Les flâneurs

Odile Tremblay

La morsure de Chienne

Chapeau bas à Chienne, le premier roman de Marie-Pier Lafontaine, publié chez Héliotrope. Pour sa force, sa colère, son art de plonger au cœur de l’horreur, en enfonçant le couteau dans la plaie vive. Ce récit en plusieurs temps d’une ex-enfant martyre soumise comme sa sœur aux violences sexuelles et physiques d’un père omnipotent, glace les sangs. L’urgence du style, par la description clinique des sévices atroces subis, est celle d’une grande écrivaine et d’une femme meurtrie à vie. Nul discours ne peut mieux démontrer les séquelles de la tyrannie subie en bas âge que ce livre coup-de-poing.


Félix Deschênes 

Réjouissante punition

La prémisse est simple, la démarche est exempte d’artifices. Dans le documentaire radiophonique La punition, deux ex-détenus échangent des souvenirs de leur passage derrière les barreaux, réfléchissant avec une honnêteté désarmante sur la liberté et sur le temps, par-delà de savoureuses anecdotes. Lancée la semaine dernière sur les plateformes de Magnéto, la création de Marie-Laurence Rancourt et d’Antonin Wyss est (judicieusement) dépourvue de narration et laisse sa juste place aux silences. Un petit bijou d’oralité, jamais longuet malgré ses 39 minutes.


Dominic Tardif 

La joie de Julien Lacroix

Irascible, méchant, imbu de lui-même, propriétaire d’une belle gueule : le Julien Lacroix vu mardi soir lors de la première de son spectacle (jusqu’ici tout va bien) a tout pour qu’on le déteste. Pourquoi alors l’aime-t-on autant ? Parce que ses emportements nous permettent d’embrasser — par procuration — nos penchants les plus égocentriques et misanthropes, mais surtout parce que — c’est patent malgré les mille couches d’ironie — l’humoriste ne pourrait éprouver plus de joie à se trouver sur scène afin de générer des rires (beaucoup de rires).


Valérie Duhaime

Tout à croire

Ce fut d’abord un article publié sur le site ProPublica, gagnant d’un prix Pulitzer. C’est maintenant une série diffusée sur Netflix, et même si vous connaissez l’histoire de cette jeune femme pratiquement forcée par la police d’avouer qu’elle avait menti en dénonçant une agression sexuelle armée chez elle, il y a beaucoup à apprendre en regardant Unbelievable. La cassante différence entre l’approche des policiers face à une victime sous le choc est troublante. On la croit ou on ne la croit pas, et donc, on enquête ou pas. La série nous présente les deux situations, en parallèle, malgré les centaines de kilomètres et les trois années qui séparent le mieux du pire.