Une braderie écoresponsable

Pour Anne de Shalla, présidente de la Grande Braderie, l’achat local et responsable est une tendance qui se manifeste de plus en plus dans le monde de la mode.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour Anne de Shalla, présidente de la Grande Braderie, l’achat local et responsable est une tendance qui se manifeste de plus en plus dans le monde de la mode.

La mode « responsable » : un sujet important, sachant que l’industrie de la mode est parmi les plus polluantes de la planète. « Selon un rapport de la Fondation Ellen Mac Arthur, l’industrie de la mode produit 53 millions de tonnes de fibres chaque année, dont plus de 70 % aboutissent dans des décharges ou des feux de joie et moins de 1 % sont utilisés pour fabriquer de nouveaux vêtements », écrit Anika Kozlowski, professeure en design de mode à l’Université Ryerson, dans « La mode détruit des vies et la planète », paru dans L’actualité en mai 2019. « La moitié de la production de mode jetable est éliminée en moins d’un an. »

Saviez-vous qu’il faut entre 7000 et 10 000 litres d’eau pour fabriquer un seul jeans ? Et que ce jeans fera le tour du monde avant d’aboutir dans une salle d’essayage à Montréal. Du champ de coton en Inde ou en Afrique où il naîtra jusqu’en Asie pour sa confection via la Turquie où il sera délavé… un long périple polluant.

En butinant mercredi soir entre les différents kiosques de la Grande Braderie de mode québécoise, on pouvait constater la prise de conscience citoyenne et le travail accompli en phase avec la protection de l’environnement par nos créateurs de mode.

Concernant les jeans justement, la compagnie Yoga Jeans fabrique ses pantalons en denim au Canada à 100 %. Selon l’entreprise installée à Saint-Côme-Linière, au Québec, la majorité des modèles sont faits de coton approuvé par l’organisation Better Cotton Initiative (BCI) qui promeut à travers le monde de meilleures normes dans la culture du coton, actuellement l’une des plus polluantes de l’industrie textile.

La mode n’est pas un vieux “schnock” assis sur une chaise à ne rien faire

Chez Message Factory, les tissus écologiques sont cultivés sans pesticides, herbicides ou autres produits chimiques. Bambou, lin, laine recyclée, denim biologique, chanvre… des tissus biodégradables qui se décomposent naturellement au fil du temps, sans qu’ils deviennent des déchets permanents ou dégagent dans l’air des gaz toxiques.

Passionnée par le tricot, et plus particulièrement par la fabrication de jolies tuques d’hiver, Sarah Beaudoin, fondatrice de Gibou, intègre des retraités qui travaillent passionnément à l’année dans son entreprise. Les valeurs de la créatrice : la confection locale, l’utilisation de fourrure strictement recyclée et la valorisation de matières nobles.

Abaka, un nouveau venu à la braderie, crée depuis 2002 dans son atelier boutique de Shawinigan des vêtements en accord avec la mouvance du slow-fashion. Adieu la production de masse ! Les vêtements sont fabriqués à la main par des couturières et couturiers à domicile et en manufacture de la région. Une production made in « Shawi » !

Et il y en a d’autres. Il faut faire le tour, prendre son temps, poser des questions. Le domaine de la mode c’est comme l’alimentation, on doit lire les étiquettes.

De la transparence

Pour Anne de Shalla, présidente de la Grande Braderie, l’achat local et responsable est une tendance qui se manifeste de plus en plus dans le monde de la mode. « Surtout chez les jeunes, qui ont une grande conscience des dangers qui menacent l’environnement. »

La Grande Braderie de mode québécoise permet donc les échanges directs entre le designer et le client. Être transparent est une clé.

« La pollution zéro n’existe pas », affirme Anne de Shalla, « mais les clients ont le droit de connaître la provenance des vêtements qu’ils achètent. Donc, pour qu’ils s’y retrouvent, nous avons créé il y a quelques années un système de pastilles de couleurs différentes en fonction de là où a été dessiné, échantillonné et fabriqué le vêtement. Côté écoresponsabilité, il y a encore beaucoup de travail à faire en mode. C’est un début. »

« La mode n’est pas un vieux “schnock” assis sur une chaise à ne rien faire, poursuit Anne de Shalla. Elle sait s’adapter à ce qui se passe. Si les produits ne sont pas exemplaires sous tous les aspects, les designers sont de plus en plus écoresponsables. »

Quelque 130 griffes et designers québécois en mode féminine, masculine, pour enfants, bijoux, accessoires, manteaux, lingeries seront de la fête. Une relève créative et plusieurs nouveautés aussi dont Drôle d’Oiseau, Étage, Pajar, Return Jeans… viennent s’ajouter cette année à cet événement couru par les fashionistas depuis 25 ans.

Selon plusieurs designers rencontrés à la Braderie, consommer local, acheter moins et de meilleure qualité, laver moins, seraient des gestes à considérer pour diminuer l’impact de la pollution environnementale causée par l’industrie textile sur la planète.

La Grande Braderie de mode québécoise

Au Marché Bonsecours, jusqu’à dimanche