«Fuckoff»: dire les choses comme elles le sont, selon Maxim Martin

Les lacunes de <em>Fuckoff </em>de Maxim Martin tiennent essentiellement à un problème de ton.
Photo: Eric Myre Les lacunes de Fuckoff de Maxim Martin tiennent essentiellement à un problème de ton.

Il serait plus que temps d’opposer un doigt d’honneur au « politiquement correct », de dire les choses comme elles le sont, clame Maxim Martin dans les premières minutes de son cinquième spectacle, Fuckoff, présenté hier soir au Monument-National. L’humoriste peine cependant à nous convaincre que sa liberté de parole est, ne serait-ce qu’un tout petit peu, mise à mal.

Parmi les rares exemples qu’il parvient à brandir : celui d’une femme lui ayant vivement signalé sa colère sur les réseaux sociaux, après qu’il eut publié une blague (inoffensive) comparant un ex-fumeur qui vapote à un toxicomane qui, dans un effort de modération, priserait de la farine, plutôt que de la cocaïne. En 1961, Lenny Bruce était arrêté pour avoir prononcé le mot cocksucker sur scène. Maxim Martin doit aujourd’hui affronter la furie (!) de quelques internautes lambda à l’épiderme sensible. Compatissons.

Dans son numéro le plus marquant, et percutant, en carrière (La couille, 2000), Maxim Martin renvoyait à leur propre hypocrisie des médias prompts à casser du sucre sur le dos des humoristes et de leur supposée vulgarité, tout en contribuant eux-mêmes à la vulgarité de notre époque, en abêtissant un public assoiffé de sexe et de sang. Les cibles de Maxim Martin semblent près de vingt ans plus tard beaucoup moins bien définies, et détiennent surtout beaucoup moins de pouvoir que ces médias qu’il fustigeait jadis, avec un courage certain.

Ainsi, si l’on veut bien convenir avec lui que « ce n’est pas toujours de la faute de la société » si quelqu’un rencontre des difficultés, et qu’il est sans doute déjà arrivé qu’une personne racisée mise à pied prétende être victime de discrimination alors qu’elle était réellement incompétente, l’absence de diversité dans trop de sphères de la société québécoise apparaît beaucoup plus révoltante que les éventuels nonos (imaginés par Martin) qui seraient embauchés grâce à de nécessaires politiques d’inclusion.

Le quinquagénaire montre ailleurs qu’il sait déconstruire les stéréotypes, lorsqu’il réfléchit à la toxicité de sa propre conception de la masculinité. En improvisant avec un membre du public, Maxim Martin discute brièvement des crèmes hydratantes qu’il emploie (Biotherm !) et redevient instantanément ce maître du stand-up à l’américaine aux réparties implacables, heureux de se moquer de lui-même (sa stratégie la plus payante).

Sans que l’on sache trop ce qui lie les sujets qu’il aborde, le vétéran déballe ensuite quelques anecdotes tout au plus cocasses (une baignade dans le Danube qui tourne mal, un torturant massage thaïlandais), avant de célébrer la génération X et la rude époque qui l’a vue grandir. Une énumération dont l’ironie est trop confuse pour que l’on ne sente pas que, ce que Maxim Martin souhaite affirmer, c’est que c’était bien mieux dans son temps.

Les lacunes de Fuckoff tiennent donc essentiellement à un problème de ton : que Maxim Martin prêche, dans le contexte d’un spectacle d’humour, le retour de la fessée n’a rien de profondément choquant. Un Mike Ward ou un Anthony Jeselnik débitent des idées mille fois plus violentes, mais sur un ton suggérant toujours clairement qu’il s’agit d’humour noir. Chez Maxim Martin, cependant, il s’avère souvent difficile de trancher : donne-t-il dans le commentaire social à prendre au pied de la lettre ou dans le second degré ?

Comment rire d’une blague lorsqu’on ne sait pas ce qu’elle raille exactement ? En 2016, Maxim Martin cosignait avec le journaliste Dany Bouchard Excessif (Éditions du Journal), une autobiographie devenue best-seller, dans laquelle l’humoriste revenu de loin témoignait avec une réelle et touchante humilité de son enfance cahoteuse et de ses problèmes de dépendance.

Lorsqu’il évoque ce passé mouvementé, c’est désormais en fanfaronnant, comme s’il revendiquait fièrement des faits d’armes. Ouvrir son cœur, comme Martin le faisait à sa façon dans son précédent spectacle (Enfin, 2015), demeure pourtant un geste infiniment plus subversif que tous les fuckoff du monde.


Fuckoff

De Maxim Martin. En tournée partout au Québec.