Festival du monde arabe: pour chanter utile

La soprano Oumaima El Khalil, célèbre de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient, investit tous les styles avec son répertoire original s’appuyant sur les textes des plus grands écrivains du monde arabe.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La soprano Oumaima El Khalil, célèbre de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient, investit tous les styles avec son répertoire original s’appuyant sur les textes des plus grands écrivains du monde arabe.

Dès ce soir et pour une vingtième édition, le Festival du monde arabe prend racine à la Place des Arts avec une programmation multidisciplinaire illustrant la richesse des cultures arabes, leurs courants musicaux d’hier à aujourd’hui, principalement. Et on ne saurait trouver meilleure ambassadrice de cette richesse que l’interprète libanaise Oumaima El Khalil.

La soprano, célèbre de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient, investit tous les styles avec son répertoire original s’appuyant sur les textes des plus grands écrivains du monde arabe. « C’est mon but : présenter ma voix dans tous les styles musicaux », indique l’attachante musicienne, qui se produira ensuite à Toronto.

Grands succès revisités

Elle revient à la rencontre de ses fans montréalais à nouveau accompagnée par son non moins célèbre mari, Hani Siblini, compositeur, chef d’orchestre et pianiste, « qui signe la plupart de mes musiques » en plus d’agir à titre de directeur musical de son tour de chant.

Oumaima El Khalil revisitera tous ses grands succès, dont ses interprétations des chansons traditionnelles Asfour et Ouhibouka Akthar, ainsi qu’une poignée de nouvelles compositions, accompagnée par un petit ensemble de musiciens syriens, libanais et canadiens.

L’art, partout, doit être engagé. S’il n’est pas engagé, à quoi bon ? Il faut se servir de l’art pour partager des idées et être libre. 

Seule absence au programme, pour des raisons logistiques : Matar, splendide poème symphonique enregistré en 2015 et qui nécessite la contribution d’un orchestre complet.Une adaptation musicale par le compositeur libanais Abdalla El-Masri d’un texte du mythique poète iraqien Badr Shaker Al Sayyab.

Trente-cinq majestueuses et poignantes minutes d’une oeuvre à classer dans la musique classique que l’interprète définit comme le moment le plus important de sa longue carrière, entamée lorsqu’elle n’avait que 12 ans sous la tutelle du célèbre auteur-compositeur-interprète Marcel Khalifé (à écouter ici) .

« Je suis très fière de présenter cette oeuvre, abonde la musicienne, fière d’avoir chanté pour cet immense compositeur arabe. On a longtemps travaillé sur ce poème, très connu dans le monde arabe et qui parle de la souffrance des Irakiens, du monde arabe, mais des êtres humains de partout dans le monde, n’importe qui devant faire face à la souffrance, à la mort, à l’absence de la famille. C’est un poème aussi sur la guerre qui ne rapporte jamais rien. »

Les festivaliers profiteront néanmoins du talent du compositeur El-Masri puisqu’il signe la musique d’une toute nouvelle chanson au programme de la Libanaise sur le thème de nos mères, une chanson qu’elle promet d’interpréter avec son protégé Ahmad Elkheir.

« Je suis très contente qu’il m’accompagne, puisque je trouve qu’il est de mon devoir de présenter de nouveaux talents dans le monde de la musique arabe. »

En attendant qu’elle revienne au Québec présenter avec orchestre ce grand poème symphonique, Oumaima, digne héritière de l’immortelle chanteuse libanaise Fairuz, s’assurera de nous parler de la vie au Liban à travers sa voix et des textes qu’elle choisit d’interpréter. « L’art, partout, doit être engagé, estime-t-elle. S’il n’est pas engagé, à quoi bon ? Il faut se servir de l’art pour partager des idées et être libre. »

Appui au peuple libanais

Être libre, le chanter haut et fort, le manifester aussi. Oumaima El Khalil était des récentes manifestations à Beyrouth, en appui au peuple libanais qui se solidarise depuis septembre pour manifester contre les mesures d’austérité et la corruption endémique au sein du gouvernement.

« C’est délicat. La vie est difficile au Liban », où une crise économique majeure provoque l’inflation et force le gouvernement à instaurer de nouvelles taxes draconiennes telles que la « taxe WhatsApp », du nom de la populaire application de messagerie téléphonique, la goutte ayant fait déborder le vase de la population.

« Mais les manifestations qui se déroulent partout au pays me paraissent être un rayon d’espoir malgré la gravité de la situation, abonde l’interprète. Parce que c’est la première fois de toute ma vie que j’assiste à une mobilisation qui n’est pas en lien avec tel ou tel parti, ou en lien avec les communautés. Ce combat n’est pas simplement celui des Arabes ou des chrétiens ou des Druzes, mais de tous les Libanais qui marchent ensemble » pour dénoncer les conditions socio-économiques qui rendent la vie si « grave, horrible. Le gouvernement a tout de même reculé [sur la taxe WhatsApp], pendant que le peuple avance. Espérons que la situation s’améliorera ».

À voir au FMA

Et la femme chanta Dieu

25 octobre, 20 h, théâtre Maisonneuve
Dernier volet d’une « trilogie du sacré » produite par le FMA, Et la femme chanta Dieu réunira sur scène 25 artistes de la musique et de la danse, toutes des femmes, avec à leur tête les chanteuses Françoise Atlan, Doraf Hamdani et Ghada Shbeir, sous la direction musicale de Katia Makdissi-Warren.

Cheb Anouar et Nadia Baroud

2 novembre, 20 h 45, salle Desilets (PDA)
Cheb Anouar, chanteur précoce, star du raï algérien depuis son enfance dans les années 1980, partagera la scène avec l’étoile de la Kabylie Nadia Baroud.

Abozerkry Project

8 novembre, 20 h, 5e Salle (PDA)
Alléchante proposition de fusion musicale avec le jeune virtuose égyptien de l’oud Mohamed Abozekry et le pianiste-compositeur jazz montréalais François Bourrassa. Les musiciens Patrick Graham, Erik Hove, Frédéric Alarie et Kevin Warren complètent le tout.

Raconte-moi la Syrie

16 novembre, 20 h, théâtre Maisonneuve
S’il est un pays qui a besoin d’être présenté autrement que par les conflits armés, c’est bien la Syrie, dont les richesses culturelles seront mises en scène dans cette création du FMA. Danse, poésie et projections multimédias appuieront le travail des chanteurs syriens Khaled Alhafez et Waed Bouhassoun.

Oum par elles, hommage à Oum Kalthoum

17 novembre, théâtre Maisonneuve
Dernière création du FMA réunissant sur scène les interprètes Farida Mohammed Ali (Irak), Yasmin Ali (étoile montante d’Égypte) et Meherzia Touil (Tunisie), accompagnées par l’ensemble OktoEcho sous la direction musicale d’Alexandre Grogg, le concert de clôture du festival rend hommage à l’icône de la chanson arabe Oum Kalthoum.

Oumaima El Khalil

2 novembre, 20h, Cinquième Salle, Place Des Arts