Le propriétaire de la maison d’enfance de René Lévesque est exproprié

La maison dans laquelle l’ancien premier ministre québécois René Lévesque a passé une partie de son enfance, à New Carlisle, en Gaspésie, n’a pas fait l’objet de rénovations substantielles depuis de nombreuses années.
Photo: Euchariste Morin Ministère de la Culture et des Communications La maison dans laquelle l’ancien premier ministre québécois René Lévesque a passé une partie de son enfance, à New Carlisle, en Gaspésie, n’a pas fait l’objet de rénovations substantielles depuis de nombreuses années.

Le ministère de la Culture est autorisé, par un décret du gouvernement, à exproprier en Gaspésie, dans le village de New Carlisle, le propriétaire de la maison d’enfance du premier ministre René Lévesque.

Depuis plusieurs années, les défenseurs de la mémoire de celui qui fut tour à tour correspondant de guerre, journaliste vedette, ministre responsable de la nationalisation des ressources électriques, fondateur du Parti québécois puis premier ministre du Québec se plaignent du peu de cas qui est fait de cette maison.

Le décret d’expropriation apparaît aux rubriques de la Gazette officielle du Québec publiée mercredi. Il s’agit d’une appropriation par l’État qui se fonde sur la Loi sur le patrimoine culturel.

L’immeuble était déjà classé, aux termes de la loi de l’État québécois, mais sa dégradation se poursuivait depuis plusieurs années. Cette acquisition, selon le gouvernement, « favorisera la protection, la mise en valeur et la transmission de ce bien patrimonial classé ».

En 1989, l’État québécois avait d’abord refusé de consacrer les lieux de l’enfance du père de la nationalisation de l’électricité comme un symbole à préserver. La municipalité ne souhaitait pas en faire davantage, par crainte, disait-elle, d’« aviver des tensions sociales ».

Même si elle jouissait officiellement de la considération de l’État depuis 1995 et qu’elle avait fini par être classée, en 2012, « immeuble patrimonial », il aura fallu attendre 2017 pour que le ministère de la Culture lance un processus légal afin d’en assurer une vraie protection. Le Ministère affirmait alors ne détenir aucun rapport sur l’état réel du bâtiment placé sous sa protection.

Bâtie en 1905, acquise par l’avocat Dominique Lévesque, père de René Lévesque, cette maison doit son intérêt principal à l’enfant qui s’y est trouvé. Mais elle a dépéri durant de longues années, malgré l’attention publique dont elle est l’objet. Le lieu n’a pas fait l’objet de rénovations substantielles depuis de nombreuses années.

Dernier recours

L’expropriation survient en dernier recours puisque les démarches pour négocier avec le propriétaire du lieu ont échoué à répétition. L’État n’a pas chiffré la coût financier de son intervention. Le Ministère peut administrer le bâtiment ou en confier la gestion à un organisme subventionné qu’il juge susceptible de s’en acquitter.

Coeur du projet commémoratif de la mémoire de l’ancien premier ministre dans son village natal, la protection effective de la maison faisait défaut. Cette situation était dénoncée depuis plusieurs années.

La Fondation de la Maison René-Lévesque a inauguré cet été l’Espace René-Lévesque, un arrêt touristique qui relate l’enfance de l’homme politique. Il a pour fonction de faire valoir la contribution à l’histoire de ce personnage, tout en valorisant son inscription dans l’expérience locale. Autour d’un bâtiment neuf rectangulaire, on présente la vie de l’ancien premier ministre dans une suite de stations qu’accompagnent des audioguides.

Le projet total a coûté 2,2 millions de dollars. Le gouvernement fédéral avait accordé en 2017 une subvention de 750 000 $ à la Fondation de la Maison René-Lévesque pour soutenir la création de son circuit patrimonial. Environ 550 000 $ proviennent d’une contribution de l’État québécois. Diverses entreprises ont contribué au reste du financement.

On ignore pour l’instant les coûts prévus pour la restauration de la maison natale de René Lévesque, décédé à l’Île-des-Soeurs en 1987.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que René Lévesque est décédé en 1988, a été modifiée.