Le MBAM s’offre un voyage dans le temps

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Masque en cartonnage qui date de la fin de l’époque ptolémaïque-début de l’époque romaine.
Photo: © The Trustees of the British Museum Masque en cartonnage qui date de la fin de l’époque ptolémaïque-début de l’époque romaine.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) accueille cet automne entre ses murs six personnes momifiées de l’Égypte ancienne. Mêlant arts et science, cette exposition présente en outre quelque 240 artefacts qui aident à la mise en contexte de leur quotidien. Une grande première nord-américaine en provenance du British Museum.

Avec Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, le public du MBAM prend part à un voyage dans le temps, reculant de quelques millénaires pour découvrir la vie de six personnes ayant vécu le long du Nil entre 900 avant l’ère commune (AEC) et l’an 180 de notre ère.

Parmi elles, Tamout, femme d’âge moyen. Sa momie révèle de nombreuses amulettes placées sur sa peau par les prêtres-embaumeurs. Elle aurait vécu au cours de la Troisième Période intermédiaire, au début de la XXIIe dynastie, vers 900 avant notre ère. Il y a aussi Irthorrou, grand prêtre du temple d’Akhmim, chargé de vêtir le dieu Min, également le maître des secrets. Sa momie témoigne des particularités d’une vie passée au service des dieux, ainsi que du pouvoir des prêtres de son rang. Adulte d’âge moyen, Irthorrou a vécu à la Basse Époque, lors de la XXVIe dynastie, soit environ 600 ans avant notre ère. On peut aussi voir la momie d’un enfant, Hawara, qui vivait pendant la période romaine. Le soin avec lequel on l’a préparé pour la vie éternelle illustre une vénération nouvelle des enfants, rarement momifiés auparavant. Celui-ci est décédé vers l’âge de deux ans, dans les années quarante-60 de notre ère.

Tomodensitométrie

« Nous sommes honorés d’accueillir ces témoins exceptionnels de notre antiquité commune pour qu’ils nous racontent leurs cultures, leurs métiers, leurs croyances et leurs souffrances, confie Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM. Pour qu’ils partagent leur vie avec nous. Grâce à leurs témoignages directs et aux recherches croisées entre plusieurs disciplines scientifiques, telles que l’anthropologie ou l’égyptologie, nous pouvons remonter au temps d’une civilisation remarquable. »

Jusqu’à récemment, très peu d’informations étaient disponibles au sujet de la vie et de la mort des personnes momifiées. Leur étude n’était possible qu’à condition de défaire leurs bandelettes, un processus invasif proscrit par les musées. Avec le développement de techniques d’imagerie médicale de pointe, leur examen s’effectue maintenant par tomodensitométrie (image tridimensionnelle par scanographie).

« Nous avons virtuellement enlevé toutes les bandelettes, explique Daniel Antoine, co-commissaire de l’exposition et conservateur de bioarchéologie au British Museum. Nous avons ainsi pu acquérir un nouveau point de vue sur la vie et la mort en Égypte ancienne tout en préservant l’intégrité des momies. »

Des techniques d’embaumement utilisées dans la conservation des corps à l’état de santé de ces personnes au moment du décès, en passant par la vie quotidienne, le régime alimentaire, les cultes ou les rites funéraires, l’exposition lève le voile sur la manière dont les Égyptiens vivaient aux abords du Nil il y a plus de 2000 ans.

Hommage à McEwen

Jusqu’au 2 février 2020, le MBAM rend par ailleurs hommage au peintre Jean McEwen (1923-1999) à l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition. Dévoilées dans une galerie tout juste rénovée du pavillon Michal et Renata Hornstein, une vingtaine d’œuvres — peintures et œuvres sur papier datant de 1951 à 1998 — offrent un aperçu de la pratique distinctive de Jean McEwen : l’exploration de la surface picturale par l’application de couches successives de peinture qui exploite l’expressivité de la couleur dans un espace circonscrit. Dénouant à sa manière la dualité entre couleur et structure, l’artiste organise ses champs colorés avec une grande rigueur spatiale et explore ainsi le plein potentiel de la couleur et de la dynamique espace/plan.

D’ici la fin de l’année, le Musée des beaux-arts proposera également trois autres expositions. Obsession dévoilera la collection de céramiques japonaises de sir William Van Horne. L’homme, dont la renommée est surtout attribuable à sa contribution à la construction du chemin de fer Canadien Pacifique, a assemblé une collection de plus de 1200 objets de céramique japonaise, l’une des plus complètes en Amérique du Nord.

Avec l’exposition Les atomes qui sont les miens ne t’appartiennent pas moins, le MBAM mettra ensuite à l’honneur une sélection de toiles tirées de la collection de l’homme d’affaires ontarien, collectionneur et mécène W. Bruce C. Bailey. Enfin, Volte-face mettra en vedette les photographies de Cindy Sherman, Laurie Simmons et Rachel Harrison de la collection de Carol et David Appel.

Le Musée en partage fête ses 20 ans

« Des groupes sociocommunautaires et des publics de plus en plus variés fréquentent nos collections, nos expositions temporaires et nos espaces éducatifs, souligne Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM. Désormais, le MBAM est leur musée. »

Depuis son lancement en 1999, le programme Le Musée en partage du MBAM a permis à plus de 275 000 personnes vulnérables de bénéficier gratuitement d’une multitude d’activités artistiques conçues sur mesure pour elles. Fruit d’un échange d’expertises entre les équipes du Musée des beaux-arts et plus de 600 OBNL, CLSC et hôpitaux, Le Musée en partage est devenu un modèle d’engagement communautaire, de diversité, d’accessibilité et d’inclusion dans le monde muséal.

Ce programme propose en effet de nombreuses activités gratuites — visites guidées des collections, ateliers artistiques animés par des médiateurs ou des art-thérapeutes, concerts spéciaux, etc. — adaptées aux besoins et aux intérêts des personnes qui vivent des situations difficiles. Elles leur permettent de tisser des liens d’amitié tout en leur redonnant confiance en elles et en ravivant leur créativité.

« Nos médiateurs observent au quotidien l’effet réel que l’expérience artistique peut avoir sur des personnes vulnérables, indique Thomas Bastien, directeur de l’éducation et du mieux-être au MBAM. Et cela nous motive à rendre l’art accessible à tous. »

À l’occasion de cet anniversaire, Bell renouvelle son soutien envers ce programme en faisant un don de 1 million de dollars répartis sur cinq ans. Ainsi, « encore plus de personnes habituellement exclues de l’expérience culturelle auront l’occasion de bénéficier des effets positifs de l’art », conclut Mme Bondil.

Momies égyptiennes: passé retrouvé, mystères dévoilés

Au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 2 février 2020