Les quotas ont leurs limites, prévient le Conseil des arts du Canada

Le directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault

Sur le fond, le directeur du Conseil des arts du Canada (CAC) est d’accord avec les conclusions dégagées par les travaux du chantier sur la place des femmes en théâtre québécois : il y a un problème criant de parité auquel il faut répondre. « Mais il y a une limite aux quotas », observe Simon Brault au sujet de la principale recommandation du rapport présenté mardi.

« Au CAC, on a déjà atteint la parité au niveau des bénéficiaires de subventions — les individus, a soutenu M. Brault au Devoir mercredi. On l’a atteint depuis longtemps dans la composition des comités de pairs, dans notre conseil d’administration, dans mon équipe de direction… Partout où c’était à notre portée et que c’est mesurable, c’est atteint. Mais c’est un minimum. »

Le véritable enjeu, dit-il, c’est la parité dans les organismes qui reçoivent du financement — il y en a quelque 1400 à travers le Canada. La recommandation la plus politique du volumineux rapport du Chantier féministe consiste à revoir le système de distribution du financement public pour que les organismes subventionnaires — comme le CAC — appliquent des quotas paritaires à leurs critères d’octroi.

Le Chantier [féministe] a fait un exercice qui était nécessaire, la démarche a été méthodique, et les conclusions qui arrivent sont importantes

« Ce bout-là est très complexe », selon Simon Brault. Il énumère les questions en jeu : parle-t-on de la parité interne des organismes ? De leur conseil d’administration ? De leurs équipes ? De celle des artistes qui sont embauchés, sur scène ou hors scène ? Ou encore : de la parité des oeuvres qui sont mises en scène ?

« Pour nous, c’est vraiment la discussion maintenant : comment s’assurer que cette parité avance dans les compagnies que nous finançons ? S’il n’y a pas de changement à ces niveaux — dans la composition des équipes, dans les artistes qu’on voit sur scène, dans les oeuvres jouées —, on va rester dans cette situation. » Le défi est en ce sens de « ne pas mettre en place des quotas techniques qui ont peu d’impact sur la question fondamentale », estime Simon Brault.

« Emballant »

Plus largement, ce dernier juge « extrêmement positifs et emballants » les travaux et constats du Chantier féministe, un vaste projet de réflexion et de documentation qui a impliqué près d’un millier de personnes. « Le Chantier a fait un exercice qui était nécessaire, la démarche a été méthodique, et les conclusions qui arrivent sont importantes. »

Le Conseil des arts du Canada aura des discussions avec les représentantes du Chantier féministe, notamment « pour voir comment elles définissent [la question des quotas paritaires], comment on mesure ça, etc. » Dans le document présenté mardi, on précisait qu’il faudrait faire de « la présence paritaire femmes-hommes » dans les programmations — donc en écriture, en mise en scène, en conception — un critère d’évaluation « majeur » dans l’attribution des fonds publics destinés aux lieux de diffusion.

Mardi, le Conseil des arts et des lettres du Québec avait lui aussi accueilli positivement le rapport du Chantier, tout en soulignant qu’il devra étudier la proposition concernant les quotas paritaires.

Outre la question des quotas, le rapport proposait notamment la création d’outils statistiques par les ordres de gouvernement pour suivre l’évolution de la question paritaire, de même qu’une réforme du système de prix existants pour que le travail fait par les femmes soit mieux mis en valeur. Un nouveau prix — le Jovette-Marchessault — doté d’une bourse de 20 000 $ a d’ailleurs été créé. Il soulignera chaque année la « contribution importante de femmes artistes en théâtre » à Montréal.