Le chemin rocailleux du Diamant

La salle multifonctionnelle du complexe a été conçue pour accueillir des spectacles de différents formats et styles.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La salle multifonctionnelle du complexe a été conçue pour accueillir des spectacles de différents formats et styles.

L’enthousiasme suscité par la nouvelle salle de spectacle Le Diamant vendredi laisse présager un lancement à succès pour Robert Lepage et Ex Machina. Un dénouement harmonieux aux antipodes du processus laborieux qui lui a donné naissance.

« Si le mot résilience veut dire quelque chose, je vous dirais que six premiers ministres ont été sollicités pour ce projet », a déclaré le maire de Québec, Régis Labeaume. En effet, il s’est passé pas moins de 15 ans entre le moment où Robert Lepage a lancé l’idée du Diamant et son dévoilement. 12 ans où les vents contraires furent multiples et persistants.

Or, l’heure semble être au beau fixe. Les 3700 laissez-passer pour la visite animée des lieux cette fin de semaine se sont envolés en quelques heures. Même chose pour les billets de son premier gala de lutte, un élément de la programmation qui en étonne plusieurs, aussi théâtral soit-il. Quant aux billets pour Les sept branches de la rivière Ota en ouverture de saison, il n’en resterait pas beaucoup non plus.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le complexe Le Diamant a été inauguré vendredi à la Place D’Youville, à Québec.

Puis, lors de la visite de presse vendredi, l’immeuble bijou semblait charmer tout le monde. À l’intérieur, il est structuré autour d’une tranchée lumineuse séparant les vestiges du passé, à la section entièrement neuve où se trouvent la salle de spectacle et le studio de création juste au-dessus.

À l’étage, on découvre l’une des plus belles terrasses de la ville avec vue sur le Palais Montcalm et un peu partout, des rappels du passé du bâtiment : la vieille billetterie du cinéma de Paris, des poutres anciennes, le squelette des vieux murs, des rappels du style art déco du YMCA. « Le fil conducteur, c’est la mémoire », a expliqué l’architecte Marie-Chantal Croft qui a conçu le projet avec Jacques Plante et Annie Lebel.

Retour aux sources

Le Diamant permettra à Ex Machina de présenter l’ensemble de ses spectacles, même les plus volumineux, ce qui n’était pas possible dans ses anciens locaux du Vieux-Port. La salle multifonctionnelle d’une capacité de 800 places a en outre été conçue pour accueillir des spectacles de différents formats et styles, allant du cirque à l’opéra.

Dans sa présentation, Robert Lepage a insisté sur le fait que Le Diamant « appartenait à tous les artistes ». Il s’est aussi attardé à l’histoire de ce secteur de la ville situé aux portes du Vieux-Québec : son « immense » marché public au XIXe siècle, l’arrivée du tramway et l’ouverture du YMCA (qui était à la fois un lieu de sport et de culture, a-t-il souligné), l’apparition du cinéma, du Capitole, la transformation des halles du marché en Monument National, la fin de la guerre, le cinéma de Paris, les années plus festives, le déclin des années 1980 puis la relance du secteur sous l’impulsion du maire Jean-Paul L’Allier avec la réouverture du Capitole et celle du Palais Montcalm.

« Ça prenait beaucoup de courage pour remettre ça à niveau », a dit à ce sujet Régis Labeaume avant de glisser que « l’environnement ici était souvent toxique ». Au cours des années 2000, la relance du Palais Montcalm était devenue, pour certains animateurs de radio, le symbole d’une soi-disant élite qui n’en avait que pour la culture.

« Moi, je suis un gars de sport et de rock. Je ne peux pas comprendre pourquoi la mairesse [Boucher] et les autres me disent que jamais ils ne vont mettre une cenne d’argent public dans le Colisée, par exemple », disait l’animateur Sylvain Bouchard en 2007 en entrevue au Devoir. « Par contre, mettre 30 millions dans le Palais Montcalm pour 900 personnes [23 millions y ont été investis], c’est correct, parce que ça, c’est de la culture ».

L’abandon du tunnel

La première mention de Diamant remonte à 2007, mais le projet d’une maison a germé dès 2004. Au départ, Robert Lepage avait imaginé construire la salle sous terre à proximité de son emplacement actuel. Durant les années 1960, le ministère des Transports avait commencé à construire un tunnel sous l’autoroute Dufferin pour traverser le Cap Diamant du nord au sud. Le projet avait avorté, mais le tunnel était resté, laissant vacant un immense espace qui a inspiré le dramaturge. D’où le nom de Diamant.

Or, en 2011, les premières études révèlent que ce projet coûterait au minimum dans les 100 millions de dollars, ce qui pousse Ex Machina et la ville à le déplacer au Carré d’Youville.

Mais les critiques vont persister, d’autant plus que le financement s’est révélé particulièrement laborieux. Promis en 2012 sous Jean Charest, la contribution de 30 millions de dollars du gouvernement du Québec a souvent été remise en question avant d’être confirmée par le gouvernement Couillard en pleine période d’austérité. Pendant la campagne de 2014, François Legault avait d’ailleurs promis qu’il arrêterait les travaux s’il était élu.

Mais le destin aura voulu que ce soit une ministre de la Culture caquiste qui coupe le ruban tout sourire vendredi lors de l’inauguration. Dans un bref discours, Nathalie Roy a salué son « modèle de mécénat que le gouvernement souhaite voir grandir au Québec. » Sur un budget de 57 millions, 10 millions ont été amassés via une collecte de fonds privés. Le gouvernement du Québec (30 millions), le gouvernement fédéral (10 millions) et la Ville (7 millions) complètent le montage financier.