Musée national des beaux-arts du Québec: de l’art pour tous les sens

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
La rétrospective débute par plusieurs œuvres aux couleurs vives et réalisées en matières souples.
Photo: Idra Labrie  MNBAQ La rétrospective débute par plusieurs œuvres aux couleurs vives et réalisées en matières souples.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cet automne, le Musée national des beaux-arts du Québec présente la première rétrospective muséale consacrée à COZIC, un duo créatif franco-québécois qui s’est imposé au fil des ans comme une figure incontournable de l’art contemporain. Signée par la commissaire invitée Anne De Blois, l’exposition s’intitule COZIC. À vous de jouer. De 1967 à aujourd’hui et propose plus d’une centaine d’oeuvres à voir… ou à tâter !

COZIC, c’est l’entité à quatre mains imaginée par Monic Brassard et Yvon Cozic, un couple d’artistes pluridisciplinaires qui s’est rencontré en 1960 à l’École des beaux-arts de Montréal.

Œuvrant sous cette appellation depuis 1967, le duo a connu un parcours prolifique. Sa production artistique, caractérisée par une approche ludique et l’usage de matériaux inhabituels, comme la peluche, la styromousse ou le bois de construction, a indéniablement contribué au décloisonnement disciplinaire des arts visuels au Québec.

Malgré son apport important, le duo n’avait encore eu droit à aucune rétrospective muséale.

« On a eu l’idée [de cette rétrospective] grâce à une simple rotation d’œuvres », relate Annie Gauthier, directrice des collections et des expositions du MNBAQ.

Elle explique qu’en 2017, l’œuvre Chenille verte, de COZIC, a dû être retirée d’une exposition par mesure de conservation préventive. Ne possédant pas d’équivalent dans sa collection, le musée a approché le duo en espérant qu’il aurait une œuvre de la même époque à lui proposer.

« On est allé les rencontrer et on est tombé dans le plat de bonbons, raconte Mme Gauthier en riant. On a découvert plusieurs œuvres qui ne faisaient pas partie de collections privées ni publiques. On trouvait ça important de les montrer au public et c’est comme ça qu’on a décidé d’en faire une exposition. »

Un parcours en cinq décennies

Conçue de manière chronologique, la rétrospective consacrée à COZIC débute en 1967 et se déploie sur cinq décennies. Réunissant une centaine de pièces, elle conjugue dessin, pliage, couture, sculpture et installation. Très accessible, elle traduit habilement l’esprit ludique qui anime le duo.

Au commencement du parcours, on trouve plusieurs œuvres réalisées en matières souples.

De couleurs vives et conçues avec des matériaux industriels, elles évoquent certains mouvements contemporains, dont le pop art et l’antiforme.

« Ces œuvres-là remettent vraiment en question le statut de l’objet, indique Mme Gauthier. On a des œuvres en textile, des œuvres à manipuler, à toucher, à sentir. Elles sont autant au sol que suspendues au plafond, aux murs ou installatives. C’est vraiment très éclaté ! »

La seconde partie de l’exposition est consacrée à la fin des années 1970 et aux années 1980. Elle met en lumière l’obsession de COZIC pour la « cocotte » en origami, un pliage rappelant la silhouette d’une poule, et explore le thème de l’appropriation.

 
Photo: Idra Labrie  MNBAQ

« C’est dans cette section qu’on retrouve la très belle œuvre A cocotte a Day Keeps the Obsession on the Way. Cette œuvre-là est un peu comme un journal intime, parce que, chaque jour pendant une année, les artistes ont utilisé des bouts de papier, comme des cartons d’invitation ou des comptes d’électricité, pour la créer. Elle nous donne accès à leur intimité et à leur processus créatif d’une manière très intéressante », commente la directrice.

Le parcours se poursuit dans un atelier qui cherche à reproduire celui de COZIC. On y trouve toutes sortes de petites sculptures, d’objets inusités, de documents et de curiosités qui offrent une plongée dans l’univers créatif du duo.

La quatrième partie de la rétrospective est campée dans les années 1990. Des sculptures qui témoignent de l’intérêt de COZIC pour l’occupation de l’espace y sont exposées.

« Il y a de nouveaux matériaux qui arrivent, comme le bois et le métal. Il y a aussi des œuvres lumineuses. Même si la production est très différente en matière d’esthétique, on retrouve des clins d’œil aux autres époques », souligne Mme Gauthier.

La dernière zone de l’exposition réunit quant à elle des œuvres créées au cours des deux dernières décennies. Elles abordent avec une touche d’humour bienveillant des thèmes comme la spiritualité, la métaphysique et le sens de la vie. On y trouve nommément quelques pièces du projet Code couronne de COZIC, lequel explore la question de la codification du langage écrit.

Fait intéressant, l’exposition propose un parcours audio commenté par Monic Brassard et Yvon Cozic.

« Il ne s’agit pas d’un parcours linéaire traditionnel où chaque œuvre est décrite, relève Mme Gauthier. Les artistes discutent entre eux, nous livrent leurs impressions et parlent de ce qui rassemble les œuvres, ce qui fait qu’on a vraiment l’impression d’avoir accès à eux. »

COZIC. À vous de jouer. De 1967 à aujourd’hui

Au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 5 janvier 2020