Les flâneurs


Odile Tremblay

Méditation philosophique au MAC
Je me suis offert plusieurs fois en boucle au Musée d’art contemporain Second-hand Reading, la remarquable vidéo d’animation (7 minutes) du Sud-Africain William Kentridge. Sur la belle musique triste de Neo Muyanga, des pages d’un livre se tournent, avec dessins d’encre fixes ou animés qui nous font pénétrer dans la tête d’un homme en marche (l’auteur) au fil de réflexions inspirées, de phrases du quotidien, des arbres et oiseaux croisés, ou des méditations sur le passé d’apartheid de son pays qui viennent le hanter. Poésie et ténèbres se croisent dans une vidéo d’art de lyrisme et d’introspection de très haut niveau.


Louise-Maude Rioux Soucy

Je suis Sissi

Quelle partition habile que celle assemblée par la dramaturge, scénariste et actrice Nathalie Doummar ! Pétrie de contradictions, sa Sissi (au texte comme à la scène) est tantôt brillante comme le soleil, tantôt fuyante comme l’eau vive. Entre ces deux pôles impossibles, la vie qui bat se déploie sur un ton empruntant autant au drame qu’à la comédie, tenue d’une main sûre par Marie-Ève Milot à la mise en scène. Ensemble, elles décorsettent la parentalité, le couple et l’immigration avec beaucoup d’esprit, faisant de Sissi un cadeau qui éclabousse La Petite Licorne de sa précieuse lumière.


Valérie Duhaime

Les fougères du bonheur

Depuis plus de 10 ans, Zach Galifianakis, l’un des fêtards des films Lendemain de veille, insulte les vedettes dans les capsules Web Between Two Ferns, produites par Funny or Die. Après y avoir malmené Barack Obama, Steve Carell, Hillary Clinton et Brad Pitt, c’est sur Netflix qu’il transporte le malaise. La websérie est désormais un film, où s’enchaînent les capsules dans un scénario de road trip complètement farfelu. La parodie y est presque un art : il y a tellement de niveaux de pastiche et d’ironie qu’il faut plusieurs écoutes pour tous les débusquer. Tant mieux.


Ralph Elawani

Nick Tosches, en rappel

Il était pour le rock’n’roll l’équivalent de Charon, le nocher du fleuve Styx. Il connaissait l’histoire de la Rome antique, la taille des chemises des mafieux, la force de frappe de Sonny Liston et le goût de l’opium. L’écrivain Nick Tosches, l’une des plus éminentes plumes de la langue anglaise, nous a quittés cette semaine à l’âge de 69 ans. Le scandaleux Jerry Lee Lewis, dont il avait rédigé la biographie — au péril de sa vie —, lui a survécu. Ce monde est profondément injuste. Dédions novembre à la relecture de son œuvre, en commençant par Country, les racines tordues du rock’n’roll (Allia).