«Chimpanzé»: seule avec ses souvenirs

Sur scène, manipulée avec une agilité étonnante par Rowan Magee, Andy Manjuck et Emma Wiseman, apparaît une femelle chimpanzé vieillissante.
Photo: Richard Termine Sur scène, manipulée avec une agilité étonnante par Rowan Magee, Andy Manjuck et Emma Wiseman, apparaît une femelle chimpanzé vieillissante.

Après l’avoir été à New York et à Charleville-Mézières, et avant de l’être à Londres, la plus récente création de Nick Lehane, marionnettiste végane basé à Brooklyn, est présentée ces jours-ci à Montréal, plus précisément Aux Écuries. Avec Chimpanzé, un spectacle sans paroles de 60 minutes pour trois manipulateurs hors pair et une superbe marionnette de singe grandeur nature, le créateur livre un vibrant plaidoyer en faveur de la reconnaissance des émotions animales.

Inspiré de faits réels, le spectacle interroge les tenants et les aboutissants de la relation affective entre l’animal et l’humain. Il est question de laboratoire et de souffrance, d’isolement et de solitude, mais plus encore de la résistance qui s’exerce dans notre société lorsqu’il s’agit d’admettre que les animaux humains et non humains ont énormément en commun. Le primatologue et éthologue néerlandais Frans de Waal estime que si nous ne reconnaissons pas chez les animaux ces émotions prétendument réservées aux humains, « nous risquons de passer à côté de quelque chose de fondamental, tant à propos des animaux que de nous-mêmes. »

Sur scène, manipulée avec une agilité étonnante par Rowan Magee, Andy Manjuck et Emma Wiseman, apparaît une femelle chimpanzé vieillissante. Seule, prisonnière d’une cage, elle n’a que ses souvenirs pour échapper momentanément à la froideur du métal, à l’intransigeance des néons, à la violence de la solitude, en somme à la tristesse de son sort. Grâce à une riche conception sonore et de judicieux changements d’éclairages, on bascule habilement dans les réminiscences de l’animal, succession de tableaux attendrissants d’une enfance heureuse vécue au sein d’une famille d’êtres humains.

Lorsque les manipulateurs à vue entrent pour ainsi dire dans l’action en campant des humains bienveillants, affectueux, difficile de retenir ses larmes. Quand ces mêmes individus incarnent des êtres cruels, brimant les droits fondamentaux de l’animal, on pleure à nouveau, mais cette fois de colère, d’impuissance. Avec une grande finesse, et un savoir-faire indéniable, le spectacle de Nick Lehane démontre, sans didactisme ni prosélytisme, en s’appuyant sur l’immense pouvoir d’évocation de la marionnette, à quel point les animaux sont des êtres sensibles qui doivent être respectés et aimés.

Chimpanzé

Création, mise en scène, scénographie et marionnettes : Nick Lehane. Une présentation de Casteliers. Aux Écuries jusqu’au 18 octobre.