Musée de la civilisation: une connectivité permanente

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Le numérique fait partie d’un débat citoyen, car il soulève des questions éthiques et légales.
Photo: Musée de la civilisation Le numérique fait partie d’un débat citoyen, car il soulève des questions éthiques et légales.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Bien implanté dans notre quotidien, le numérique a plongé nos sociétés dans un profond bouleversement, faisant miroiter à l’humanité un potentiel augmenté. Pour sa rentrée automnale, le Musée de la civilisation brosse un portrait de ces changements vertigineux avec son exposition La tête dans le nuage qui débute à la fin novembre.

À une époque où nos existences se racontent désormais dans un langage gouverné par les algorithmes, il fait bien de revenir un peu en arrière et de refaire l’histoire. Présentée en cinq zones, l’exposition accorde d’abord une attention au côté historique de cette révolution. De l’apparition de l’écriture à la création du iPhone, on s’attarde sur les innovations technologiques qui ont jalonné la trajectoire humaine.

« Ce qu’on veut faire avec nos publics, c’est de les inviter à réfléchir à la révolution numérique qui touche le monde entier, déclare Stephan Laroche, directeur du Musée de la civilisation. Tout le monde sait un peu ce qu’est le numérique, mais peu de gens savent vraiment ce que ça implique et que cela touche nos vies professionnelles comme nos vies privées. »

Cette notion d’intimité est explorée dans la zone nommée « Rien à cacher ». Parmi les propositions, on retrouve l’artiste Rafael Lozano-Hemmer et sa projection Zoom pavillon créée en 2015. L’installation interactive est basée sur un système de surveillance. Grâce à des algorithmes de reconnaissance faciale, la présence des visiteurs est détectée, ainsi que leur relation spatiale.

Sans être « technophile ou technophobe », La tête dans le nuage met en lumière des questionnements sur l’utilisation de données, la surabondance de l’information, la présence et le profilage virtuels et bien sûr la robotisation. Pour l’occasion, l’artiste québécois Bill Vorn a mis sur pied une installation robotique avec laquelle les visiteurs pourront interagir, annonce M. Laroche. « Les œuvres présentées sont souvent immersives ou participatives et elles vont démontrer à la fois la beauté et les prouesses que le numérique arrive à nous faire réaliser, mais elles amènent un certain nombre de réflexions », souligne-t-il.

Comme la fracture numérique, par exemple, qui met en perspective une certaine inégalité, selon le directeur. « Dans les grandes villes comme Québec ou Montréal, c’est assez facile d’avoir accès à de la haute vitesse, mais ce n’est pas le cas partout sur la planète, et ce n’est même pas le cas partout au Québec parce que dans le Grand Nord ou dans des régions plus éloignées, ça reste encore un défi. »

Le numérique fait partie d’un débat citoyen, car il soulève des questions éthiques et légales. « On dit souvent que le numérique est gratuit, mais il y a une monnaie d’échange, qui est nos données personnelles. Alors, qu’est-ce que les entreprises font avec tout ça ? » se demande M. Laroche.

Un morceau de société

Le Musée de la civilisation se présente comme un musée populaire, accessible à tous et intergénérationnel. « Il y en a pour les érudits comme il y en a pour les néophytes, affirme M. Laroche. Tout le monde est heureux en sortant du musée parce que tout le monde a appris quelque chose, a réfléchi et a eu du plaisir. » C’est une préoccupation qui est au cœur de la mission d’un musée de société, selon le directeur.

Broue. L’homme des tavernes, qui donnera le coup d’envoi à la programmation automnale, le 30 octobre prochain, est la preuve de cette variété de thématiques, car elle revisite un tout autre monde, celui des tavernes des années 1970.

L’exposition révèle l’envers du décor de la pièce de théâtre du même nom qui est un phénomène en soi. Présentée pour la première fois en 1979, elle fait partie du livre de record Guinness comme étant la pièce la plus jouée par la même troupe de comédiens : Michel Côté, Marcel Gauthier et Marc Messier. Ceux-là mêmes qui ont fait don au musée de l’ensemble des décors, des costumes et des accessoires de la pièce qu’ils auront jouée pendant près de 40 ans.

À travers ce corpus théâtral, le visiteur pourra admirer une série de 65 photographies en noir et blanc réalisées en 1973 par le photographe québécois Alain Chagnon. « Elles démontrent en fait tous les aspects sociaux, communautaires préoccupants de l’époque, indique Stephan Laroche. Les hommes qui se retrouvaient dans ces tavernes cherchaient une forme d’amitié, d’affection qu’ils n’arrivaient pas à trouver ailleurs, semble-t-il, donc il y avait une solitude. Il y a aussi les questions de l’alcoolisme et de l’itinérance qui sont abordées. »

Même différentes, ces deux expositions partagent tout de même une portée sociale. On y aborde l’humain du passé, du présent et certainement du futur.

La tête dans le nuage

Au Musée de la civilisation, du 28 novembre 2019 au 3 janvier 2021

Broue. L’homme des tavernes

Du 30 octobre 2019 au 3 janvier 2021