LatinArte: l’identité montréalaise, au-delà de la «diversité»

Jérôme Sordillon. Les modèles de l’exposition voient leur personne et leur art complètement réinventés à travers l’œil imaginatif du photographe montréalais Damián Siqueiros.
Photo: Damián Siqueiros Jérôme Sordillon. Les modèles de l’exposition voient leur personne et leur art complètement réinventés à travers l’œil imaginatif du photographe montréalais Damián Siqueiros.

Les pieds dans un étang, le corps quasi éclipsé par la fumée et les arbustes, ou bien à cheval en pleine prairie : les modèles de l’exposition photo Montréal, terre d’artistes voient leur personne et leur art complètement réinventés à travers l’oeil imaginatif du photographe montréalais Damián Siqueiros.

Celui-ci tiendra une visite guidée de sa propre exposition samedi après-midi, dans le cadre du festival LatinArte — cette visite conférence s’inscrit aussi dans la programmation des Journées de la Paix, qui en sont à leur cinquième édition.

D’abord commissionnée par le Conseil interculturel de Montréal (CIM) dans le cadre du 375e anniversaire de la ville, l’exposition sera ainsi remise à l’honneur au coeur de la programmation de ce festival se voulant une vitrine sur la culture et les créateurs latino-américains — un choix de sa directrice générale, Angela Sierra.

« Je pense qu’Angela a su percevoir le potentiel dans ces collaborations, entre les artistes, [Mariza Rosales Argonza, commissaire], et moi, pour vraiment aller au-delà d’un portrait de studio et faire quelque chose qui ressemblait plus à un portrait environnemental, écologique de leur travail », affirme le photographe.

Partout dans le monde, l’identité culturelle de beaucoup de villes internationales est composée par des artistes issus de différentes communautés ethniques

Le projet comprend treize portraits d’artistes montréalais issus de l’immigration — qu’elle soit récente ou historique. Parmi les têtes d’affiche se distinguent entre autres Scott MacLeod, Claudia Chan Tak, Jérôme Sordillon, Steve Bastien… La thématique de chaque image est intimement liée à son sujet, et donc le résultat est haut en couleur et lourd de sens, une caractéristique notable de l’approche du photographe.

« Ça fait longtemps que je travaille avec ce style ; par contre, pour moi, la première inspiration, surtout si c’est un portrait, c’est la personne qui est devant moi, explique Damián Siqueiros. C’est reconnaître l’humain devant moi, et au lieu d’imposer un regard sur cette personne-là, j’essaie plutôt [d’avoir une] conversation avec cette personne. »

Le coeur du projet, fait remarquer le photographe, est sa représentation de l’identité culturelle de Montréal. Ici, le mot-clé est représentation — et non diversité, comme on a l’habitude d’entendre. C’est voulu. « Je comprends l’utilisation du mot “diversité”, mais maintenant, j’essaie de changer ça plus pour [parler de] représentation culturelle, ou la différence culturelle, admet l’artiste. J’aime bien présenter ces personnes comme faisant partie de la réalité montréalaise, ou de la réalité globale. Ce n’est pas seulement à Montréal, mais partout dans le monde ; l’identité culturelle de beaucoup de villes internationales est composée par des artistes issus de différentes communautés ethniques. »

Ainsi, l’usage du mot « diversité », selon lui, a la mauvaise habitude de distinguer les communautés culturelles de la ville comme étant autres, étrangères ; des communautés à l’écart de notre société.

Photo: Damián Siqueiros Alice Tran

« Dans ce sens-là, pour moi, [la représentation culturelle], c’est plutôt l’idée de présenter ces groupes de personnes comme notre réalité, ce qui enrichit l’identité des Montréalais, au lieu de la présenter comme quelque chose qui va au-delà de l’identité québécoise. »

N’empêche, dans les dernières années, des progrès ont été faits au sein du paysage culturel québécois pour ainsi créer un espace de manifestation de ce qu’il voit comme étant une richesse culturelle. « Je pense que cet espace est créé, mais je pense qu’on doit le regarder différemment, insiste-t-il. Je pense qu’on doit le regarder encore comme étant le corps, l’âme de notre ville, de notre identité, et le présenter comme tel. »

Au-delà des stéréotypes

L’identité de la ville, dans sa richesse, se traduit aussi à travers le travail de Damián Siqueiros dans son ensemble, ajoute-t-il. « Ma création artistique s’est inscrite d’abord en relation avec les valeurs montréalaises, mais aussi les valeurs globales d’inclusion, de justice, de compassion, d’altruisme, d’amour pour l’environnement. Des choses que je trouve encore très présentes dans cette culture [montréalaise]. »

Comme Siqueiros est mexicain d’origine, s’installer à Montréal fut donc naturel pour lui. « Le fait de travailler à Montréal me permet justement d’explorer toutes ces thématiques, y compris cette relation avec un multiculturalisme auquel peut-être, au Mexique, je n’aurais pas eu accès. Pas de la même façon, en tout cas. »

Il tient d’ailleurs à souligner que présenter Montréal, terre d’artistes dans le cadre du Festival LatinArte, célébrant la culture et les artistes latinos de la ville, permet tout autant de briser les stéréotypes entourant cette communauté culturelle en particulier.

« Ce qui est important, c’est justement de voir qu’on peut aller au-delà du paradigme de ce que la culture latine représente. Je sais que parfois, il y a beaucoup de gens très bien intentionnés qui pensent que la culture mexicaine ou latina, c’est très festif… Le fait de faire cette petite conférence, c’est l’idée justement d’aller au-delà de ces paradigmes. »

« C’est sûr que […] ça fait partie de notre culture, mais on va aussi au-delà de ça, affirme-t-il des artistes de sa communauté. On est capables de produire des pensées complexes, de l’art conceptuel, par exemple, ou d’avoir des influences globales. »

LatinArte en bref

Outre la visite guidée de Montréal, terre d’artistes, la 11e édition du festival LatinArte offre une multitude d’activités s’étalant jusqu’à la fin du mois — cette année, le Mexique est à l’honneur. On pense notamment à l’exposition Permanence et transfiguration, du sculpteur Carlos Rojas, redonnant une vie moderne à l’art ancestral mexicain au Musée des maîtres et artisans du Québec, ou encore à la Feria de LatinArte, une immense fête extérieure prenant place ce dimanche après-midi au Parc olympique. Finalement, une soirée cinéma mettant à l’honneur les communautés autochtones de l’Amérique du Nord se déroulera lors de la dernière soirée du festival, le 30 octobre prochain, au Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Montréal, terre d’artistes

Métro Champ-de-Mars, samedi, 14 h.