Offre bonifiée pour les techniciens de l'image et du son

Les techniciens seront en assemblée générale ce dimanche.
Photo: iStock Les techniciens seront en assemblée générale ce dimanche.

L’AQPM, l’association regroupant les producteurs québécois de la télévision et du cinéma, a déposé vendredi après-midi une « offre bonifiée » dans la négociation tendue qu’elle mène avec les 6000 techniciens membres de l’AQTIS. Ceux-ci continueront les pourparlers en prévision d’un vote qui se tiendra dimanche soir.

Avec sa nouvelle offre, l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui représente environ 150 producteurs, estime que « les producteurs sont allés au maximum de leur capacité », a expliqué la p.-d.g. du regroupement, Hélène Messier.

Au coeur des négociations se trouve la question des salaires, qui dans le milieu se calculent surtout en termes de « condition minimum d’engagement ». À ce sujet, la dernière offre de l’AQPM prévoit « une augmentation des cachets minima de plus de 10 % en télévision et d’environ 5 % en cinéma », en plus d’inclure des révisions supérieures à l’indice des prix à la consommation pour la durée de la possible entente, soit quatre ans.

« On a tenu compte de la capacité de payer des producteurs, mais on a aussi nuancé les budgets de façon plus importante, en tenant compte des types de productions, qui ont des moyens plus ou moins importants », a expliqué au Devoir Hélène Messier.

Conditions de travail

À l’AQTIS, l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son, on exprime un ras-le-bol des conditions actuelles, « qui se sont passablement détériorées depuis les 10 dernières années », explique son directeur général, Gilles Charland.

« Nos gens, ce sont des passionnés, mais en même temps, ce sont des êtres humains, ils ont des familles, des loyers, des hypothèques, alors on ne peut pas continuer à travailler avec des conditions qui se dégradent continuellement, explique-t-il. Quand nos membres nous disent à raison que ça fait 10 ans qu’ils n’ont pas eu d’augmentation de salaire, et on a toutes les preuves à l’appui, on ne peut pas continuer dans ce sens-là. Il y a un point de rupture qui arrive, et nous sommes là. »

L’AQPM reconnaît qu’au fil des négociations, l’AQTIS a diminué ses demandes salariales, qui, selon les producteurs, représentaient au départ des hausses de 40 à 120 % des tarifs existants.

« Mais même dans les dernières demandes, il reste un écart important, dit Hélène Messier de l’AQPM. Et si on devait mettre ces revendications en oeuvre, je pense que ça mettrait carrément en péril l’existence de la production audiovisuelle au Québec. »

« Nous allons recevoir l’offre et l’analyser au mérite », a dit M. Charland.

Au-delà de l’argent, la dernière offre des producteurs compte plusieurs ajouts dits normatifs, axés sur les conditions de travail.

L’AQPM accepte notamment de financer « un nouveau cadre de formation continue », d’améliorer la prévisibilité des contrats, de bonifier le régime d’avantages sociaux en plus de créer un régime de retrait préventif pour les techniciennes enceintes.

Selon Gilles Charland, ce sont des dossiers où « il reste quelques détails à régler », mais qui sont « pratiquement convenus ».

Les négociations entre l’AQTIS et l’AQPM se poursuivront fort probablement samedi, dans l’espoir d’en arriver à une entente de principe.

Vote dimanche

Les techniciens ont prévu de se rassembler en assemblée générale dimanche, à 17 h 30. « Quand on aura terminé la négociation, on fera rapport à notre conseil d’administration et par la suite, il y aura une recommandation aux membres qui sera faite », résume M. Charland.

« L’offre qu’on présente est une bonne offre, j’espère qu’elle va être présentée avec toutes ses nuances aux techniciens et techniciennes qui vont voter dimanche, a affirmé la p.-d.g. de l’AQPM au Devoir. Je fais confiance au processus démocratique. Je crois à la magie de la télévision, et j’espère que ce sera un épisode qui va se terminer sur une fin heureuse. »

Les dernières semaines se sont toutefois révélées tendues entre les deux parties. L’AQTIS a en poche un mandat de grève générale illimitée, voté à 89 %. Ses membres ont par ailleurs tenu une journée de débrayage le 29 août, ce qui a poussé une dizaine de producteurs à cesser de contribuer aux assurances collectives et au régime de retraite.

Hélène Messier s’est dite surprise de l’approche de l’association des techniciens, avec qui l’AQPM travaille souvent main dans la main, notamment lors de certaines prises de position publiques.

« Il faut savoir que les actions de l’AQTIS s’inscrivent dans une période de maraudage. Il y a actuellement trois syndicats de techniciens, avec la Guilde canadienne des réalisateurs et l’IATSE [l’Alliance internationale des employés de scène, de théâtre et de cinéma], et l’AQTIS désire probablement se positionner pour agrandir son territoire. »