Journées de la culture: le libre-échange des savoirs

Aux Jardins Gamelin à Montréal, se dresse une bibliothèque éphémère installée par l’organisme Exeko.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Aux Jardins Gamelin à Montréal, se dresse une bibliothèque éphémère installée par l’organisme Exeko.

Au coeur des Jardins Gamelin se dresse une bibliothèque éphémère qui prône le libre-échange des savoirs. On peut y emprunter un livre, en déposer un autre. « Le but, c’est même que vous partiez avec l’un de ceux-là », explique un médiateur d’Exeko au Devoir. Alors que les Journées de la culture et le Festival international de littérature battent leur plein, l’organisme, usant de l’art comme vecteur d’inclusion sociale, veut démontrer que la culture appartient à tout le monde.

« La culture est un point de départ pour des réflexions plus grandes. Par exemple, plutôt que de parler frontalement de philosophie, on peut passer par des chemins dérivés, comme une télésérie. Sinon, les gens se braquent et affirment qu’ils ne sont pas assez intelligents », dit Simon Chalifoux, tout sourire, lorsqu’il relate son expérience en tant que médiateur — poste qu’il occupe depuis près de cinq ans au sein du groupe Exeko, en parallèle de sa carrière de chanteur d’opéra.

Braquer pendant trois jours les projecteurs sur la vie culturelle locale permet d’en faire une mobilisation sociale en dehors des lieux culturels traditionnels

Depuis 2006, le groupe communautaire lutte contre différentes formes de marginalisation, dont la marginalisation intellectuelle — désignant la croyance qu’une personne n’est pas capable de penser par elle-même ou que sa pensée n’est pas valable — par la médiation intellectuelle. « On recrée des espaces égalitaires de discussion, de partage de savoirs, de participation citoyenne, pour permettre l’émergence de voix que l’on entend moins », résume Dorothée De Collasson, directrice des programmes chez Exeko.

Élargir le mandat

Les médiateurs de l’organisme travaillent toute l’année avec des communautés marginalisées, comme les Autochtones, la population carcérale ou les personnes souffrant de problèmes de santé mentale ou en situation d’itinérance. Les Journées de la culture sont pour eux l’occasion d’élargir leur mandat au grand public.

Ainsi, à la bibliothèque éphémère s’ajoutent une caravane philosophique — sur la route toute l’année pour desservir en livres et autres nourritures intellectuelles les personnes marginalisées —, des activités ludiques ainsi qu’un atelier de cocréation musicale animé par les artistes Frédéric Péloquin et Kenny Thomas. Tandis qu’une manifestation pour le climat animera les rues de Montréal vendredi, Exeko en profitera aussi pour ouvrir une discussion citoyenne sur le sujet en milieu d’après-midi.

Bref, c’est un véritable trafic de mots et d’idées qu’offre l’organisme communautaire les 27, 28 et 29 septembre, alors que près de 2000 activités culturelles feront bouillonner le Québec à l’occasion des Journées de la culture, cette année sur le thème « La rencontre : tisser des liens, bâtir des ponts ».

Photo: Laurent Dansereau Le thème de cette année «La rencontre: tisser des liens, bâtir des ponts»

D’ailleurs, tandis que la culture semble inonder notre quotidien, est-il nécessaire de lui consacrer des journées en 2019 ?

« Je pense qu’on a beaucoup avancé depuis une dizaine d’années au Québec sur le plan culturel. Les dirigeants, dont les maires et les municipalités, ont pris conscience de l’importance de la vie culturelle dans leur milieu […]. Mais la culture, c’est plus qu’acheter des billets pour aller au musée ou voir un spectacle, rappelle Louise Sicuro, p.-d.g. de Culture pour tous, un organisme chapeautant les Journées. Braquer pendant trois jours les projecteurs sur la vie culturelle locale — parce que c’est vraiment ce dont on parle avec les Journées — permet d’en faire une mobilisation sociale en dehors des lieux culturels traditionnels. »

Comme chaque année, les Québécois sont invités à découvrir un artiste, une pratique, ou à prendre part à une oeuvre collaborative dans leur région. « C’est tout un écosystème qui contribue à la culture d’ici — dont les maisons de la culture, les municipalités. Le meilleur protecteur de la vie culturelle, c’est le citoyen. Et pour qu’il accomplisse son rôle, il faut qu’il soit sensibilisé et qu’il participe », soutient Louise Sicuro sur la question de la pertinence de l’événement, qui entame sa 23e édition.

Photo: Laurent Dansereau Une activité pendant les Journées de la culture 2018

« Dans notre vie de tous les jours, je pense qu’il manque un lien social entre les inconnus », dit Simon Chalifoux. Les événements culturels sont donc des prétextes pour « tisser des liens, bâtir des ponts, afin que toutes les personnes se sentent les bienvenues », ajoute Dorothée De Collasson. Bref, il faut créer des lieux de rencontre, peu importe la provenance du public.

« Il y a quelques années, on animait un atelier de création pour les Journées de la culture au parc Émilie-Gamelin, se souvient-elle. Un homme en situation d’itinérance que je connaissais déjà y a participé toute la journée. À la fin, je lui ai demandé : “Alors, comment tu te sens ?” Il m’a répondu : “Je trouve ça génial parce que je me suis senti comme tout le monde, normal.” Il n’était plus seulement un itinérant. »

Alors qu’il est souvent question de démocratiser l’art en le sortant des lieux connus, l’organisme Exeko a plutôt choisi de faire des établissements culturels des lieux d’inclusion. De concert avec 11 organisations culturelles — dont le Musée des beaux-arts de Montréal, le Théâtre du Nouveau Monde et la Place des Arts —, l’organisme dévoilera une charte d’accessibilité culturelle courant 2020.

Quelques suggestions

Après Harvard, c’est à La Chapelle des spectacles de Québec que le rappeur Webster offrira un atelier d’écriture hip-hop, le dimanche 29 septembre.

Le projet Flow, qui allie danse et cinéma sur le thème de l’eau, prendra d’assaut le centre-ville de Sherbrooke les 27, 28 et 29 septembre. Quatre courts métrages réalisés par le vidéaste Pierre-Luc Racine à partir des chorégraphies d’Élise Legrand et de Liliane Saint-Arnaud seront projetés sur des édifices de la rue Wellington.

Dans la région de Charlevoix, la rencontre avec la culture se fera au milieu des champs les 28 et 29 septembre. Le parcours Pays’Art offrira un circuit artistique composé d’oeuvres éphémères qui permettra de découvrir les paysages ruraux de Charlevoix et les entreprises agricoles qui les exploitent.

À Sainte-Marie, les spectateurs seront conviés le 29 septembre à assister à la préparation du montage d’un spectacle de la chanteuse Pascale Picard, suivie de sa prestation et d’une discussion sur sa carrière.

journeesdelaculture.qc.ca