La France déterminée à faire payer Google

Le ministre français de la Culture, Franck Riester, a visité jeudi l’exposition <em>À table! Le repas français se raconte</em> au musée Pointe-à-Callière en compagnie de son homologue québécoise, Nathalie Roy, et du pâtissier Christian Faure.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministre français de la Culture, Franck Riester, a visité jeudi l’exposition À table! Le repas français se raconte au musée Pointe-à-Callière en compagnie de son homologue québécoise, Nathalie Roy, et du pâtissier Christian Faure.

Que ce soit par la discussion ou par des voies juridiques, la France compte bien convaincre Google et les grands acteurs du numérique de respecter le nouveau « droit voisin » qui forcerait des redevances aux éditeurs de presse.

C’est ce qu’a expliqué au Devoir le ministre français de la Culture, Franck Riester, à deux jours de sa visite dans les bureaux new-yorkais du géant de la recherche en ligne.

Le Parlement français a adopté en juillet l’instauration d’un « droit voisin » destiné aux éditeurs de presse et aux agences de presse, afin que ceux-ci puissent récolter une part des revenus que les gros acteurs comme Google — sur sa section Actualités — et Facebook génèrent grâce au contenu journalistique.

L’Union européenne a établi une directive en ce sens, que chaque pays appliquera à sa façon dans sa juridiction. Ces revenus viendraient grandement aider une industrie médiatique en crise.

Le hic, et il est majeur, c’est que Google a affirmé qu’elle n’avait pas l’intention de payer pour le contenu référencé sur son moteur de recherche. Une approche que le ministre Riester, de passage à Montréal jeudi, a qualifiée une fois de plus « d’inacceptable ».

« Je suis déterminé à ce que ces lois soient appliquées, et elles nous semblent applicables. Et en même temps, ça doit se faire dans la discussion et la compréhension mutuelle. C’est pour ça que j’ai rencontré le numéro 2 de Google à Paris et que je vais rencontrer des responsables de Google à New York, samedi. »

Pour les convaincre, Franck Riester, qui est en poste depuis tout juste un an, ne rejette pas l’utilisation de leviers juridiques. « Est-ce qu’il y a abus de position dominante ? Est-ce qu’ils respectent la loi telle qu’elle a été définie ? Comme c’est une nouvelle loi, peut-être qu’il faut qu’une jurisprudence interprète de façon très précise la loi… »

En France, la réaction de Google a été de retirer sur sa section Actualités l’affichage de l’extrait du texte — appelé snippet dans le jargon anglophone —, ne laissant que le titre de l’article vers lequel le lien renvoie.

« Ils ont besoin de ces contenus de presse, insiste le ministre Riester. À un moment donné, si tous ceux qui leur permettent d’avoir accès à ces contenus disent “stop, vous n’y aurez accès que si vous nous rémunérez justement”, en plus des marges juridiques, ça peut être en mesure de contraindre ces acteurs-là de financer la création d’une certaine façon. »

L’adoption de ce nouveau « droit voisin » a été faite en raison des inquiétudes de la France quant à l’avenir des entreprises de presse, dont les revenus publicitaires ont été abondamment siphonnés par les GAFA — Google, Amazon, Facebook et Apple.

« Dans ce monde de l’image, dans ce monde où les informations arrivent de toute part, on n’a jamais eu autant besoin d’avoir de l’information de qualité, de l’information professionnelle », a justifié le ministre français de la Culture, en visite au musée Pointe-à-Callière avec son homologue québécoise, Nathalie Roy.

Réforme de l’audiovisuel

En marge de cette lutte française en faveur de la presse écrite, le gouvernement d’Emmanuel Macron a aussi mis de l’avant une réforme de l’audiovisuel, chapeautée par le ministère de Franck Riester.

En plus d’une refonte des institutions de régulation et de financement, ce dernier veut rassembler sous un même holding France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel. Le tout serait donc sous une même entité appelée France Médias.

« L’idée, c’est de les regrouper dans un holding public, pour tenir compte de l’usage que les gens font du numérique », c’est-à-dire de consommer sur toutes sortes d’appareils à toutes sortes de moments.

Parmi les éléphants dans la vaste pièce du monde numérique, il y a bien sûr Netflix, admet le ministre.

« Il faut donner à ces entreprises [de France Médias] les moyens de s’adapter aux usages. C’est ce que font les groupes privés dans l’audiovisuel, c’est ce que font les groupes publics dans la plupart des pays, soit se regrouper pour faire une offre dite 360. On a besoin d’avoir une offre numérique en matière de jeunesse, en matière d’éducation, en matière d’audiovisuel extérieur, qui répond aux attentes de tous ces publics. »