«Fils de quoi?» : au coeur de la «matriochka»

Empruntant au théâtre d’ombres et d’objets, les récits racontés par les comédiens sont renforcés par la mise en scène délicate.
Photo: P. P. Charbonneau Empruntant au théâtre d’ombres et d’objets, les récits racontés par les comédiens sont renforcés par la mise en scène délicate.

Un père d’origine russe et son fils, né et bien établi en Occident, se retrouvent, l’espace d’une heure, hors du temps pour sonder les racines, fouiller le passé et raconter chacun à sa façon sa vérité. Le père magnifie un pays où tout est simple, tranché et sans nuances. Le fils emprunte un autre chemin pour découvrir l’histoire cachée de son arrière-grand-mère, cette femme éconduite par une lignée d’hommes coincés dans leurs certitudes.

Fils de quoi ?, écrit et mis en scène par Marie-Christine Lê-Huu, sonde l’éternelle question de l’identité, des origines. D’où venons-nous exactement ? Et si l’histoire qui nous était contée par nos parents n’était pas tout à fait représentative de la réalité ? Afin de convaincre son fils (Alexandre Nachi) de l’importance de connaître son passé, de plonger au coeur de la source familiale, le père (Sasha Samar), homme de théâtre, puise dans La cerisaie de Tchekhov pour expliquer ce lien. S’ensuit un échange corsé, authentique et toujours respectueux entre ces deux générations d’hommes différents, mais portés au final par le même souffle, soit celui de l’appartenance.

Le fils fait bifurquer le propos de son père et le mène au coeur du réel, de la vie de cette grand-mère représentée par une poupée russe dans laquelle se cache la véritable histoire. Le jeu à la fois tendre et solide d’Alexandre Nachi nous offre un fils infiniment sensible, chercheur de vérités, dénoueur d’histoires confuses. Sasha Samar est pour sa part éblouissant de véracité. Sous des airs de père solide et confiant se cache cet homme fragile et si fier de son fils. Quelques réparties lancées en russe par cet Ukrainien d’origine renforcent l’attachement au pays en plus d’ajouter à la beauté de l’ensemble.

La force des objets

Empruntant au théâtre d’ombres et d’objets, les récits racontés par les deux comédiens sont renforcés par la mise en scène minutieuse, délicate et métaphorique de Marie-Christine Lê-Huu. Sur la scène épurée, il y a une table qui sert de plateau de jeu aux deux personnages et une bibliothèque remplie de bibelots disparates où puiseront le père et le fils pour représenter leur version d’une même histoire. La poupée russe, objet central, sera manipulée, désemboîtée par chacun jusqu’à la finale où la lumière sera faite sur la vérité. Bien qu’elle soit absente physiquement, la femme reste sans aucun doute le personnage principal de cette pièce, gardienne du passé et porteuse d’espoir.

Les jeux d’ombres réalisés à partir d’une simple petite lampe de poche parviennent quant à eux à nous transporter tour à tour, et sans effort, dans des univers aussi différents que les champs de bataille ou l’atmosphère feutrée d’un soir de passion. Le tout est soutenu par le piano de Guillaume Martineau — présent sur scène —, qui devient personnage de cette puissante traversée identitaire. Fameux.

Fils de quoi ?

Une production du Théâtre de l’Avant-Pays. Texte et mise en scène : Marie-Christine Lê-Huu. Interprétation : Alexandre Nachi et Sasha Samar. Composition et musique sur scène : Guillaume Martineau. Diffusée par Autels Particuliers. Présentée jusqu’au 3 novembre à La Maison Théâtre.