi réservé du temps avant d’évaluer ce que signifie ce deuxième retrait d’un collectionneur-marchand d’art, après que Joe Battat eut fermé sa galerie en 2017.

Les raisons

Désir de changer, de prendre plus d’importance et d’outrepasser encore davantage les frontières canadiennes : les raisons derrière cette fusion sont multiples. Antoine Ertaskiran assure cependant que la survie de sa propre galerie n’était pas en jeu.

« Je suis toujours en train de penser à comment changer les choses. Depuis un an que je cherchais un nouveau lieu. Je suis un peu à l’étroit », dit celui qui a fait sa renommée dans un ancien entrepôt de la petite rue Payette, à l’ombre du gigantesque Arsenal.

L’occasion s’est présentée lorsque sa future associée, et amie, lui a dit réfléchir à acheter la Parisian Laundry. Megan Bradley affirme avoir entamé des discussions il y a longtemps avec Nick Tedeschi, qui voulait se retirer sans pour autant fermer la galerie. L’option de la fusion avec Antoine Ertaskiran a commencé à être discutée au début de 2019.

« On est mieux ensemble que seuls. Antoine et moi regardions les mêmes choses, toujours à la recherche des mêmes artistes. On vise tous les deux le marché international. On participe déjà à des foires ; on veut continuer, dans les meilleures », confie Megan Bradley.

« On veut avoir une plus grande voix, renchérit son nouveau partenaire d’affaires, amener des artistes internationaux à Montréal, ce que peu de galeries font. » Antoine Ertaskiran estime bien humblement que ceci peut être bénéfique même aux créateurs québécois. « Ça peut ouvrir des portes, ça met le spotlight sur Montréal. »

Les artistes

À elles deux, les galeries Parisian Laundry et Antoine Ertaskiran réunissaient 35 artistes. Un peu trop, de l’avis même des deux galeristes, une fois la fusion mise en marche. « On a eu des choix à faire, c’est dur de les expliquer, mais il fallait en faire. Les trois dernières semaines ont été difficiles. Il [a fallu se séparer] de gens avec qui on travaillait depuis longtemps », reconnaît le copropriétaire de la nouvelle galerie.

Les détails de leurs choix seront connus plus tard, bien que tout soit pratiquement en place, y compris la signature visuelle de Bradley-Ertaskiran. Le premier solo, dans le « bunker », sera assumé par Nicolas Grenier. On peut présumer que l’auteur de peintures et d’installations architecturales, et tout récent finaliste québécois du prix Sobey 2019, fait partie des heureux rescapés.

Des noms importants seront sans doute mis de côté, tant on en retrouvait de part et d’autre des deux galeries maintenant réunies — Mathieu Beauséjour, Aude Moreau, Dominique Pétrin, Jessica Eaton, BGL, Alexandre David, Janet Werner, pour n’en nommer que quelques-uns. Le galeriste, dans sa fonction de représentant, est primordial dans une carrière souvent fragile.