Inondations: destruction massive de maisons anciennes en Beauce

Une maison de la Beauce en zone inondable, parmi celles qui sont appelées à être rasées prochainement
Photo: Gaston Cadrin Une maison de la Beauce en zone inondable, parmi celles qui sont appelées à être rasées prochainement

La destruction des maisons anciennes de la Beauce, sous prétexte qu’elles se trouvent en zone inondable, est faite de façon aveugle et irresponsable envers le passé autant que si l’on prend en considération l’avenir de cette région. Voilà en substance ce que dénonce, à Sainte-Marie-de-Beauce, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), un organisme de défense et de sensibilisation à l’aménagement du milieu qui oeuvre partout au Québec.

La situation apparaît particulièrement grave à Sainte-Marie-de-Beauce, selon Gaston Cadrin, vice-président du GIRAM. « C’est un peu triste de voir le niveau de culture qu’on a. En Europe, jamais on ne pourrait imaginer détruire l’ensemble d’un tissu urbain pour répondre à une menace d’inondation. C’est inimaginable de ne pas réfléchir davantage et mieux à ce qui peut être fait. »

À Sainte-Marie, regrette-t-il, ce sont environ 300 maisons qui vont être démolies, « dont environ 200 sont des demeures patrimoniales. » Il y a d’autres cas de démolitions à Vallée Jonction, à Saint-Joseph et à Beauceville.

Photo: Gaston Cadrin

Le ministère de la Culture a déjà expliqué que sa responsabilité était de s’occuper des immeubles classés sous son autorité. Une porte-parole du ministère a indiqué dans un courriel avoir offert son accompagnement aux propriétaires des biens patrimoniaux classés qui ont été sinistrés.

Le ministère soutient toutefois que la responsabilité de l’État est « d’abord d’assurer la protection des immeubles patrimoniaux classés » et que les municipalités ont aussi leurs responsabilités en matière de préservation du patrimoine. Dans le cas présent, le maire de Sainte-Marie a renvoyé la balle dans la cour du ministère de la Culture.

« Lendemains difficiles »

La façon dont on se permet de traiter la Beauce en ce moment pourrait être un coup fatal à l’âme de la région, estime le GIRAM, lequel s’est démené l’an passé pour tenter de faire classer le Château Beauce à Sainte-Marie. Le ministère de la Culture n’a finalement pas classé ce bâtiment, préférant prolonger d’une nouvelle année son étude.

« Les lendemains risquent, à terme, de s’avérer difficiles si on intervient sans réflexion, sans stratégie, sans appréhension du devenir collectif des gens dans son entièreté », avance Gaston Cadrin.

Le GIRAM estime que des îlots pourraient être préservés mais que la façon de faire constitue plutôt une « destruction massive et aveugle ».

Le groupe dénonce par ailleurs le fait qu’on ne récupère pas de matériaux du tout dans cette entreprise de destruction massive.

Les lendemains risquent, à terme, de s’avérer difficiles si on inter-vient sans réflexion, sans stratégie

« Le drame, c’est que ça ne relève pas de la seule fatalité, mais de décisions administratives douteuses », dit Gaston Cadrin en évoquant le sort de deux maisons de 1850 vouées au pic des démolisseurs ce vendredi. « On n’a même pas pris la peine de documenter l’existence de ces maisons avant de les détruire ! »

Le gouvernement du Québec a adopté, en juillet dernier, un décret qui délimite des zones d’interventions spéciales sur recommandation de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation pour des régions ayant subi de fortes inondations. « Mais on ne parle pas ici de chalets ou de résidences secondaires, mais bien des maisons aux fondements de toute l’histoire d’une région. »

Encore une fois, indique l’organisme, à l’occasion d’une conférence de presse tenue à Sainte-Marie, on fait table rase du passé au Québec, en croyant ainsi ouvrir les chemins de l’avenir. « Une collectivité ne peut impunément se débarrasser de ses lieux de mémoire. Le lieu de naissance d’une collectivité, c’est un marqueur dans la vie et la personnalité d’une personne ou d’une collectivité. »

Le GIRAM rappelle à cet égard les recommandations de l’UNESCO en la matière. « L’UNESCO demande que les gouvernements se donnent des stratégies pour l’immédiat, mais aussi pour le long terme. Et les coeurs de collectivités comme lieux de référence et lieux de mémoire, ça ne se rase pas sans qu’il y ait des conséquences majeures. »

Avec Guillaume Lepage